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Léon Hatot sur la route des étoiles

Rachetée en 2000 par le Swatch Group, la marque de haute joaillerie a réalisé la plus belle croissance de son histoire, et nourrit un avenir encore plus serein.

Florence Noël

Son cumul des fonctions à responsabilité au sein du Swatch Group, Arlette Elsa Emch s’en dit heureuse. Surtout lorsque Léon Hatot, la marque de haute joaillerie dont elle assume la présidence affiche des résultats si resplendissants. Le groupe n’aime pas articuler les chiffres par marque, mais les mots ne lui font pas peur : Léon Hatot a ainsi réalisé depuis son rachat en 2000 « la plus belle croissance de son histoire », affirme sa présidente. « Une croissance à deux chiffres qui se situe dans le haut du tableau. Nous sommes vraiment très satisfaits », ajoute-t-elle.

Jolie performance pour une société réapparue sur le marché des bijoux haut de gamme il y a seulement 8 ans. C’est en 2000 que le Swatch Group décide de racheter cette petite entreprise disparue en 1953 avec le décès de son fondateur. Un joaillier au savoir faire incontesté. Né en 1883, Léon Hatot affirme très tôt son indépendance de créateur, tant dans la joaillerie que dans l’horlogerie. A 22 ans, l’artiste ouvre un atelier de joaillerie et de gravure sur métaux précieux spécialisé dans les pièces d’exception. Cinq ans plus tard, il s’installe à Paris pour devenir fournisseur exclusif des grandes maisons joaillières de la rue de la Paix et de la Place Vendôme.

Une marque oubliée

Bientôt, l’essor économique de la Ville Lumière se conjugue avec Art nouveau. Dans les tendances de la Belle Epoque, Léon Hatot trouve son inspiration : guirlandes, lauriers, courbes délicates, autant de motifs du style Louis XVI qui deviennent progressivement l’emblème de la créativité joaillière du jeune artiste. Une réputation fort appréciée que la guerre de 1914 rendra encore plus débridée. En 1925, la France libérée voit triompher un courant artistique nommé Art Déco. Des années folles pendant lesquelles Léon Hatot laisse libre court à son imagination. Très en vogue à l’époque, la montre bracelet devient l’objet d’amusement du créateur, qui miniaturise le mouvement, l’enferme dans un petit boîtier qu’il pare de pierres précieuses et autres matériaux raffinés.

Succès immédiat auprès de la gent féminine qui goûte aux joies de l’émancipation. Pendant des années, Léon Hatot s’inspire de ces courants de pensée pour créer garde-temps et bijoux sophistiqués réservés à une clientèle exigeante, toujours exclusive. La deuxième guerre mondiale marquera un tournant dans la carrière du joaillier, qui se consacre jusqu’à sa mort à créer de nouveaux mouvements d’horlogerie.

En 1989, la marque Léon Hatot a été oubliée. C’est alors que Christie’s découvre le stock de son atelier, précieusement conservé dans un coffre de banque depuis la déclaration de guerre en 1939. La célèbre maison d’enchères met en vente les montres et les bijoux Léon Hatot qui, non contents de partir entièrement en l’espace de deux heures, voient leur estimation de valeur se multiplier par trois. Un événement dans l’industrie du luxe et une excellente raison pour le groupe Swatch de racheter la marque dans le but de s’ancrer dans le segment des bijoux très haut de gamme.

Objectifs dépassés

Aujourd’hui, avec Breguet pour l’horlogerie de tradition, Léon Hatot s’affiche comme l’un des fleurons de la haute joaillerie du groupe biennois. « Pour relancer la marque, nous avons capitalisé sur son patrimoine, son histoire. A l’instar des grands joailliers qui sont devenus par la suite de célèbres horlogers, le Swatch Group a réalisé le même parcours, mais en sens inverse, en développant la joaillerie et notamment Léon Hatot. Son nom est aujourd’hui un gage de qualité », souligne la patronne de Léon Hatot. Egalement membre de la direction générale du Swatch Group et présidente de CK Calvin Klein Watches & Jewelry, Arlette Elsa Emch s’était alors fixée deux missions : atteindre avec la joaillerie 10% du chiffre d’affaires tant des marques concernées que celui des points de vente. « Nous avons largement dépassé ces objectifs aujourd’hui », assure-t-elle. Tout en insistant sur le potentiel toujours aussi important de Léon Hatot.

« Nous n’avons pas opté pour une inondation du marché. Léon Hatot n’est présent que dans des grandes villes stratégiques pour la joaillerie (ndlr. Paris, Ginza, Canne, Nice, Courchevel et Dubaï). Il y a encore beaucoup de choses à accomplir », estime la présidente. Travail fait main et production exclusive obligent, Léon Hatot s’implantera ces prochaines années dans le reste du monde à un rythme posé, permettant à la marque de s’établir avec fermeté dans l’industrie mondiale de la haute joaillerie. ■

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