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Bovet, la marque qui a jeté les premiers ponts vers la Chine

Le nom de Bovet est intimement associé à la bourgade de Fleurier pour avoir largement contribué à son succès d’antan dans les premiers développements de l’horlogerie suisse. Un développement qui se renouvelle aujourd’hui.

Christophe Roulet

Jeanrichard, Vaucher, Dimier, Bovet, Juvet, impossible d’évoquer ces noms indissociables de la Haute Horlogerie helvétique sans penser à Fleurier (Val-de-Travers), une bourgade de l’Arc jurassien considérée comme un des berceaux d’une activité aujourd’hui tant prisée sur les cinq continents. Selon les archives cantonales, l’introduction de l’horlogerie à Fleurier remonte à 1730, attribuée à Daniel-Jean-Jacques-Henri Vaucher, alors apprenti de Daniel Jeanrichard, père mythique de cette industrie dans les montagnes neuchâteloises.

L’avènement de la montre chinoise

Cette activité, probablement favorisée par le travail du fer remontant au XIVe siècle dans la région grâce à la découverte de gisements, va toutefois rester pendant plusieurs décennies un travail accessoire pour les agriculteurs du cru. Ce n’est que progressivement, à mesure que la demande augmente pour cette production helvétique naissante, que la profession commencera à s’organiser autour de l’établisseur, intermédiaire entre l’artisan salarié et le marchand horloger, consacrant la première vraie division du travail.

Las, les premiers succès horlogers de Fleurier seront largement freinés par l’apparition de négociants qui commencent à pratiquer l’achat de la production horlogère à crédit pour l’écouler au-dessous des prix courants sur les marchés internationaux. Un changement de procédés commerciaux encore aggravé par les guerres napoléoniennes et le blocus continental. Des centaines d’horlogers abandonnent alors leurs activités pour se mettre à la confection de dentelles, dont la réussite va rester toute relative. Il faut attendre 1820 et l’introduction de la montre chinoise pour que Fleurier renoue avec la prospérité, d’autant que les Etats de la monarchie prussienne s’ouvrent à nouveau moyennant des droits de douanes modérés.

Un centre industriel à part entière

Pour Edouard Bovet, expatrié à Londres et concepteur de la montre chinoise, soit un garde-temps de bonne qualité, à un prix avantageux et résistant à l’humidité des contrées du Céleste Empire, son marché de prédilection, c’est l’occasion d’ouvrir de nouveaux horizons d’exportations. Très rapidement, il va s’assurer le monopole quasi absolu de l’importation horlogère en Chine, synonyme d’une implantation industrielle sur place et de nouvelles impulsions à Fleurier où d’autres Maisons vont suivre l’exemple. Vaucher Frères, Edouard Juvet, les Frères Dimier se mettent tous à la production de montres chinoises. Résultat, la région connaît un véritable âge d’or horloger et Fleurier voit sa population grandir.

De 900 habitants en 1830, elle passe à 1760 vingt ans plus tard, pour totaliser 3000 personnes en 1870 dont 634 horlogers, soit une proportion supérieure à 20%, proportion qui va encore s’accroître à 39% en 1890. A cette époque, c’en était toutefois fait de la montre chinoise, concurrencée par la production en provenance de Besançon et des Etats-Unis, falsifiée par des fabricants peu scrupuleux et suffisamment pléthorique pour provoquer un effondrement des prix. Fleurier avait toutefois largement assis sa réputation de centre horloger peuplé de manufactures et d’ateliers spécialisés. La crise des années 30, puis celle du quartz de la fin des années 70, en décideront autrement. Fleurier retombe dans les oubliettes de l’histoire horlogère.

La renaissance de Bovet

C’était sans compter la vigueur retrouvée de la production horlogère mécanique suisse dès les années 90, remettant Fleurier sur la carte des centres de compétences recherchés par les manufactures. Michel Parmigiani donnera la première impulsion pour y avoir établi sa société Mesure et Art du Temps au milieu des années 70 déjà, suivi par Chopard (1996) et par la création de Vaucher Manufacture (2002). Sans oublier Bovet, dont la renaissance à Fleurier date de 1989 et qui renoue aujourd’hui avec son lustre de l’époque sous la houlette de Pascal Raffy.

Non content de redonner vie à cette marque prestigieuse grâce à des garde-temps possédant la caractéristique unique d’adapter un boîtier de montre de poche en montre bracelet avec bélière à charnière, couronne à 12 heures et aiguilles serpentine, Pascal Raffy a suivi le chemin difficile de l’intégration verticale. L’an dernier, Bovet rachetait ainsi trois sociétés manufacturières (tourbillons, calibres et spiraux) réunies sous STT Holding et rebaptisées Dimier 1738, sans compter la reprise d’Aigat (étampage) et sa participation dans Aubert Complications. Quelques mois plus tôt, Bovet faisait l’acquisition du château de Môtiers, ancienne propriété de la famille Bovet où le fondateur de la marque avait établi les racines de la marque. La bâtisse est destinée à abriter l’outil de production de la manufacture. Prochaine étape : le lancement d’un calibre maison prévu pour 2008. ■

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