Selon le dernier recensement de la Convention patronale de l’industrie horlogère suisse, les effectifs dans la branche ont regagné les niveaux connus il y a 25 ans. Mais contrairement à cette époque, la courbe est fortement ascendante.
Christophe Roulet
La sous-traitance horlogère helvétique nage en pleine expansion. Faut-il s’en étonner vu la santé d’un secteur qui vole de record en record depuis 2003, avec des valeurs à l’exportation en croissance à deux chiffres ? En extrapolant les statistiques 2006, soit 13,7 milliards de francs de produits horlogers helvétiques vendus à l’étranger, c’est-à-dire en multipliant ce chiffre par un facteur de 3, voire 4 pour obtenir les prix de ventes au détail, on découvre que l’horlogerie suisse a trouvé preneurs de ses garde-temps pour une valeur estimative de près de 50 milliards de francs suisses, soit un montant cumulé d’environ 130 millions de francs d’achats quotidiens réalisés en 2006 au quatre coins de la planète. Pour les fournisseurs de la branche, cela signifie des capacités de production utilisées à leur maximum, synonyme d’embauches pour répondre à des besoins qui se font de plus en plus pressants. Selon les avis récoltés, les horlogers suisses auraient facilement pu augmenter leur chiffres d’affaires de 20 à 50% l’an dernier s’ils avaient pu livrer à temps les montres en commande.
En d’autres termes, les délais de livraisons ont une fâcheuse tendance à se rallonger. Impensable en effet de produire aujourd’hui des modèles conçus hier avec huit à douze mois d’attente pour les boîtier, idem pour les cadrans ou encore des commandes bloquées au niveau des années précédentes chez ETA, fournisseur incontournable de mouvements pour la quasi totalité de la profession. C’est simple, nombre de Maisons commencent à livrer depuis quelques semaines des modèles présentés à Bâle ou à Genève en 2006. Qu’en sera-t-il de ceux exposés lors des salons de cette année ? Impossible d’obtenir une réponse ferme tant les goulots d’étranglement semblent se resserrer au niveau de la production.
La pression engage à tour de bras
Et pourtant, force est de constater que la profession engage à tour de bras. Selon les dernières statistiques disponibles publiée en juin 2007 par la Convention patronale de l’industrie horlogère suisse (CPIH), les effectifs de la branche se sont inscrits en augmentation de 6,5% l’an dernier pour totaliser 44’444 travailleurs, soit une force de travail supplémentaire composée de 2’700 personnes. Sans aucune surprise, ce sont bien évidemment les appareils de production qui ont accaparé l’essentiel de cette hausse soit plus de 2’100 professionnels venus grossir les rangs des 823 entreprises spécialisées du secteur, succursales comprises. C’est simple : il faut remonter à 1981 pour retrouver un tel niveau d’emploi, année où la branche employait 45’880 travailleurs. Seule différence mais de taille avec la situation actuelle : à l’époque, la courbe des effectifs ne cessait de décroître. Laminée par l’avènement du quartz, l’horlogerie suisse a en effet vu ses forces ouvrières passer de 90’000 employés en 1970 à moins de 30’000 en 1987.
Plus rien de tel aujourd’hui. Depuis 2005, la tendance s’est clairement inversée avec l’arrivée de quelque 4’500 professionnels sur deux ans, professionnels qui affichent un niveau de formation sans cesse plus élevé. « Ce phénomène s’explique par le fait que l’horlogerie suisse axe ses produits de plus en plus vers le haut de gamme et les destine au marché du luxe, explique la CPIH. Dans cette optique, l’engagement de personnel hautement qualifié devient dès lors primordial. Les chiffres du recensement le prouvent : désormais, 10,4% des collaborateurs en production bénéficient d’une formation supérieure et 39,6% possèdent un diplôme de métier, auxquels viennent s’ajouter les 1,8% d’apprentis. Les personnes semi ou non qualifiées ne représentent plus que le 48,2% du personnel de production et le 40% de l’effectif total. »
Le grand chantier est à venir
S’il fallait une confirmation supplémentaire de cette santé insolente de la profession, il suffit de se pencher sur les statistiques du salon de l’Environnement Professionnel Horlogerie Joaillerie (EPHJ) qui a tenu sa sixième édition en juin dernier. La manifestation qui réunissait 340 sous-traitants de la branche s’est close sur un nombre d’entrées en augmentation de 24% à plus de 5’300 entrées. De plus, fort de cette dynamique, les organisateurs de l’EPHJ tenaient pour la première fois un salon parallèle, celui de l’Environnement Professionnel des Microtechnologies réunissant des professionnels du domaine de l’aérospatial et de la photonique en passant par le médical, la robotique, la métrologie et autres domaines où la précision et la miniaturisation sont, comme pour l’horlogerie, au centre des préoccupations.
Reste à savoir ce que le renforcement du Swiss Made va signifier pour l’industrie. Le processus va certes prendre une dizaine d’années au bas mots mais au vu des difficultés actuelles de la branche à recruter du personnel qualifié, il y a fort à parier que les goulots d’étranglement ne sont pas prêts de se résorber. En sachant que la nouvelle définition du label exigera qu’au moins 80% de la valeur du mouvement, contre 50% actuellement, et 80% de la valeur de l’habillage soient représentés par des pièces usinées en Suisse et par des opérations effectuées dans le pays, c’est dire les lacunes actuelles de l’appareil de production horloger. D’autant que la Suisse importe annuellement des produits horlogers pour une valeur de 1,5 milliard de francs faisant du pays le quatrième importateur mondial derrière Hong Kong, les États-Unis et le Japon. Musique d’avenir diront certains. Pour les sous-traitants, cela n’en représente pas moins de nouvelles opportunités de croissance. A condition de ne pas attendre la dernière minute pour consentir les investissements nécessaires. Un grand chantier se prépare. ■
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