Jaeger-LeCoultre est plus que jamais tourné vers l’innovation

Jaeger-LeCoultre, c’est 50’000 pièces par années pour une croissance entretenue pour un tiers via une hausse moyenne des prix et pour deux tiers par une augmentation de volumes.
Jaeger-LeCoultre, c’est également 200 nouveaux postes de travail en 2006 et des modèles d’exception présentés lors du récent SIHH dont la Duometre et l’Extreme LAB, une montre entièrement dépourvue de lubrifiant.
Tour d’horizon avec Jérôme Lambert patron de la manufacture. Propos recueillis par Christophe Roulet

Avec l’Extreme LAB vous avez fait sensation au Salon International de la Haute Horlogerie !

Jérôme Lambert, Directeur général de Jaeger-LeCoultre : Quand nous sortons nos collections, l’objectif est de donner des lignes directrices pour l’ensemble de l’année. En 2007, nous avons atteint un pic d’invention. Ce que nous avons voulu obtenir se retrouve ainsi dans nos produits, de la Duometre à l’Extreme LAB, qui représentent l’horlogerie de demain. Ces projets, très lourds en termes d’investissements en temps pour les équipes de recherche, ont une triple portée. Ils servent d’outils de communication, nous sommes les premiers à avoir conquis l’Everest avec l’Extreme LAB, ce qui est une immense source de fierté ; ils aident à la mobilisation des équipes et servent de catalyseur tout au long du développement des différents modèles : ils représentent enfin des solutions techniques intégrées, à transférer dans les mouvements de nos montres. L’objectif est d’y parvenir dans les 5 à 7 ans pour les 90% de notre production, l’opération débutant cette année déjà, notamment pour ce qui est de la masse oscillant et des roues d’échappement. Nous avons actuellement 40 mouvements en production que nous allons adapter selon les objectifs dont je viens de parler.

Est-ce que ces projets vont remettre en question la réalisation de nouveaux calibres chaque année ?

Non, nous allons continuer à produire 6 nouveaux calibres par année. Il ne s’agit surtout pas de remettre en question la dynamique de la manufacture qui compte 1200 mouvements à son actif depuis sa création il y a 174 ans. Cette capacité d’innovation représente notre savoir-faire distinctif qui ne se limite d’ailleurs pas aux seuls mouvements. Dans le domaine de l’habillage, nous avons par exemple travaillé sur des boîtes anti-chocs, un profondimètre mécanique de plongée pour la Master Compressor Diving Pro Geo ou encore sur un déclenchement de chronographe par le verre pour la AMVOX2 Chronograph Concept.

Nos équipes sont ainsi constamment en quête de nouvelles inventions, comme par exemple dans le domaine des balanciers où nous cherchons de nouvelles approches. Ces avancées nourrissent la manufacture. Cela dit, cette période de prospérité pour l’horlogerie suisse redonne à cette volonté d’innovation sa fonction première qui est de parvenir à de réelles percées technologiques donnant consistance à nos collections. A l’heure actuelle, il n’est tout simplement pas nécessaire d’inventer dans l’horlogerie pour en vivre.

Comment analysez-vous la dynamique actuelle du marché ?

La mondialisation a comme effet une création de richesse qui se fait maintenant dans des régions du monde qui n’avaient pas le niveau de vie des pays industrialisés et sont en pleine phase de rattrapage. Il suffit d’observer la croissance du nombre de millionnaires et de milliardaires à travers le monde pour s’en convaincre, notamment dans des pays comme la Chine. Ce contexte explique que le nombre de clients intéressés par la belle horlogerie compliquée et par l’universalité de nos produits soit également en croissance. Il faut donc se réjouir de cette montée en gamme que l’on constate aujourd’hui.

L’horlogerie suisse a connu des temps difficile qui ont poussé une génération entière à déserter le secteur. A l’heure actuelle, il s’agit donc de gérer les effets secondaires liés à cet essor, en étant notamment attentif aux sous-traitants. Si les grands groupes ont les moyens de gérer cette accélération, il n’en va pas de même pour toutes les marques. C’est pourquoi le développement doit se faire avec les fournisseurs afin de garder notre savoir-faire en Suisse. La richesse de la branche dépend finalement de cette évolution commune avec à la clé une plus forte densité du tissu horloger.

Allez-vous étendre votre réseau de boutiques en propre ?

Nous en avons actuellement 11 et prévoyons de nouvelles ouvertures pour en compter une vingtaine à la fin de l’année. Mais notre philosophie n’a pas changé. Nous continuons de travailler en étroite collaboration avec les détaillants. Cela dit, il est très important d’avoir pignon sur rue si l’on ne veut pas être marginalisé, notamment dans les pays « perméables » à notre marque. Il faut absolument accéder à une certaine visibilité.

D’une manière générale, la relation client est une vraie nécessité, surtout si l’on doit communiquer sur six nouveaux mouvements, 13 brevets et 13 nouveaux modules comme c’est le cas pour Jaeger-LeCoultre cette année. Il faut donc parier sur l’intelligence du client, le rencontrer via Internet et lui présenter les modèles dans nos boutiques afin d’établir une relation privilégiée avec lui et l’entretenir de la vie de la marque. Jaeger-LeCoultre est passé à travers plusieurs guerres et crises mondiales en créant un véritable esprit de pionnier au sein de la manufacture qui se retrouve aujourd’hui dans une culture d’entreprise entièrement tournée vers l’innovation. Depuis trois ans, nous espérons être un peu plus à la hauteur de cette vocation.

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