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Avantages et enjeux des normes horlogères
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Avantages et enjeux des normes horlogères

Tuesday, 16 July 2013
Par Louis Nardin
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Louis Nardin
Journaliste et consultant

“De l’audace, toujours de l’audace.”

Georges Jacques Danton

« Une montre de qualité concentre de la créativité, des compétences techniques et scientifiques rares, des gestes anciens. Elle touche au désir d’être unique, de se distinguer, d’afficher un savoir, une puissance, un goût. Une montre raconte plusieurs histoires à la fois, dont les détails et les secrets font la saveur. »

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7 min de lecture

Grâce à elles, l’industrie horlogère dispose d’un langage commun. Si les normes ont largement contribué à la qualité des montres, elles constituent aussi des instruments stratégiques de première importance.

En mai dernier s’est tenue à Tokyo la 21e conférence ISO/TC 114. Un nom épineux pour nommer le comité chargé d’établir et d’actualiser les normes internationales liées à l’horlogerie. La Suisse y était présente via une délégation. Réunions de spécialistes de milice, ces conférences remontent à 1964 et donnent le ton au niveau global sur désormais 32 normes précisément déterminées. Depuis, elles ont permis aux 11 pays participants de s’accorder sur des sujets aussi variés que la précision chronométrique, l’étanchéité ou le magnétisme. Outre les normes ISO, d’autres normes existent et toutes visent les mêmes buts : créer des plates-formes de dialogue communes et améliorer la qualité des produits. Mais pourquoi ? Explications.

« Une norme établit des critères d’évaluation et la manière dont cette évaluation doit être menée, résume René Le Coultre, responsable Normes et Standards à la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) de 1962 à 1970. Cela pour créer un langage commun. »

L’horlogerie suisse a commencé ce travail au niveau national au tournant des années 1920 avec l’Association suisse de normalisation, dont découleront les normes NIHS. Il s’agissait alors de s’entendre sur la morphologie des pièces pour harmoniser formes et tailles, par exemple les vis, pour une meilleure industrialisation. Le service après-vente avait également besoin de pièces uniformisées pour gagner en efficience. En 1962, une commission internationale franco-germano-suisse indépendante établit de nouvelles normes dans quatre domaines différents. Elles concernaient les pierres fonctionnelles, les chocs, l’étanchéité et le magnétisme. Elles seront très vite intégrées dans un système global à travers la création du comité ISO/TC 114 en 1964.

Des délégués viennent souvent en visite en Suisse pour s’imprégner de notre façon de concevoir des normes.
Patrick Loetscher
Protéger des dangers

« Les normes liées à la qualité avaient pour but de protéger d’un danger, par exemple l’humidité. Elles ont été conçues pour correspondre aux pratiques des consommateurs et offrir des garanties élémentaires », note l’ancien expert. Aujourd’hui, le concept reste le même. « Il est toujours indispensable d’avoir un référentiel commun entre horlogers du monde, explique Patrick Loetscher, responsable des standards à la FH. Grâce à lui, nous suivons les évolutions significatives partout dans le monde. Ce système permet en outre d’éviter de devoir reprendre chaque critère au commencement. Dans le cadre du système international ISO, par exemple, chaque norme doit être réexaminée tous les cinq ans. »

Techniquement, une norme ISO est le fruit d’une proposition faite par un pays membre, processus d’ailleurs identique au niveau national. Elle est alors étudiée, parfois modifiée, avant d’être promulguée uniquement si l’unanimité a été obtenue. Dans le comité ISO TC/114, les pays les plus actifs sont la Suisse, la France, l’Allemagne, le Japon, le Royaume-Uni et la Chine. « Ce pays est d’ailleurs toujours plus demandeur de normes, poursuit Patrick Loetscher. Il s’investit de plus en plus. Des délégués viennent souvent en visite en Suisse pour s’imprégner de notre façon de concevoir des normes. »

Les normes offrent un cadre de base dans lequel nous évoluons.
Stephen Forsey
Négocier des arsenaux

Cette émulation internationale n’est pas que le fruit d’une passion pour la recherche. En effet, plusieurs systèmes de normes coexistent, car chaque pays peut disposer de son propre arsenal qui prévaut sur les règles internationales. Il est donc fondamental d’être fréquemment en contact pour éventuellement influencer par le dialogue la création d’une nouvelle norme nationale. « C’était le cas avec les Chinois qui voulaient élever le minima de dureté des matériaux à 1’500 Vickers, car ils maîtrisent bien les technologies dans ce domaine. Après discussion, nous nous sommes accordés sur 1’200 Vickers », détaille Patrick Loetscher.

Un marché peut en effet se fermer pour de telles raisons avec les risques commerciaux que cela induit. Patrick Loetscher : « Les Allemands ont par exemple instauré une règle établissant que la pression maximale à laquelle une montre doit résister soit indiquée en bars et non en mètres. Des pièces suisses sont ainsi restées bloquées à la frontière, car elles n’étaient pas conformes sur ce point précis. » Désormais, cette information est régulièrement indiquée dans les deux échelles sur les boîtiers.

Une norme constitue aussi un repère utile pour les marques comme pour les consommateurs. La certification du Contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC) par exemple a été établie en 1973 selon la norme ISO 3159, qui définit ce qu’est un chronomètre en donnant des valeurs chronométriques. « Les normes offrent un cadre de base dans lequel nous évoluons, explique Stephen Forsey, cofondateur de Greubel Forsey. Elles procurent aussi un niveau de fiabilité indispensable, qui plus est pour les petites sociétés travaillant sur un mode plutôt artisanal où chaque montre est par essence différente de l’autre. Pour nous, les critères du COSC constituent par exemple un fondement dont nous sommes partis pour établir un catalogue de critères qui nous sont propres. »

Gages de qualité, elles témoignent aussi de capacités en termes de savoir-faire.
Rôle des repères et contre-effets

Les normes permettent aussi aux clients de situer les marques les unes par rapport aux autres puisque toutes ne les adoptent pas. « Les normes donnent des éléments permettant la comparaison, dit Luc de Siebenthal, coordinateur R&D Mouvement chez Vacheron Constantin. Pour Vacheron Constantin, elles représentent un minimum requis qu’il s’agit de dépasser. Cependant, lorsqu’une norme se généralise, on tend à oublier les efforts et les difficultés qu’il a fallu surmonter pour l’obtenir. »

Signe distinctif pour quelques marques comme Rolex ou Breitling, le label COSC est parfois critiqué pour être justement trop répandu, voire trop ancien. Pour plusieurs horlogers/concepteurs, ces critiques ne sont pas fondées puisque le delta d’erreur de – 4/+ 6 secondes par jour constitue toujours un défi, d’autant plus significatif dans le cadre d’une production industrielle. A contrario, il est aussi accepté que l’évolution des technologies et des moyens de production l’a rendu plus accessible. Cela dit, son bénéfice en termes d’image a su être positivement exploité au fil des ans puisque ces quatre lettres peuvent représenter jusqu’à 27 % du prix de vente, alors que le test coûte CHF 5.- par unité hors taxes et frais divers.

Les normes restent donc toujours d’actualité, même si les marques gardent la liberté de s’y référer ou non. Cependant, si elles les acceptent, elles doivent s’y tenir. Gages de qualité, elles témoignent aussi de capacités en termes de savoir-faire. L’horlogerie suisse possède un leadership qui doit être perpétuellement maintenu. Voilà pourquoi le projet « Porter 2015 » est en cours. Mené par l’Association suisse pour la recherche horlogère, il associe plusieurs grandes marques dans le but de réactualiser les critères selon lesquels des tests sont réalisés.

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