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Alain Siberstein plaide pour un modèle collaboratif
Points de vue

Alain Siberstein plaide pour un modèle collaboratif

mercredi, 24 février 2010
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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Selon l’horloger établi à Besançon, les créateurs doivent impérativement assurer 30% de leurs ventes en direct. Pour le reste, selon lui, la solution devra passer par un modèle collaboratif en partenariat avec des investisseurs.

Au salon Geneva Time Exhibition (GTE), Alain Silberstein expose sa vision de l’horlogerie de demain pour les créateurs indépendants. Rencontre.

Comment voyez-vous ce rendez-vous de janvier à Genève ?

Alain Silberstein : quand j’ai décidé de mettre un terme à ma participation à Baselworld en 2008, j’avais l’information selon laquelle le Salon International de la Haute Horlogerie (SIHH) allait désormais s’organiser en janvier. Cela me rappelle qu’il y a quelques années, nous autres horlogers nous retrouvions tous en début d’année lors d’une manifestation professionnelle qui se tenait également en début d’année à Vicenza. Cela nous permettait de faire la tournée des distributeurs et de confirmer à Bâle trois mois plus tard, soit un excellent calendrier pour planifier la production sur l’année. Raison pour laquelle je pense qu’il a été très malin d’organiser le SIHH beaucoup plus tôt et d’une logique économique implacable.

Si l’on doit attendre Bâle, cela veut dire aucune commandes durant les trois premiers mois de l’année et l’impossibilité de rattraper le temps perdu lors du deuxième semestre. Et cela, tout en sachant que Bâle fonctionne comme une place fortifiée où chacun se réfugie dans son château fort en relevant les ponts levis sans rien partager, alors que les distributeurs sont très proches les uns des autres. Ce n’est pas en pratiquant une stratégie de ghetto que l’on irrigue une profession.

Les créateurs horlogers, nombreux à Genève cette année, s’y retrouvent donc ?

Au Salon Belles Montres à Paris en 2007 puis à Watch Factory à Bâle un an plus tard et aujourd’hui au GTE à Genève, nous nous retrouvons entre créateurs, soit toute une génération d’horlogers qui partagent les mêmes contraintes et affrontent les mêmes défis. Je tiens d’ailleurs à mentionner que tout grand salon professionnel qui se respecte, et je ne parle pas ici d’horlogerie, dispose d’une section réservée aux créateurs. Dans ce contexte, nous sommes un peu les parents pauvres d’une profession qui fonctionne beaucoup trop sur la base de liens de consanguinité.

Mais rendons à César ce qui lui appartient. Depuis que Maximilian Busser a lancé les Opus chez Harry Winston en mettant clairement en exergue les maîtres horlogers à la base de ces différentes réalisations, c’est comme si tout à coup les artisans d’art de la mesure du temps avaient commencé à exister. Ce salon genevois en est l’exact prolongement mais il ne fait pas de doute que nous devrions plutôt être à Palexpo, à proximité du SIHH, dans la mesure où nous remplissons les trois critères indispensables à la pérennité de nos métiers que sont l’innovation, la qualité et le service. Cela dit, la présence de 60 marques qui exposent dans l’ensemble de la ville de Genève est bel et bien un événement exceptionnel.

Il y a donc une communauté d’esprit entre créateurs horlogers ?

Nous représentons un nouveau modèle économique en création, un modèle horloger incarné par une génération d’indépendants qui cassent les codes, tout en se faisant plaisir. Une génération transgressive, jubilatoire et passionnée. C’est pour cette raison que sur les stands du GTE, on trouve tous les patrons des marques. Ici, ça sent la sueur… Un stand sans patron serait inimaginable. Pour une marque qui réalise un millier de montres de création par année, la relation client demande nécessairement une approche personnalisée. Un seul exemple : lorsque MB&F a lancé en Asie son Horlogical Machine No 2.2 à laquelle j’ai collaboré, Maximilian Busser et moi-même avons fait le déplacement pour rencontrer les amateurs. Et ce fut un succès. Il faut savoir expliquer et faire comprendre aux clients que nous sommes là pour eux.

Mais là n’est pas forcément la solution en termes de distribution ?

Il y a une évidence incontournable pour nous autres créateurs : en termes de chiffre d’affaires, nous représentons des entités négligeables pour les détaillants qui travaillent avec les grands groupes horlogers. En d’autres termes, lorsqu’il y a des problèmes, nous sommes les premiers à dégager… Raison pour laquelle si nous sommes condamnés à innover sans cesse au niveau des produits, nous devons faire de même en ce qui concerne la distribution. A mon avis, dans ce domaine, il y a un impondérable tel que sans ventes directes d’au moins 30%, toute espérance de survie est un leurre. Mais pour le reste, nous allons certainement devoir imaginer une solution de points de ventes collaboratifs multimarques pour ne pas être pris en otage lorsqu’il y a des crises économiques et minimiser les risques. En d’autres termes, nous devons nous regrouper et trouver des partenaires financiers en travaillant par affinité.

La segmentation des grands groupes de la branche est aujourd’hui telle qu’elle laisse une petite place aux créateurs horlogers. Il nous incombe de la pérenniser en développant des synergies, à notre échelle certes, mais avec des produits qui relèvent des mêmes talents. Il est évident que si nous, créateurs, existons aujourd’hui, cela tient beaucoup au dynamisme des grandes Maisons. A nous, aujourd’hui, de démontrer que cette existence à toute sa raison d’être.

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