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Au pays de l’horlogerie, le titane est roi
Economie

Au pays de l’horlogerie, le titane est roi

jeudi, 2 septembre 2021
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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En matière de précision et de fiabilité, les nouveaux matériaux ont permis à l’horlogerie de faire des pas de géant. Une démarche qui a notamment permis de redécouvrir les vertus du titane. Un métal devenu incontournable, alors même qu’aujourd’hui, la recherche s’oriente vers les matières recyclées et végétales.

Alors que les jours se raccourcissent et que l’été touche bientôt à sa fin, un petit détour par quelques modèles horlogers présentés pour profiter au mieux de cette saison qui s’achève sont intéressants à plus d’un titre. Breguet a ouvert les feux pour ainsi dire. La Maison, qui célèbre cette année les 220 ans du tourbillon, n’en présentait pas moins une Type XXI 3815 Titane pour équiper les aventuriers estivaux. Ce fut ensuite au tour d’Hublot de dévoiler ses collections « méditerranéennes » parmi lesquelles une Classic Fusion Chronograph Bodrum et une autre Capri aux boîtiers en titane surmontés par une lunette en céramique ou titane selon le modèle. Dans la foulée, on ne saurait omettre la dernière itération de la Laureato que Girard-Perregaux vient de présenter dans une version Absolute Ti 230 en l’honneur des 230 ans de la manufacture. Pour clore ce périple, on peut encore citer la dernière RM 029 Automatique Le Mans Classic. Une montre qui célèbre cet événement automobile bisannuel dont Richard Mille est partenaire depuis 2002 et qui, pour l’occasion, se voit parée d’une livrée verte et blanche en Quartz TPT® avec pour moteur le calibre RMAS7 squelette en titane grade 5.

Richard Mille RM 029 Automatique Le Mans Classic

On l’aura vite compris à l’évocation de ces quelques modèles de l’été, le titane est partout. De l’habillage au cœur de la montre. Quand on parle des nouveaux matériaux en horlogerie, ceux qui ont propulsé la mesure du temps dans le 21e siècle, le titane fait pourtant rarement partie du lot. On entend généralement parler de céramique haute performance, de silicium, du carbone sous toutes ses formes ou de verre amorphe. Et depuis quelques mois, ce sont les matériaux recyclés qui ont pris le relais, notamment des polymères à base de filets de pêche ou de PET, sans oublier les cuirs végétaux en soutien à la cause animale. De titane, peu de traces dans ces revues de détail. C’est que le métal n’est pas nouveau. Dès la fin des années 1970, des Maisons comme Citizen ou Porsche Design avaient déjà misé sur le titane. Et pour des raisons parfaitement compréhensibles au vu de ses propriétés remarquables. Découvert à la fin du 18e siècle dans du minerai de rutile et nommé d’après les titans de la mythologie grecques, ce métal n’allait pas faillir à son patronyme.

Hublot Classic Fusion Chronograph Boutique Bodrum

La dénomination du titane est en effet particulièrement appropriée à ses vertus. Avec des propriétés mécaniques comparables à celles de l’acier, ce métal offre une densité deux fois plus faible et un point de fusion plus élevé à 1670 degrés Celsius. Autres avantages : une résistance exceptionnelle à la corrosion en milieux naturels ou acides et une bonne ductilité, à savoir la capacité de ce matériau amagnétique et biocompatible de se déformer sans se rompre. De plus, le titane n’est pas rare, pour occuper la neuvième place au sein des éléments les plus abondants dans la croûte terrestre et la cinquième pour ce qui est des métaux. Ce matériau a ainsi rapidement trouvé des applications industrielles spécifiques, notamment dans le secteur médical pour les prothèses, ou encore dans l’aérospatiale, la défense et l’aéronautique, la moitié du titane utilisé dans le monde servant à la construction des avions. L’Airbus A380, par exemple, contient 82 tonnes d’alliage de titane ou 9% de son poids

Swatch Flymagic avec spiral Nivachron

Ses applications dans la mesure du temps sont finalement assez récentes. Avec un essor qui date du moment où les ingénieurs en sciences des matériaux ont été mis à contribution pour faire avancer la recherche horlogère. Plus résistants, d’un poids plume, hypoallergéniques, avec un coefficient de frottement extrêmement bas voire nul, inrayables, quasi inaltérables, ces matériaux ont bel et bien contribué à faire avancer la précision des montres, comme leur fiabilité et leur robustesse, voire la construction même des mouvements mécaniques, notamment au niveau de la régulation. Inutile de dire que les propriétés du titane ne sont pas passées inaperçues auprès de Maisons comme IWC, Jaeger-LeCoultre, Hublot, Richard Mille ou Rolex, pour n’en citer que quelques-unes. Le titane a alors commencé à apparaître comme élément privilégié de l’habillage. Dans ce registre, la Kirium « Ti5 » de TAG Heuer avait fait sensation à Baselworld en 1998. Equipé d’un bracelet en caoutchouc et d’un cadran en fibre de carbone, le modèle se présentait surtout avec un boîtier en titane grade 5 (90% de titane, 6% d’aluminium et 4% de vanadium) ayant la particularité de pouvoir être poli. Le titane pur utilisé jusque-là permettait seulement une finition brossée dite « peau d’orange ».

IWC Aquatimer Calendrier Perpétuel Digital Date et Mois Edition « 50 Years Aquatimer »

Progressivement, le titane allait également s’inviter au cœur même du mouvement, par exemple chez Greubel Forsey qui présentait son nouveau Tourbillon 24 Secondes Contemporain en 2013 avec platine et ponts en titane. Mieux, le titane devait servir de base pour la réalisation du spiral Nivachron présenté par le Swatch Group en 2018 et développé en collaboration avec Audemars Piguet. Plus facile et plus économique à produire qu’un spiral en silicium, le Nivachron est également insensible au magnétisme, comme aux variations thermiques, tout en offrant une excellente résistance aux chocs. Là n’allait toutefois pas s’arrêter l’odyssée du titane, notamment au niveau des alliages qui en sont constitués. IWC devait en apporter une éclatante démonstration avec le Ceratanium®. On se souvient qu’en 1982 déjà la manufacture de Schaffhausen dévoilait un Ocean 2000, montre de plongée en titane étanche à 200 mètres. Plus récemment, en 2017 et après cinq ans de développement, IWC arrivait ainsi avec son premier boîtier en Ceratanium® venant équiper une Aquatimer célébrant les 50 ans du modèle. De la même manière qu’Hublot, en collaboration avec l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, avait mise au point son Magic Gold en alliant or et céramique, IWC a combiné titane et céramique pour obtenir le meilleur des deux matériaux : légèreté et résistance. Après usinage, l’alliage est cuit au four pour opérer sa transformation physique. L’intérieur du boîtier reste ainsi majoritairement constitué de titane tandis qu’une couche de céramique se forme en surface.

Panerai Submersible eLAB-ID

Maintenant que l’industrie horlogère oriente de plus en plus sa rechercher vers des matériaux qui répondent aux principes du développement durable, le titane est-il voué à rester en marge ? Rien n’est moins sûr si l’on en croit les derniers développements en la matière. Pour sa première montre entièrement recyclée, la « concept watch » Submersible eLab-ID™, Panerai, qui fait œuvre de pionnier dans ce domaine, a utilisé de l’EcoTitanium™ pour le boîtier, le cadran sandwich et le pont, soit un alliage de titane recyclé léger, de qualité aérospatiale, composé de plus de 80% de matériaux recyclés. On se souvient d’ailleurs que Panerai avait dévoilé sa première montre en EcoTitanium™ en 2019 déjà pour son édition Mike Horn de la Submersible 47 MM. Pour sa eLab-ID, la Maison est allée un pas plus loin en établissant un véritable réseau de sous-traitants de proximité prêts à tenter l’aventure du recyclage en circuits courts. Une solution « titanesque » pour demain.

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