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Astral Ludwig Oechslin
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Astral Ludwig Oechslin

vendredi, 31 mars 2017
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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9 min de lecture

Lauréat 2017 du prix « Hommage à la Passion » décerné par la Fondation de la Haute Horlogerie, Ludwig Oechslin a été longtemps l’éminence grise d’Ulysse Nardin avant d’occuper le poste de conservateur du Musée international d’Horlogerie. Il y a onze ans, il fondait Ochs & Junior à Lucerne, une Maison horlogère qui va à l’essentiel.

Aller à l’essentiel en faisant fi du superflu, telle pourrait être la maxime de Ludwig Oechslin, constructeur horloger de génie, qui, aujourd’hui, en fait la démonstration au sein d’Ochs & Junior, fondé en 2006. L’aboutissement d’une carrière pour cet horloger constructeur formé dans les années 1970 ? Pas forcément, tant l’homme foisonne de nouvelles idées. Une chose est sûre toutefois, chacune de ses réalisations est le fruit d’un passé compris comme un long processus d’apprentissage qui fait forcément du dernier projet le plus abouti mais évidemment jamais l’ultime.

« Ce n’est pas tellement la simplicité en tant que telle que je recherche en premier lieu, explique Ludwig Oechslin, rencontré dans ce qui fut longtemps son fief de La Chaux-de-Fonds, à savoir le Musée international d’Horlogerie, où il a officié comme conservateur de 2001 à 2014. Il faut savoir que j’ai toujours été un paresseux qui n’aime pas forcément multiplier les interventions manuelles sur les pièces d’horlogerie. J’ai donc toujours privilégié la réflexion à l’action, si l’on peut dire. En d’autres termes, si l’on veut réduire le nombre de composants dans une montre sans toutefois sacrifier ses fonctions, il faut réfléchir en amont. C’est cela qui caractérise ma démarche en horlogerie avec comme objectif de réaliser des montres qui donnent des informations utiles et que celles-ci soient le plus lisibles possible. »

La montre Ulysse Nardin Planetarium Copernicus conçue par Ludwig Oechslin en 1988 dans laquelle s’allient la conception géocentrique de Ptolémée et l’approche héliocentrique de Copernic. © Fred Merz / Lundi 13
Simplicité enfantine

Fonctionnalité de la montre, une vertu jamais mieux servie que par un calibre au nombre de composants réduit, et utilité de ses informations, au premier chef des indications horaires et calendaires intelligibles d’un seul coup d’œil, tels sont les diktats horlogers de Ludwig Oechslin lui permettant précisément de tendre à l’essentiel. « Concrètement, comme j’ai une machine CNC à trois axes dans mon atelier, je conçois la construction de mes calibres de montre de telle manière que je puisse pratiquement tout usiner pour ne laisser que très peu de travail à la main », précise-t-il. Il en résulte des montres à la « simplicité » déconcertante.

Un seul exemple : le modèle Ochs & Junior Calendrier Annuel est réalisé sur la base d’un calibre ETA 2824-2 qui « offre tout ce qui est nécessaire pour créer de nouvelles fonctions », explique la Maison sur son propre site. De l’espace, suffisamment de puissance et une très grande fiabilité. De plus, comme il s’agit d’un mouvement de base éprouvé et largement répandu, le service après-vente ne sera jamais un problème, gage d’indépendance pour le propriétaire de montres. Sur cette base, Ludwig Oechslin est donc venu greffer son module de quantième annuel conçu sur la base d’engrenages et non de ressorts et bascules, comme c’est généralement le cas. Résultat : alors que Patek Philippe recourt à 154 composants, Ochs & Junior en utilise 6 ! Quant à l’affichage, entièrement analogique, il se passe de chiffres pour proposer les différentes indications du calendrier par points de couleur sur échelles circulaires. D’une « simplicité » enfantine.

La montre Ulysse Nardin Tellurium Johannes Kepler conçue par Ludwig Oechslin en 1992 offrant une vision de la Terre vue de la verticale du Pôle Nord. © Fred Merz / Lundi 13
Lucerne-Vatican, retour

C’est cette déroutante manière de faire qui constitue la marque de fabrique de Ludwig Oechslin et ce, dès son jeune âge. A priori, l’activité d’horloger n’avait rien pour lui plaire, lui qui avait voué ses années d’études aux sciences humaines. D’autant qu’à cette époque la montre mécanique était accusée de tous les maux. Pour cet esprit à la curiosité insatiable, rien ne semblait toutefois être exclu. Attiré par les mathématiques et la physique, bricoleur à ses heures, Ludwig Oechslin se dit que la mesure du temps allait certainement lui offrir de quoi remplir son besoin de savoir et, accessoirement, nourrir son homme. Au moment même où le métier de constructeur horloger tendait à disparaître, tué par l’industrialisation et la crise du quartz, le voilà donc apprenti à Lucerne, bien décidé à maîtriser les arcanes d’une profession pourtant vouée aux gémonies. Mais peut-être pas tant que cela. Le Vatican a besoin d’un spécialiste, d’accord pour venir restaurer bénévolement l’un de ses joyaux, une pièce astronomique du XVIIIe siècle d’une rare complexité connue sous le nom d’« horloge Farnese ». Ludwig Oechslin répond présent. Et si, pour cette remise en état, il était indispensable de connaître les subtilités des garde-temps astronomiques, qu’à cela ne tienne, tout s’apprend. En autodidacte si nécessaire.

La montre Ulysse Nardin Astrolabium Galileo Galilei conçue par Ludwig Oechslin en 1885 indiquant la position, vue d’un endroit donné de la Terre, du Soleil, de la Lune et des étoiles à n’importe quelle heure. © Fred Merz / lundi 13

À la bibliothèque du Vatican à Rome, Ludwig Oechslin passera quatre ans au chevet de cette horloge dont il tirera également une thèse de doctorat. Tant qu’à faire… Mais si le monde du savoir est une chose, celui de la création en est une autre. « Et l’un ne va pas sans l’autre, déclare-t-il. La curiosité se nourrit de la recherche scientifique qui s’exprime ensuite dans la créativité. L’horlogerie m’a offert la possibilité de satisfaire ces deux envies, presque des besoins. » De retour à Lucerne, Ludwig Oechslin se met ainsi rapidement à l’établi pour réaliser un astrolabe mural, celui-là même qui va tomber dans l’œil de Rolf Schnyder. « Quand il est venu nous visiter à Lucerne, Rolf Schnyder cherchait des horlogers capables de redonner tout son lustre à Ulysse Nardin, Maison qu’il venait d’acquérir, poursuit Ludwig Oechslin. Son objectif était de réaliser les grandes complications horlogères en montres-bracelets. Ce que plus personne ne savait faire à l’époque. Lorsqu’il a vu mon astrolabe, il a tout de suite demandé si j’étais capable de le miniaturiser. J’ai répondu par la négative. Pourquoi refaire ce qui avait déjà été fait ? »

Le constructeur horloger Ludwig Oechslin au Musée International d’Horlogerie de La Chaux-de-Fond dont il fut le conservateur de 2001 à 2014. © Fred Merz / Lundi 13
Créativité débridée

Malgré ce refus, la rencontre entre les deux hommes sera décisive. Car Rolf Schnyder sent très bien tout le potentiel qu’a à offrir Ludwig Oechslin, notamment dans les montres astronomiques. Carte blanche lui est ainsi donnée pour des résultats considérés aujourd’hui déjà comme des références dans l’horlogerie contemporaine. En 1985, Ulysse Nardin présente ainsi l’Astrolabium Galileo Galilei, décrite au moment de sa sortie par le Guiness Book of Records comme la montre-bracelet la plus raffinée jamais produite. Le coup d’essai se révèle un coup de maître, d’autant que cette première pièce sera rapidement complétée par le Planetarium Copernicus et le Tellurium Johannes Kepler pour former une trilogie d’anthologie. Sur ces bases, la collaboration avec Ulysse Nardin était faite pour durer. Elle donnera encore des pièces d’une rare inventivité comme la Perpetual Ludwig ou la GMT ± Perpetual, sans oublier la Freak présentée en 2001, montre de précurseur et condensé d’innovations tout à la fois qui voit le silicium faire une première apparition dans l’univers horloger.

Le Musée International d’Horlogerie de La Chaux-de-Fonds offre un parcours initiatique pour mieux comprendre « L’Homme et le Temps ». © Fred Merz / Lundi 13

Mais après vingt ans d’étroite collaboration, Ludwig Oechslin donne une nouvelle orientation à sa carrière en devenant conservateur du Musée international d’Horlogerie de La Chaux-de-Fonds, activité qu’il exercera jusqu’en 2014. C’est qu’Ulysse Nardin a encore dans ses cartons nombre de projets estampillés Ludwig Oechslin qui ne demandent qu’à voir le jour, à l’instar de la Sonata présentée en 2003 ou de la Moonstruck de 2009. L’horloger préfère quant à lui consacrer son temps à la modernisation du musée et à des expositions thématiques remarquées. Sa créativité n’est pas pour autant mise au vestiaire. Pour alimenter le MIH, il réalise la Montre MIH dont la vente permettra d’apporter de la « substance » à l’institution, à savoir des fonds destinés à financier la recherche et la restauration jusque-là cruellement absentes. Il suffit de voir Ludwig Oechslin « gambader » à grandes enjambées entre les présentoirs du MIH qui, pour certains, exposent ses propres « œuvres » comme autant de percées scientifiques, pour comprendre que l’homme avait doublement sa place dans ce musée. Rien de figé pour autant. Ochs & Junior a déjà pris le relais. Question de bien montrer que la créativité, ça ne se bride pas.

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