Le concept « Haute Horlogerie »

François-Paul Journe a interpellé la Fondation de la Haute Horlogerie à propos de la définition du concept « Haute Horlogerie » :

"Votre travail parviendra-t-il à discerner qui est quoi dans la Haute Horlogerie, voire la Très Haute Horlogerie ? Si tel est le cas, l’acheteur de montres sera informé et pourra dépenser son argent en sachant ce qu’il choisit. Un autre point essentiel est que les marques horlogères feront tout pour accéder à cette reconnaissance et, comme aujourd’hui le savoir faire est en Suisse, cette action aura pour but de conserver et développer son patrimoine.

Quelle est la définition de la Haute Horlogerie ? A mon sens, lorsque l’on parle d’horlogerie, il me semble que l’on fait allusion aux mécanismes de précision qui affichent la mesure du temps. Si c’est cela, alors la définition est claire :

- Un mécanisme d’excellente finition.
- Ce mécanisme doit être original et être la propriété d’une seule marque.
- Que ce mécanisme ait 3 aiguilles ou qu’il soit doté de plusieurs complications, il doit être dépourvu de module additionnel.

Cela dit, il sera difficile de dire qu’une marque ou une autre pourra avoir le titre de Haute Horlogerie. Mais certains produits d’une marque pourront en faire partie.

Nous avons coutume de parler de la montre-bracelet mais la Haute Horlogerie se compose aussi des montres de poche, pendules, pendulette, etc. Il est dans ce cas difficile d’intégrer les notions d’habillage et de design comme partie de la définition Haute Horlogerie car les goûts sont différents pour chacun."

Francois-Paul Journe - maitre horloger, fondateur de la marque F.P. JOURNE Invenit et Fecit

Réponse de la rédaction

L’avis de François-Paul Journe sur la Haute Horlogerie illustre on ne peut plus clairement sa démarche de maître horloger créateur de mouvements d’exception. Au fil des ans, il a en effet monté de toute pièce une manufacture sur sol genevois, démontrant que l’aventure industrielle ouvrant toutes grandes les portes de la Haute Horlogerie est toujours possible pour qui fait preuve de la créativité d’un François-Paul Journe et de la parfaite maîtrise de son art. Son approche de la profession consistant à s’approprier la production de mécanismes originaux débouche sur un concept de Haute Horlogerie davantage lié aux produits qu’aux marques. Une réflexion fort judicieuse et tout à son honneur.


Et vous, qu’en pensez-vous ?

N’hésitez pas à nous envoyer vos avis sur ce sujet à l’adresse email suivante : communication@hautehorlogerie.org, nous les publierons à la suite de cet article dès leur réception.


Alain Silberstein - 5 avril 2007

François-Paul a raison de vouloir valoriser dans le mouvement la recherche et l’innovation originale, et faire la distinction avec les modules additionnels ( certaines complications demandent de toutes façons de tels modules…). Mais le mouvement le plus sophistiqué soit-il n’a jamais fait une montre… Une automobile ne se résume pas à son moteur !

Personne ne réduit la Haute-Couture à la qualité des textiles utilisés ou la création automobile à l’innovation technologique du moteur. Une montre, une robe, une automobile sont des créateurs d’émotion ; c’est ce qui en fait des oeuvres d’art.

L’art horloger est une expression artistique "globale" ; le mouvement, son "habillage", l’ergonomie au porté, la façon de mesurer le temps sont quelques éléments qui concourent à faire d’une montre un objet particulier qui mesure ce qui nous est le plus intime : notre temps.

Tracer les "frontières" de la Haute Horlogerie est aussi difficile que de sélectionner des artistes sur le seul critère des couleurs qu’ils utilisent ou de leur style abstrait, figuratif … ou autre ! C’est la sincérité de l’approche artistique qui est à prendre en compte, pas un savoir-faire parmi d’autre.

Le subtil équilibre à trouver entre innovation technologique et expression artistique, techniques traditionnelles et haute technologie au service d’un produit manufacturé à porter au poignet est le défi de l’Art horloger.

Oui, nous pouvons mettre en avant des critères "objectifs" d’innovation, de qualité et de service, mais permettons à tous les styles et à toutes les sensibilités de pouvoir s’exprimer et d’étre légitime dans la Haute Horlogerie, comme cela est le cas dans la Haute Couture. Pas plus, et surtout pas moins.


Benoit Le Gros - 25 avril 2007

Tout cela est assez vrai, mais chacun n’oublierait il pas tout simplement le prix, la rareté, et le temps passé ? En effet, pour moi, simple mortel face a F.P. Journe ou Silberstein, la rareté et la chèreté des marques de "haute horlogerie" participe au mythe et a son attractivité. Avez vous essayé d’avoir ne serait ce qu’une brochure de la part de ces marques ? Je remercie encore Mr Journe et son équipe de rester a l’écoute des acheteurs potentiels.


Roland Vianin - 26 avril 2007

Comment, les maîtres souhaitent fixer les règles de la haute horlogerie ? Saint-Augustin n’a-t-il pas écrit « il n’y a, pour enseigner la science à l’homme, d’autres maître que Dieu » ? Et si les maîtres veulent distiller leur science sont-ils alors crédibles ?

Dans sa recherche de vérité, le consommateur que je suis peut-il s’adresser à des maîtres qui affirment « qu’un mécanisme affiche le temps » alors que de toute évidence le cadran et les aiguilles s’en chargent pour mon seul bonheur ?

Et, si le mécanisme affichait le temps ? Serait-il aussi dépourvu des modules additionnels que sont les aiguilles et le cadran ? Vraiment, le poids économique des marques doit-il se plier à des règles qui limitent l’inventivité, la créativité et l’originalité d’un horloger ou d’un créateur de mode horlogère ?


Pascal Alberti - 31 mai 2007

Je m’intéresse aux garde-temps depuis de nombreuses années. Mon activité professionnelle récente m’a amené découvrir plus précisément le milieu de la haute horlogerie. Questionner la notion des valeurs intrinsèques à ce domaine me semble fondamental pour en saisir les subtils contours. C’est d’ailleurs avec un réel plaisir que je lis les échanges de qualité sur cette question.

La notion de valeur dont les différents auteurs discutent semble être portée par une prise de position techno-centrée, c’est-à-dire : positionner l’objet technique en tant que moyen de mesure objectif des valeurs du domaine.

Effectivement, l’excellence de la finition du garde-temps va être un des critères de détermination du positionnement de la marque dans l’échelle de valeur de l’horlogerie. Echelle de valeur, qui me semble t-il, n’a pas été définie et instituée mais qui existe implicitement (Horlogerie, Haute Horlogerie, Très Haute Horlogerie……).

Le second critère serait l’originalité du garde-temps ou d’une de ses parties. La notion d’originalité étant, pour le cas présent, en relation directe avec le niveau d’expertise de l’observateur. Concrètement, l’originalité n’existe que par l’établissement de référents experts du domaine. L’originalité perçue par un candide (comme moi) n’offre pas un jugement discriminant.

Enfin, la complexité globale, inhérente à la conception d’un tout et non pas à la juxtaposition de modules, serait le troisième critère de qualification d’appartenance à la haute horlogerie.

Si cette vision techno-centrée paraît totalement justifiée, pour autant, ne délaisse t-elle pas d’autres aspects importants.

Les valeurs de la haute horlogerie ne sont-elles pas étroitement liées à des valeurs sociétales ? Valeurs pouvant se traduire au sein même de entreprise et valeurs subjectives véhiculées par les produits associés à l’image de marque. Nous sommes là dans l’immatérialité, l’intangible, mais peut-être pas dans le conjoncturel.

Certaines valeurs de la haute horlogerie ne seraient-elles pas intemporelles, voire mythiques ? Certains garde-temps ne subissent pas l’outrage des années tant sur le plan esthétique que sur le plan des messages (les valeurs) qu’ils encensent.

Pour résumer mes propos, je pense que les valeurs de la haute horlogerie s’appuient sur deux jambes interdépendantes que sont l’Homme et la Technologie.


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