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STM Holding, une saga industrielle qui se conjugue en Chinois

En septembre dernier, la société de capital-risque Léman Capital cédait l’outil industriel horloger STM Holding à deux investisseurs chinois de Hong Kong, par ailleurs aux commandes du distributeur de la région Peace Mark. Objectif : offrir une réelle alternative au Groupe Swatch dans les mouvements mécaniques.

Christophe Roulet

STM Holding a défrayé la chronique en septembre dernier pour être passée aux mains d’intérêts chinois. Groupe industriel spécialisé dans la production de mouvements horlogers, STM avait été progressivement constitué par Léman Capital, société spécialisée dans les investissements en capital risque. Las, la mayonnaise a tardé à prendre. Et comme toute société de capital-risque, après six ans, Léman a préféré organiser sa sortie. Alain Guttmann, mis à la tête de STM Holding par Léman Capital pour mener à bien la restructuration de ses activités industrielles, vient d’être rappelé par les nouveaux investisseurs pour mener cette tâche à son terme. Il expose la genèse et les nouvelles perspectives du groupe.

STM s’est d’abord fait connaître pour ses activités dans la production de mouvements à quartz, pourquoi avoir bifurqué vers le mécanique ?

Alain Guttmann, CEO de STM Holding : Il est vrai que STM est devenue un acteur mondial important dans la production de mouvements à quartz avec un volume de 90 millions de pièces par an vendu aux alentours des 50 centimes, soit environ 10% du marché. A l’époque, ETA, filiale du Groupe Swatch, était également de la partie. Mais ce marché est devenu de plus en plus concurrentiel avec l’arrivée de trois nouvelles sociétés chinoises, sans compter la présence historique des Japonais Citizen et Seiko. En d’autres termes, STM, avec ses sociétés SFT, Indtech, Swiss Ebauches et Sweb en Chine qui occupaient le moyen de gamme, s’est retrouvé pris en étau et la rentabilité de ses sociétés s’en est clairement ressentie.

Victor Bruzzo, fondateur d’Indtech et CEO de l’époque, a alors imaginé deux diversifications, la première avec Calcio, une marque qui conclut des contrats de licence avec les clubs sportifs pour fournir des montres à leur effigie. Le problème, c’est que le groupe vendait des montres à quartz Swiss Made, donc à un prix qui ne lui permettait pas de gagner de l’argent, d’autant que le marketing exigeait des investissements importants. A l’heure actuelle, nous achetons ces produits en Chine à 3 dollars et la rentabilité a été partiellement restaurée. La deuxième diversification a consisté à se tourner vers les mouvements mécaniques, sur la base d’un outil industriel performant. Mais il s’agit là d’un défi gigantesque. Le démarrage a eu lieu en 2002, après la phase de prototypage, pour arriver à un produit fiable au début 2007. En d’autres termes, le mouvement Alternance 10 aura nécessité 5 ans de développement et 15 millions de francs d’investissements.

Etes-vous concurrentiel avec ce mouvement ?

Les entreprises qui se lancent dans ce type de démarche travaillent généralement sur un outil industriel encore fortement empreint d’artisanat. Elles arrivent donc à sortir des mouvements à un prix compris entre 500 et 1’000 francs, ce qui n’est tout simplement pas comparable avec ce que livre ETA. Pour descendre les prix, il faut du volume. C’est là que SFT avait sa carte à jouer dans la mesure où nous pouvions travailler sur les mêmes chaînes de production, que ce soient pour le quartz ou le mécanique. Cela dit, nous avons rencontré un franc succès avec le A10. A l’heure actuelle, il existe entre 50’000 et 60’000 de ces mouvements sur le marché et nous n’avons encore enregistré aucun retour. Nous pourrions déjà livrer 250’000 pièces tant la demande est forte. Mais pour l’instant, nous sommes capables d’en produire 75’000 par an. A partir du double, nous commencerons à gagner de l’argent. Nos kits sortent au premier prix de 85 francs pour une moyenne de 150 francs selon les modules additionnels ou la finition demandés, car nous livrons exclusivement des mouvements assemblés et décorés, un travail qui se fait chez Soprod, la dernière acquisition de Léman Capital qui est venu compléter STM Holding en 2005. En un mot, je dirais qu’aujourd’hui, les producteurs de mouvements pour des tiers se limitent à ETA, Sellita et nous.

Vous vous concentrez donc de plus en plus sur les mouvements mécaniques ?

En termes de produits à forte valeur ajoutée, nous avons également développé un mouvement à quartz haut de gamme Swiss Made qui se vend dans les 100 francs et qui permet, par exemple, d’intégrer cinq moteurs bidirectionnels, comme l’a fait une des grandes marques de Haute Horlogerie pour des fonctionnalités ébouriffantes. Mais le fait est que nous voulons progressivement abandonner le bas de gamme et sortir de la production de gros volumes qui permet uniquement de couvrir nos frais fixes. Nous sommes d’ailleurs en train de réduire nos effectifs en Chine de manière importante, effectifs qui représentaient encore récemment 1200 personnes contre 220 réparties sur les différents sites du groupe en Suisse et en France.

STM Holding semble être en bonne voie, pourquoi Léman Capital a-t-il vendu ?

Léman Capital, qui a progressivement constitué STM Holding, est comme toutes les sociétés spécialisées dans le private equity. Elles ont un horizon de temps en termes d’investissement, spécialement dans le capital-risque. Après six ans, dont un an de restructuration lourde, Léman Capital a préféré vendre plutôt que de réinvestir dans le groupe. Ce sont donc deux dirigeants de Peace Mark, une société de distribution de produits horlogers en Chine cotée à Hong Kong, qui, à titre personnel, ont repris STM Holding en y voyant une bonne opportunité de placement. Cela dit, ils étaient parfaitement conscients qu’il fallait encore injecter 20 millions pour mener à terme une restructuration qui permettra de nous doter d’un outil industriel capable de produire 300’000 pièces par an, tout en sortant progressivement des produits à faible valeur ajoutée. C’est pourquoi ils m’ont rappelé pour remplir ces objectifs. Mais l’actionnariat est loin d’être figé. Ces deux investisseurs ont déjà cédé 35% du groupe à d’autres financiers non chinois. En résumé, STM Holding, qui va bientôt disparaître au profit d’une nouvelle structure baptisée Millennium qui en reprendra les actifs, veut offrir une réelle alternative à ETA. Et bientôt, j’en suis sûr, nous vendrons du Swiss Made aux Chinois… ■

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