Caroline Gruosi-Scheufele : Red Carpet

Suivre Caroline Gruosi-Scheufele requiert un entraînement de marathonien. Directrice artistique et coprésidente de Chopard, cette femme à l’énergie bouillonnante et au charme magnétique règne incontestablement sur l’identité de la maison. Cannes lui a décerné sa palme en l’élevant Citoyenne d’honneur de la ville. Et même si elle s’en défend, la vraie star du Festival, c’est elle. Rencontre avec l’icône de la joaillerie.

Isabelle Garnerone / EDGAR

Dix ans de Cannes déjà !

Nous fêtons cette année dix ans de partenariat avec le Festival de Cannes qui s’apprête lui-même à célébrer ses soixante ans. Je ne les ai pas vus passer, c’est un magnifique partenariat. Comme je le disais à Gilles Jacob, nous faisons désormais partie de l’inventaire… Au même titre que le tapis rouge !

Le tapis rouge est le lieu de tous les possibles, comme votre collection “Red Carpet”…

Pour commémorer ce double anniversaire, j’ai voulu réaliser quelque chose de particulier, quelque chose que nous n’avions pas encore fait et créer une collection composée de soixante pièces uniques inspirées par les stars à Cannes. En dix ans, leurs demandes en matière de parures ont été tellement hétéroclites que je ne voulais pas me limiter à un thème. L’idée est donc de proposer des modèles très différents qui satisfassent les goûts des actrices lorsqu’elles montent les marches. Cette fois, il n’y avait aucune consigne, aucun interdit, nous avions une liberté totale. Les diamants, rubis, saphirs et émeraudes frayent avec des cailloux plus communs comme le quartz, le corail, la pierre de lune ou l’opale. L’équipe s’est vraiment dépassée à les faire parce que soixante pièces spéciales c’est énorme. Il faut compter entre deux cents et quatre cents heures de travail par pièce.

Quand avez-vous commencé à plancher sur le Festival ?

Dès le mois de septembre. À partir de janvier, l’équipe est vraiment sur Bâle et Cannes. Mais cette année, quand les ateliers ont fini les pièces pour Bâle, le travail commençait.

Le Festival est-il la période de l’année où vous travaillez le plus ?

C’est la plus intense ! Entre les clients, les journalistes, les célébrités… Il y a toujours quelque chose. Après, il y a les débriefings…

Comment se déroule une journée classique à Cannes ?

Le réveil est toujours dur, on se couche toujours trop tard et jamais avant 2 heures, même quand on désire se coucher tôt. À Cannes, il faut de l’endurance, ce n’est pas un soir où il faut être à la hauteur, mais tous les soirs pendant dix jours ! Je suis opérationnelle entre 10 et 11 heures. Je commence généralement par des interviews et photos… Les instructions pour mes rendez-vous sont claires en début de Festival : les télés, ensuite la presse écrite et je termine par la radio ! Je poursuis avec le déjeuner sur la plage Nikki BeaChopard avec des clients, des amis, des stars… L’après-midi, mes rendez-vous continuent. Si je monte les marches à 17 heures, il y a la préparation…

Le Festival de Cannes est pour vous…

Magique ! Cet événement me procure beaucoup d’énergie, c’est un lieu de rencontres unique qui réunit des gens du monde entier, d’univers professionnels différents, des plus farfelus aux plus fortunés, sans oublier les actrices…

Et des acteurs ! Parlons de ce déjeuner à l’Eden Roc et de vos nouveaux amis !

J’ai été gâtée ! George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, Don Cheadle, Andy Garcia, Eliott Gould, Jerry Weintraub, producteur du film…

Une préférence ?

Ils sont tous beaux, mais j’avoue un petit faible pour George Clooney. Pour George, venir à Cannes était le moyen à la fois de présenter le film “Ocean’s 13” et le meilleur endroit pour attirer l’attention du public sur le problème du Darfour. Ensemble, ils ont fondé une organisation non gouvernementale “Not On Our Watch” dans le but de venir en aide aux victimes du Darfour.

Et ils ont sollicité votre soutien ?

Leur objectif était d’amasser des fonds pour pouvoir venir en aide aux centaines de milliers de personnes qui font les frais de ce conflit. Il y a beaucoup à faire pour le Darfour, c’est important d’en parler davantage. Le monde entier est tellement choqué qu’il faut faire cesser ce qui s’y passe. J’ai organisé un “ladies lunch” avec quarante femmes. Chopard a fait une donation. Et je pense à réaliser un bijou en édition limitée dont les profits iront à l’association et qui sera en vente dans nos boutiques.

Quelle a été la réaction de ces dames ?

Vu l’incroyable casting, elles pensaient que je racontais n’importe quoi ! Mais quand elles les ont vu arriver, elles sont restées bouche bée. Le choc ! Comme dans un film. Et évidemment, elles se sont mobilisées pour cette cause.

Est-ce que cela a été le moment le plus fort du Festival ?

Sans aucun doute ! Je me suis même proposée pour un tout petit rôle dans “Ocean’s 14”… Par exemple, apporter une vodka martini sur un plateau, c’est ma spécialité, Fawaz, mon mari, dit toujours que je fais les meilleures !

Coprésidente et directrice artistique de Chopard, vous en êtes aussi sa meilleure ambassadrice. Comment arrivez-vous à cumuler tous ces talents ? Êtes-vous tombée dans la potion magique ?

Je passe beaucoup de temps à faire de la création. Ensuite, il y a des moments où je suis plus business et j’entretiens des relations avec mes amis, mes clients… Je suis un caméléon.

Si vous aviez dû exercer un autre métier, lequel auriez-vous aimer faire ?

J’avoue n’avoir pas songé à faire un autre métier. Si j’avais dû faire autre chose, j’aurais aimé être architecte ou peintre, toujours la création !

Vous étiez à la soirée de gala Louis Vuitton à Valence en compagnie de Kristy et Ernesto Bertarelli, êtes-vous fan d’Alinghi et de l’America’s Cup ?

Je suis très amie avec Kristy et Ernesto. Kristy avait envie de dessiner un bijou “Alinghi” et elle m’a demandé de l’aider. Nous allons le fabriquer avant que la Coupe ne soit finie. Ça serait énorme si Alinghi remportait une deuxième fois la fameuse Aiguière d’Argent.

Quel est pour vous le comble du mauvais goût ?

Ne pas connaître son style et s’habiller faux, avec trop de bijoux… Une femme doit trouver son style, son caractère, et jouer avec.

Et pour un homme ?

J’aime les hommes qui s’habillent de façon classique comme Fawaz qui est toujours parfait, du casual au smoking !

Un caprice de star…

Elisabeth Taylor voulait absolument porter une paire de boucles d’oreilles et qu’il a fallu transformer en dormeuse et en 3 heures.

La colère du Festival

Le manque de respect d’un homme à l’égard de mon équipe et dont je tairais le nom par élégance… Je ne supporte pas les gens mal élevés, arrogants ou blasés et je ne supporte que l’on traite mal mon équipe. ■

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