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Agenhor cultive la modestie tout comme l’intelligence et la créativité

Dans le monde de l’horlogerie, tout le monde le connaît. Les clients, eux, ne savent même pas qu’il existe. Pourtant, avec son équipe, Jean-Marc Wiederrecht est à l’origine d’une multitude de très beaux développements techniques. Mais peu lui importe la notoriété, ce qu’il aime c’est créer !

Eric Othenin-Girard

Il est grand, mince et très souriant. D’emblée, on sent qu’il n’a pas la « grosse tête » et qu’il cultive plutôt la modestie que l’arrogance. Il s’appelle Jean-Marc Wiederrecht et possède une petite société nommée Agenhor SA, soit la contraction « d’Atelier genevois d’horlogerie » qu’il a créée voici 13 ans. Avec 23 collaborateurs, dont 8 s’occupent de l’administration, de la gestion et du développement des produits, et 16 horlogers, il construit des modules exceptionnels pour les marques d’horlogerie qui font appel à ses services. Au total, Agenhor fabrique 7’000 modules par année qui équipent plus de 35 montres de marques diverses !

Les demandes sont nombreuses

Jean-Marc Wiederrecht précise : « Nous ne construisons que les modules que nous avons développés. En fait, nous assemblons les composants et ce sont des partenaires extérieurs à la société qui les usinent. Nous travaillons uniquement l’acier, pas les métaux précieux ». Et le patron d’Agenhor d’expliquer que, généralement, un patron de marque ou un groupe d’ingénieurs et de constructeurs d’une marque viennent le trouver. Ils ont une idée mais n’ont pas forcément les moyens de la concrétiser. Une discussion s’engage alors avec Jean-Marc Wiederrecht. Il souligne : « Cette étape est très importante car il est indispensable de savoir exactement ce que veulent les clients. On se penche sur le design de la pièce qu’ils souhaitent faire, sur les aspects de la complication qu’ils me demandent de développer, étant entendu qu’ils doivent me fournir un mouvement de base car nous n’en fabriquons pas ni n’en vendons. La provenance de ces mouvements de base n’est pas importante pour nous. Il faut bien sûr que ce soient des mouvements de qualité mais nous pouvons parfaitement travailler sur des calibres provenant d’ETA ou de manufactures diverses ».

Les demandes sont nombreuses. Toutes ne sont pas intéressantes. Pour Jean-Marc Wiederrecht, il est indispensable de bien choisir car chaque développement est en principe unique et demande donc beaucoup d’engagement. Lors de la discussion de départ, il pose énormément de questions sur les fonctions dont les clients ont envie, regarde les esquisses qui lui sont présentées. Et puis vient le moment du choix : « Je dois être très prudent car nous n’avons pas la possibilité de produire des quantités très importantes de modules d’une part et de l’autre, il faut que le client soit certain de pouvoir nous fournir les mouvements de base nécessaires. C’est un élément incontournable car nous partons de ce mouvement pour adapter le module et nous ne pouvons pas changer en route. Ensuite, il faut que j’aie envie de développer ce que me demande le client car comme chaque nouveauté est quasiment exclusive et nous appartient d’ailleurs toujours, il faut impérativement que je reste dans mon éthique puisque tous les brevets qui naissent de ces développements sont à mon nom ».

Une encyclopédie de développements techniques

Lorsque l’on regarde le catalogue de développements qui se trouve sur le bureau de Jean-Marc Wiederrecht, « et qui ne sort jamais d’ici », dit-il avec un petit sourire, on a l’impression de rêver. Au fil des pages, on retrouve les plus belles montres, les complications les plus remarquables. C’est une véritable encyclopédie des développements techniques de ces dernières années et les noms des plus grandes marques figurent dans ce document. Le patron d’Agenhor n’en tire aucune vanité. D’ailleurs il relève : « J’aurais pu créer ma propre marque, bien sûr, mais finalement, je préfère agir dans l’ombre et me mettre au service des autres. Certes, certains s’ingénient à ne pas dire que nous sommes à la base de leurs développements mais d’autres, au contraire, en font un argument de marketing ».

Et de citer la maison Van Cleef & Arpels qui a promu sa magnifique pièce des quatre saisons en proclamant qu’elle avait été réalisée par Agenhor. Ce développement technique ludique est en réalité fort compliqué. La montre est équipée d’un mouvement Jaeger-LeCoultre 849 de petite dimension. Sur ce mouvement, Jean-Marc Wiederrecht a développé un système qui permet de faire défiler un disque qui marque les quatre saisons de l’année, dans un grand espace aménagé pour cela sur le cadran. Ainsi expliqué, cela paraît fort simple. Toutefois, il a été nécessaire de concevoir une roue avec des engrenages spéciaux, qui fait un seul tour par année et qui indique ainsi les saisons. Présentée au SIHH, cette montre a fait sensation car elle reflète à la fois l’aspect très joaillier de la marque mais aussi son côté très horloger. Et Jean-Marc Wiederrecht de conclure : « Ce qui m’a plu dans ce développement, c’est l’état d’esprit des gens de Van Cleef qui ont voulu privilégier le côté ludique. Cela nous sortait du côté un peu austère de la complication horlogère traditionnelle, tout en proposant une montre très horlogère. J’ai adoré et j’y ai pris beaucoup de plaisir ». ■

(1) AGH-1764 - Boussole astronomique
Fonctions
Quantième perpétuel
(Quantième, mois, année bissextile)
Equation du temps
Indication du nord géographique
Réserve de marche
Phase de lune
Double fuseau
Mouvements de base utilisés
Jaquet 7050
Encombrement du module
Diamètre : 40,00 mm
Epaisseur : 3,75 mm
Hauteur totale : sur 7050 : 8,38 mm

(2) Système d’engrenage sans ébats (ESE)
Jean-Marc Wiederrecht a développé un système de rattrapage de jeu d’engrenage, qui résout entre autres le problème posé par le flottement des aiguillages décentrés. Grâce à la forme des dents d’engrenage fendues, ce système transmet les forces d’un rouage à l’autre sans perte d’exactitude. Le résultat est un affichage précis et un avancement des aiguilles sans heurts ni à-coups. Très simple en apparence, ce brevet offre de nombreuses possibilités de développements de mécaniques horlogères.

www.agenhor.ch

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