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Calibres maison, aubaine ou déveine ?
Atelier technique

Calibres maison, aubaine ou déveine ?

dimanche, 26 mars 2017
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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8 min de lecture

Est-il véritablement intéressant de se lancer dans la course au calibre de manufacture, le sacro-saint graal horloger en ces temps maussades pour l’horlogerie suisse ? Tandis que Baselworld bat son plein, la question n’est pas anodine si l’on considère le renchérissement des modèles équipés de mouvements maison et l’appauvrissement du tissu de la sous-traitance.

À peine les organisateurs de Baselworld ont-ils donné le signal du départ de ce rendez-vous mondial et incontournable de l’horlogerie et de la bijouterie que les annonces fusent de tous bords. Celles qui frappent en premier touchent bien évidemment le centre névralgique de la montre, à savoir son calibre mécanique. Et pour cause. Comme le rappelait en ouverture de la manifestation François Thiébaud, patron de Tissot et président des exposants suisses, si les montres mécaniques représentent seulement 27 % de la production helvétique de garde-temps en volume, la proportion s’inverse en valeur, puisqu’elles totalisaient 80 % des $ 19,4 milliards réalisés à l’exportation l’an dernier. Un montant qui, rappelons-le, positionne la Suisse au premier rang des pays exportateurs de montres-bracelets, loin devant Hong Kong ($ 8,8 mia) et la Chine ($ 5,6 mia).

Le volume des montres mécaniques a presque triplé depuis l’an 2000, passant de 2,5 millions à 6,9 millions l’an dernier.

En cette année du 100e anniversaire de la Foire des échantillons de Bâle, nom d’origine du Salon devenu Baselworld en 2003, un petit coup d’œil dans le rétroviseur n’est pas exempt d’enseignements. Si l’on se base sur les statistiques du secteur depuis le début de ce siècle, on remarque en effet que le volume des montres mécaniques qui ont pris le chemin de l’étranger a presque triplé depuis l’an 2000, passant de 2,5 millions à 6,9 millions l’an dernier, faisant naturellement exploser la valeur globale des exportations helvétiques de garde-temps terminés qui, elle, a doublé durant le même laps de temps. Corollaire de cette évolution, le prix moyen ex-usine des montres suisses est passé de 313 CHF à 720 CHF depuis l’an 2000, prix moyen qui s’affichait à 2 100 CHF en fin d’année dernière pour les montres mécaniques.

Hublot - Techframe Ferrari 70 Years Tourbillon Chronograph
Hublot - Techframe Ferrari Tourbillon Chronograph
Innovation sans limites

Inutile de multiplier les statistiques, le retour en grâce de la montre mécanique a fait entrer l’horlogerie suisse de plain-pied dans l’univers du luxe. Il ne faut donc guère s’étonner des efforts déployés par une grande partie de la profession pour obtenir un Swiss Made nettement plus contraignant. Depuis le début de l’année, c’est chose faite, même si les ténors de la branche ont dû mettre de l’eau dans leur vin en acceptant comme seuil d’accès au label une localisation helvétique pour 60 % des coûts de la montre, contre les 80 % espérés en début de processus. Qu’à cela ne tienne, le mouvement mécanique est devenu tout à la fois symbole de la bienfacture suisse et véritable graal horloger pour en maîtriser la production. Preuve en était en cette journée inaugurale de Baselworld 2017 avec l’accent mis sur la motorisation horlogère. Exemple remarquable du genre, le travail effectué entre Hublot et Ferrari pour réaliser la Techframe Ferrari, une pièce qui vient célébrer les 70 ans du constructeur automobile. Ce Chronographe monopoussoir tourbillon à remontage manuel est doté du calibre HUB6311, tout nouveau « mouvement de manufacture » à 5 jours de réserve de marche, qui offre un design aussi soigné que la technologie dont il est issu.

Zenith - Defy El Primero 21
Zenith - Defy El Primero 21

Même constat en ce qui concerne le nouveau mouvement dévoilé par Zenith en ce premier jour de Baselworld, soit l’El Primero 21. Cela faisait longtemps que l’on attendait le petit frère du mythique El Primero, calibre commercialisé en 1969 comme le premier chronographe automatique de série précis au 1/10 de seconde grâce à un oscillateur battant à 36 000 alternances/heure. Si l’attente a été longue, le résultat est à la hauteur. Résultat dû à Guy Sémon, physicien, actuel directeur général de TAG Heuer et membre de la « task force » mise sur pied par Jean-Claude Biver, CEO ad interim de Zenith, pour tenter de redresser la barre d’une marque à la recherche de son identité. À n’en pas douter, une partie de celle-ci lui a été rendue avec cet El Primero 21 qui intègre deux « boîtes à vitesse » indépendantes l’une de l’autre, la première pour les indications horaires battant à 5 Hz et la seconde pour le chronographe à 50 Hz, chacune ayant son propre système de transmission et d’échappement, sans embrayage. Point d’orgue du mouvement, des spiraux en composite de carbone recouvert de nanotube de carbone, soit un nouveau matériau breveté totalement insensible aux champs magnétiques et aux changements de température. Au final, cette Defy El Primero 21 offre la précision mécanique au 1/100 de seconde, soit un chronographe de série qui fait sauter Zenith dans le XXIe siècle. Dans ce registre, on se souviendra des incroyables percées déjà réalisées par Guy Sémon pour TAG Heuer avec la ligne Mikro (MikrotourbillonS, Mikrogirder, Mikrotimer et Mikrograph), qui avait posé de nouveaux jalons dans la chronométrie.

Les calibres mécaniques de manufacture sont devenus de véritables enjeux stratégiques dans la profession.
De quoi alimenter le débat

On l’aura compris, les calibres mécaniques de manufacture sont devenus de véritables enjeux stratégiques dans la profession car porteurs de valeur ajoutée et de savoir-faire, l’ossature indispensable d’une marque horlogère. D’autant que le Swatch Group, pendant longtemps pourvoyeur universel de calibres et composants pour l’ensemble de la branche, est en pleine phase d’assèchement de ses livraisons. Lorsque les Maisons volaient de records en records, les questions d’approvisionnement se sont ainsi rapidement muées en décisions d’investissements dans de nouvelles capacités de production. Mais aujourd’hui, après 20 mois consécutifs de baisse des exportations et un douloureux processus de déstockage, ces questions se posent en d’autres termes. À partir de quels volumes, en effet, cela devient-il intéressant de fabriquer ses propres mouvements, en sachant que tendanciellement l’horlogerie suisse est sur une pente décroissance en unités produites ? Sans oublier que tout calibre maison renchérit le prix des pièces au moment même où le marché manifeste précisément une sensibilité accrue au positionnement des produits.

Fabergé - Chronographe Visionnaire, or rose
Fabergé - Chronographe Visionnaire, or rose

Cette problématique n’est pas sans interpeller Jean-Marc Wiederrecht, fondateur d’Agenhor, fabriquant indépendant de mouvements qui se retrouve cette année à Baselworld aux côtés d’Hermès pour sa Slim L’Heure Impatiente et de Fabergé pour son Chronographe Visionnaire, une pièce qui donne une nouvelle définition du calibre chronographe avec deux innovations majeures à la clé : un embrayage horizontal via deux roues sans dents (sic !) mais doté d’une surface abrasive à l’instar de la lime à ongles des couteaux suisses et un module central de chronographe qui permet de positionner les trois aiguilles sur l’axe central avec une lecture des indicateurs horaires par disques à la périphérie du cadran. « Tous ces développements sont réalisés sans copeaux au sein d’Agenhor, expose-t-il. Cela veut dire que nous travaillons avec un ensemble de sous-traitants dans la région. Cette manière de faire stimule la créativité et donne des résultats probants, y compris en termes de coûts. À l’inverse, la concentration des capacités de production au sein des grands groupes horlogers est en train de niveler les capacités d’innovation et de menacer les fournisseurs qui sont les premiers sacrifiés quand le vent tourne. Dans ces conditions, il est parfaitement raisonnable de se demander quelle est la pertinence, voire la finalité de vouloir à tout prix produire des mouvements de manufacture. » On ne parle évidemment pas des créateurs horlogers qui occupent un marché de niche avec quelques dizaines voire centaines de pièces mais bien de cette horlogerie dite « industrielle ». En attendant la réponse, on aura noté que la ligne Mikro de TAG Heuer a été abandonnée, que Baselworld a perdu 200 exposants cette année pour en totaliser 1 300 et qu’au mois de février 2017 les exportations horlogères suisses ont encore baissé de 10 %. De quoi alimenter le débat.

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