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Rock around the clock

Du rock au rap, la musique populaire a toujours rendu hommage au temps des cadrans. Mais les stars actuelles du hip-hop et du R’n’B vouent une admiration sans bornes pour la Haute Horlogerie.

Luc Debraine

« Partner let me upgrade you/Audemars Piguet you », chante Beyoncé dans « Upgrade U ». Monter en classe, atteindre les sommets du luxe, montrer ses signes extérieurs de richesse, en particulier son bon goût en matière horlogère, telle est l’ambition décomplexée des stars du rap, hip-hop, R’n’B, de la soul ou du rock. Rouler en Maybach ou Bentley c’est bien, porter du Vuitton ou du Gaultier c’est pas mal aussi, mais afficher une montre à grande complication ou en or rose 18 carats à son poignet, c’est encore mieux. Pas étonnant dès lors que Beyoncé lance à son partenaire dans « Upgrade U » : « Laisse-moi te faire changer de classe/t’Audemarspiguetiser… ».

Les rimes des rappeurs

Les rappeurs aiment certes parsemer leurs rimes de noms de marques de luxe, y compris de montres. Dans le « Cinquième As », MC Solar scande : « Je suis Rolex, Philippe Patek et Lexus », sans que l’on sache vraiment s’il inverse les patronymes de Patek Philippe par malice ou mégarde (il fait ensuite rimer « Lexus » avec « exodus » et « plexus », ce qui a dû laisser perplexe les responsables de la marque automobile japonaise, pour autant qu’ils écoutent du rap français !).

Mais les stars de l’industrie américaine de la musique aiment surtout afficher leurs superbes montres à leur poignet, à commencer, comme le suggère la chanson de Beyoncé Knowles, leurs Audemars Piguet. La marque du Brassus est plébiscitée par des vedettes comme Jay-Z, qui fait souvent miroiter sa Royal Oak Offshore ou sa Grande complication sous les flashs des paparazzi. Mary J. Blige affiche régulièrement sa Millenary, Kenye West son modèle « End of Days », John Legend son chronographe Edward Piguet, sans compter Pharell Williams et son Concept d’exception. Producteur (de Justin Timberlake comme de Gwen Stefani), Pharrell Williams pourrait sans encombre reprendre le mot d’Oscar Wilde : « I have the simplest of tastes : I only like the best » (« J’ai le plus simple des goûts : j’aime ce qu’il y a de mieux »). Pharrell est allé récemment jusqu’à dessiner une ligne de bijoux pour Louis Vuitton. Rien que cela.

La collection d’Usher, star du R’nB’

Usher, la star du R’n’B, l’homme aux 30 millions de disques, aime aussi les Audemars Piguet, en particulier sa Juan Pablo Montoya (fabriquée à 500 exemplaires) en or rose 18 carats. Usher est un collectionneur de montres, un vrai, d’abord par passion pour la belle horlogerie, ensuite par sagesse spéculative. Le chanteur confiait il y a peu au Mail on Sunday britannique qu’il achète des montres depuis ses débuts sur scène, il y a une dizaine d’années, dès qu’il a commencé à gagner un peu d’argent : « C’est bien mieux pour moi que de souffrir comme d’autres d’« affluenza », c’est-à-dire de dépenser du fric juste parce que vous en avez ».

La première montre de la collection d’Usher était un cadeau de son ami producteur Jermaine Dupri, une petite Cartier Santos, offerte à l’occasion du premier N°1 du chanteur, « You make me wanna » en 1997. Usher s’ensuite laissé séduire par des Breitling et surtout des Rolex : lui et sa femme Tameka aiment sortir en public avec chacun une Daytona au poignet (cadran clair pour elle, cadran fonçé pour lui). Le coffre de sa maison d’Atlanta, en Géorgie, accueille également une Panerai Luminor, une Cartier Pasha, une Audemars Piguet Royal Oak, des Louis Vuitton, Gucci ou U-Boat. L’orgueil horloger d’Usher se porte également sur une pièce unique, conçue par Damon Dash, propriétaire de la marque new-yorkaise Tiret : la pièce affiche sur son cadran un portrait d’Usher fait de 1’106 diamants.

D’autres stars apprécient les pièces uniques, à l’exemple de Sean « Puff Daddy » Combs et de sa Bovet Fleurier au cadran peint. Encore plus exclusif : Elton John a sa propre collection de montres chez Chopard, au bénéfice de la fondation du chanteur britannique contre le Sida.

Des vedettes n’hésitent pas assurer la promotion de leur marque fétiche, sans que l’on sache s’il s’agit de « placement de produits » ou de symboles statutaires, comme dans le cas de la chanson de Beyoncé. Dans la vidéo de son hit « No one », Alicia Keys s’assure que la caméra virevoltante s’arrête un instant sur sa Piaget, ou plutôt sur deux Piaget, une Polo et une Possession.

Peu importe la raison de ces gros plans et citations, qui sont autant d’hommages à la Haute Horlogerie. La musique populaire anglo-saxonne fréquente depuis belle lurette les garde-temps. Le rock’n’roll est même né sur le rythme binaire d’une horloge, en mai 1954, avec le « Rock around the clock » de Bill Haley. « One, two, three o’clock, four o’clock, rock/Five, six, seven o’clock, eight o’clock, rock/Nine, ten, eleven o’clock, twelve o’clock, rock/We’re gonna rock around the clock tonight », vont les premières paroles du hit fondateur du rock’n’roll, un tour de cadran originel qui a eu une influence notable sur des générations de musiciens.

La montre, l’horloge, le mécanisme au battement régulier, les comptes à l’endroit et à rebours sont fréquemment cités dans la pop ou le rock. Ce sont des allégories du beat, de la répétition hypnotique, de l’urgence. « Five minutes and you’re almost there/Five minutes and you’re almost dead », menaçaient les Stranglers en pleine explosion du punk rock. Madonna, quant à elle, a soustrait une minute à cette pression du temps dans son récent N°1 avec Justin Timberlake, « 4 minutes » : « Tick tock, tick tock, tick tock, time is waiting… ». ■

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