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Bon anniversaire, Donald Duck!
Points de vue

Bon anniversaire, Donald Duck!

Tuesday, 25 June 2019
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Franco Cologni
Président du Comité Culturel de la FHH

“Le talent nécessite toujours de l’effort, de l’engagement, des heures passées à perfectionner un geste qui devient, jour après jour, un don.”

Entrepreneur dans l’âme, Franco Cologni, pourtant homme de lettres, s’est rapidement lancé dans les affaires pour devenir un personnage clé du groupe Richemont.

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7 min de lecture

Les enfants, « parents pauvres » de l’horlogerie ? Certains Maisons ont bien compris tout l’intérêt de s’adresser aux plus petits. Quitte à mettre des Mickey sur le cadran comme Ingersoll ou Gérald Genta. Tout apprentissage doit commencer tôt. Foi de Donald Duck.

Il y a 85 ans, le 9 juin 1934, paraissait aux États-Unis le court-métrage d’animation Une petite poule avisée dans la fameuse série « Silly Symphonies » produite par Walt Disney entre 1929 et 1938. Le protagoniste de l’histoire est un canard fainéant qui, avec le temps, disputera à Mickey Mouse, né en 1928 sous le crayon d’Ub Iwerks, le rôle de star de Disney. On parle évidemment – et vous l’aurez compris – de Donald Duck, l’anti-héros par excellence, l’incarnation de l’homme moderne avec tous ses problèmes et surtout avec sa névrose.

C’est une marque américaine pionnière, Ingersoll, qui a invité ces personnages ultrapopulaires dans le monde de l’horlogerie. Elle fut fondée en 1892 à New York par les frères Robert et Charles Ingersoll qui proposaient leurs produits au prix abordable d’un dollar (à l’époque l’équivalent du salaire journalier d’un ouvrier).

En 1933, Disney céda aux frères Ingersoll les droits de production d’une montre sur laquelle, pour la plus grande joie des enfants mais pas seulement, figurait Mickey qui indiquant l’heure avec ses bras transformés en aiguilles. Deux ans plus tard, ce fut au tour de Donald d’orner les cadrans. Le succès fut inouï. En 1957, les deux sociétés célébraient leur partenariat par la vente de la 25’000’000e montre au décor Disney. Le partenariat dura jusqu’en 1971. Il allait être partiellement repris dès 2010, avec trois lignes différentes.

Grâce à Mickey et Donald Duck, des générations d’enfants ont fait connaissance – pour pas cher et en s’amusant – de l’univers et de la culture de l’horlogerie. Un des slogans de l’entreprise énonçait d’ailleurs « Every boy has an Ingersoll coming to him » (« il y a une Ingersoll pour chaque garçon », ndlr). De nos jours, ces montres sont devenues des pièces de collection rares qui relatent l’histoire d’une époque. En ira-t-il de même pour les plus de 60 types de « smartwatches » qui ont envahi le marché ? Parlons-en directement avec Donald, la star de Disney, à l’occasion de son anniversaire : 85 ans (il ne les fait pas) farcis de mésaventures, souvent passées à marquer le temps sur le cadran d’une montre.

Il l’avait promis : « Je serai ponctuel, parole de canard. » Mais même le jour de son anniversaire il est en retard. J’aurais dû le prévoir : comment faire confiance à un type qui, dans sa vie, a fait le chasseur de fantasmes, le pompier, l’aviateur peleur de patates durant la dernière guerre mondiale, le groom d’hôtel, l’explorateur, le lutteur, le légionnaire, le maçon et même le nettoyeur de l’Horloge de la Tour ?

Tiré du film Clock Cleaners (« nettoyeurs de pendules »), 1937. © Walt Disney Productions
Tiré du film Clock Cleaners (« nettoyeurs de pendules »), 1937. © Walt Disney Productions

Oui, parce que nous nous étions mis d’accord pour une interview à l’occasion de son 85e anniversaire et là… Ah, mais le voilà, au pas de course, essoufflé comme toujours.

– Bonjour, monsieur Donald Duck.
– Bien le bonjour à vous, mais laissez tomber « monsieur ».
– Vous êtes un peu en retard. Votre réveil n’a pas sonné ?
– Ne me parlez plus de réveils, je les hais. Ils m’empêchent de dormir. J’en ai encore démoli un ce matin.

© Walt Disney Productions
© Walt Disney Productions

– Parlons de choses plus gaies : votre anniversaire. Racontez-moi ce 9 juin 1934, lorsqu’est sorti aux États-Unis Une petite poule avisée, le dessin animé qui vous a lancé comme acteur et membre du Club de l’oisiveté dont vous n’avez – mais corrigez-moi si je me trompe – jamais démissionné.
– J’étais jeune, inexpérimenté, pas encore bien formé. Mon bec, surtout, n’était pas encore très beau, je l’admets. J’étais sorti de l’œuf depuis peu et, immédiatement, j’ai été choisi.
– Pardonnez-moi, mais par qui ?
– Par la poule. Elle voulait que je l’aide à planter le maïs. Mais pensez ! Travailler peu après la naissance ! L’indépendance vaut mieux que la domination d’autrui, aurait écrit à mon propos un célèbre sémiologue, Omar Calabrese. Lui, au moins, il me comprenait.

Une petite poule avisée, un film de Wilfred Jackson © Walt Disney Productions
Une petite poule avisée, un film de Wilfred Jackson © Walt Disney Productions

– Carrément ! Et où a-t-il écrit ça ?
– Dans un fameux essai intitulé Serio ludere. Il a compris que je jouais sans cesse « sérieusement ». Comme le font d’ailleurs tous les enfants. C’est ainsi que je suis devenu célèbre et que j’ai fini par marquer le temps sur le cadran d’une montre.
– Ça s’est passé comment ?
– Grâce à mon papa…
– Votre papa ?
– Oui, Walt Disney. Il avait commencé par conclure un accord avec les frères Ingersoll, de New York, pour produire des montres avec, sur le cadran, hum… machin.
– Machin ?
– Oui, enfin, cette souris que j’ai toujours en travers de mon chemin !
– Vous voulez dire « Mickey ».
– Lui, en effet. Puis, quand ils ont constaté ma valeur à moi, ils ont produit une montre juste pour moi. La première remonte à 1935, l’année qui a suivi mes débuts cinématographiques. Je tenais à la main deux fanions de signalisation de la marine, un bleu et un rouge, qui servaient d’aiguilles. C’est la montre la plus rare de la collection.
– Vous en avez encore une ?
– Non, onc’ Picsou me l’a confisquée en échange d’un emprunt que je ne lui avais jamais remboursé.
– Mais dites-moi, Mickey et vous n’êtes jamais apparus ensemble sur le cadran d’une montre ?
– Hum, si. Une fois, bien des années plus tard. Ce sont ceux de Lorus, une marque du groupe Seiko, qui nous avaient mis ensemble. Ils ont fabriqué des montres Disney de 1986 à la fin des années 1990. C’est avec eux que pratiquement toute la famille des personnages Disney a fini sur un cadran de montre. À Dingo, ils en ont dédié une qui tournait en arrière : les chiffres sur le cadran étaient écrits en sens inverse comme si le temps se lisait à l’envers.
– Pas très pratique.
– Vous avez raison, mais Dingo était comme ça. Ils en ont même fait une pour onc’ Picsou, qui, jusqu’alors, avait été ignoré en raison de son avarice, de son attachement à l’argent. Mais ensuite, vous savez, dans les années 1990, avec l’avènement du phénomène des yuppies – vous vous rappelez, dans le film Wall Street, le personnage Gordon Gekko qui dit : « Greedy is good » (« l’avidité est une bonne chose », ndlr) – l’onc’ Picsou était devenu une star et Lorus lui a dédié une montre d’« avant-garde » : la première à être alimentée par une batterie, sans remontage. Après tout, l’image de mon oncle sur une montre rappelait à celui qui la portait que « le temps, c’est de l’argent ».
– Et pour vous, le temps, c’est quoi ?
– Le temps, c’est du repos. À propos, il faut que je vous laisse, j’ai besoin d’un peu de temps pour me reposer, je ne voudrais point trop me fatiguer.

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