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Economie

Après cinq ans de quasi plein emploi, l’horlogerie suisse comprime ses effectifs

lundi, 23 février 2009
Par Quentin Simonet
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Quentin Simonet

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6 min de lecture
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Avis de tempête sur l’horlogerie suisse. Alors que rares sont les secteurs qui ont pu afficher une activité aussi florissante ces quatre dernières années, la période bénie a brusquement pris fin en automne 2008.

En ce début d’année 2009, les indicateurs continuent de s’affoler. « Les entrées de commandes ont baissé, la production a stagné. Les chiffres d’affaires et bénéfices se sont contractés malgré une hausse des prix », explique Carla Duss, économiste auprès d’UBS se basant sur le dernier baromètre conjoncturel de la banque. Aucun autre secteur industriel en Suisse ne s’attend à une activité aussi morose au 1er trimestre 2009. «Les horlogers tablent sur une chute des entrées de commandes, la plus forte réduction de production toutes branches confondues, et sur un fléchissement des chiffres d’affaires et des bénéfices », poursuit l’économiste. Dans la foulée, il faudra bien évidemment réduire la voilure, c’est-à-dire diminuer les capacités de production. En d’autres termes, procéder à des licenciements, des suppressions d’emploi et recourir au chômage partiel. Inutile d’ailleurs d’établir une liste, à une semaine près, elle serait déjà obsolète.

Combien après la crise ?

Pour certains observateurs, il n’y a toutefois pas péril en la demeure après cinq ans d’une situation de quasi plein emploi, selon les critères économiques en vigueur. Rappelons que l’horlogerie n’a jamais créé autant de postes de travail que durant cette période d’euphorie. Près de 9’000 travailleurs ont rejoint les rangs de la branche, soit une progression de 22% en trois ans. Quoi qu’il en soit, l’horlogerie ne va pas revivre la situation cataclysmique d’il y a trente ans. « L’horlogerie ne connaît pas une crise structurelle, mais passe par un cap conjoncturel plus délicat », estime Nick Hayek, CEO de Swatch Group. Durant les années 1970 et 1980, les bouleversements technologiques, comme l’apparition de la montre à quartz et les aléas de la conjoncture, ont en effet provoqué un redimensionnement dramatique de la branche. De quelque 90’000 employés en 1970, les effectifs sont passés à un peu plus de 30’000 en 1984. Soit 60’000 emplois passés à la trappe en moins de quinze ans. Des pertes partiellement compensées : la branche comptait lors du dernier recensement 2007 près de 50’000 travailleurs.

Combien en restera-t-il après la crise ? « Impossible de répondre à cette question. Les prochains chiffres que nous aurons à disposition seront ceux du recensement 2008, dont les données s’arrêtent en septembre. A ce moment-là, le marasme conjoncturel n’avait pas encore déployé ses effets. Il faut donc s’attendre à des chiffres qui vont crever le plafond », explique François Matile secrétaire général de la Convention patronale de l’industrie horlogère (CPIH). Selon UBS, l’horlogerie sera une des branches les plus touchées. Et comme le taux de chômage en Suisse devrait passer de 2,6% en 2008 à 3,3% en 2009 et même à 4,3% en 2010, selon les dernières prévisions du Secrétariat d’état à l’économie, les dégâts risquent d’être importants. Les Cassandre pensent qu’à la fin de la crise, les effectifs horlogers correspondront à ceux de 2004, soit un nombre inférieur à 40’000 employés dans la branche. Un scénario qui semble par trop catastrophiste. François Matile n’anticipe d’ailleurs pas pareille saignée : « nous allons connaître des évolutions de l’ordre de 1,5 à 3% des effectifs, soit à la hausse soit à la baisse, en fonction de l’évolution économique ». Les postes les plus exposés sont ceux du secteur de la production qui devra s’adapter à des carnets de commandes en baisse. Dans cette catégorie, les sociétés horlogères risquent bien de se séparer des employés les moins pointus. « Les horlogers hautement qualifiés et spécialisés dans les complications les plus ardues continueront d’être recherchés », selon Luigi Macaluso, patron de Girard-Perregaux. Pour eux, pas d’appréhensions particulières à avoir. A noter, qu’en quinze ans, la part des ouvriers non qualifiés est passé de près de 66% à quelque 40% aujourd’hui.

Source: CPIH - Convention patronale de l'industrie horlogère suisse
Source: CPIH - Convention patronale de l'industrie horlogère suisse
Les jeunes restent sur les rangs

Les sous-traitants devront également ajuster leurs effectifs. François Matile n’est pas pour autant convaincu du ratio 1 pour 3 que beaucoup d’experts brandissent : pour un poste disparus dans une marque horlogère, trois emplois sont supprimés en amont, chez les sous-traitants. «Dans les grands groupes intégrés, cela n’est pas le cas. Si un horloger disparaît de la chaîne de production, ce n’est pas pour autant que trois postes connaissent le même sort dans l’habillage». Tous les spécialistes s’accordent à dire que la crise a également des vertus positives. Nicolas Hayek estime qu’il faut mettre à profit cette période pour insister sur la formation continue du personnel.

Pour l’heure, la récession mondiale n’a pas eu de répercussion sur l’attractivité de la profession auprès des jeunes. Certes, il y eu une très légère diminution des inscriptions dans les écoles mais la branche continue d’attirer. A l’école horlogère du Locle, dans les montagnes neuchâteloises, le nombre de nouvelles inscriptions a à peine régressé de 140 postulants à 110. «Pour une place de travail disponible chez les horlogers, nous sommes passés de 4 prétendants en 2007-2008 à 3,5 aujourd’hui», détaille François Matile. Pas de quoi s’affoler puisque la relève semble assurée. Ce d’autant que certaines entreprises continuent d’embaucher. «Nous allons engager cette année entre 25 à 30 personnes pour notre nouvelle manufacture de Nyon (VD)», révèle Jean-Claude Biver, patron de Hublot appartenant au groupe LVMH. Une chose est sûre toutefois : pour les rares entreprises qui vont accroître leurs effectifs, le choix des personnes sera nettement plus sélectif après l’emballement de ces dernières années. Une focalisation sur la qualité qui ne peut être que payante à l’avenir. Une fois la tempête passée…

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