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Histoires de montres

Cartier s’engage pour des pratiques responsables au sein de la filière de l’or

vendredi, 27 novembre 2009
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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7 min de lecture

Membre fondateur du Responsible Jewellery Council créé en 2004, Cartier fait partie des militants œuvrant en faveur d’une filière du précieux responsable. Explications avec Pamela Caillens, Directeur Responsabilité Sociale de la Maison.

L’été dernier, on apprenait que les fournitures d’or de Cartier allaient être en partie approvisionnées par Goldlake, société italienne qui exploite la mine d’Eurocantera au Honduras. Elle y applique des technologies innovantes permettant d’extraire l’or sans cyanure ni mercure, en utilisant uniquement de l’eau en circuit fermé, tout en recyclant 100% des déchets et en reboisant les sites d’exploitation. Cartier a ainsi pris l’engagement d’acheter toute la production d’Eurocantera pendant sa première année d’exploitation et de garantir ce volume d’achats sur toute la durée du contrat de trois ans. La Maison jouit en outre d’une option allant jusqu’à 50% de la production additionnelle. Les pratiques minières peuvent et doivent donc changer. Cartier en est persuadé, comme l’explique Pamela Caillens, Directeur Responsabilité Sociale de la Maison.

Quelles ont été les motivations de Cartier à devenir membre fondateur et à siéger au comité exécutif comme au conseil d’administration du Responsible Jewellery Council ?

Pamela Caillens, Directeur Responsabilité Sociale de Cartier  : Nous nous sommes rendus compte relativement tôt des défis entourant la filière du précieux en ce qui concerne l’environnement, les droits de l’homme et les conditions de travail. Ce qui nous a amenés à une double prise de conscience : même en disposant d’une forte renommée internationale, nous n’avions que très peu d’influence sur nos achats de matières premières. Cartier seul ne « pèse » que 0,3% des volumes mondiaux d’or utilisé en joaillerie et 1% de ceux du diamant. Pour rester fidèle à la réputation d’excellence de Cartier, il nous incombait de faire avancer les choses et pas seulement à notre seul bénéfice.

En d’autres termes, Cartier a très bien senti que sa responsabilité allait bien au-delà de sa sphère d’influence immédiate. Raison pour laquelle il était impératif de réunir des représentants de toute la filière autour de la table pour défendre les valeurs symboliques et émotionnelles liées aux marchés de l’or et du diamant, que l’on parle de joaillerie ou d’horlogerie précieuse. Au départ, à mi 2004, nous étions donc une douzaine, y compris des sociétés minières. Aujourd’hui, le Responsible Jewellery Council (RJC) compte 150 membres. Dans ce contexte, je pense que l’on peut parler de succès.

Quels sont les axes prioritaires du RJC ?

Dans un premier temps, il nous a semblé évident que le meilleur pour ces deux filières était de les aider et les encourager à construire des standards sous la forme de guides de bonnes pratiques réunis sous l’appellation « Système RJC ». Celui-ci s’applique à toute la chaîne, des mines aux détaillants en passant par des sociétés comme la nôtre, les raffineurs, tailleurs et négociants, sans oublier les associations professionnelles à même de sensibiliser leurs membres. On ne parle ainsi pas d’un label éthique, social ou environnemental, l’approche se veut globale au sein d’une démarche, à mon avis, unique en son genre.

A l’heure actuelle, ce code de conduite est en passe d’être finalisé, si bien que nous allons pouvoir passer à la deuxième étape qui est de certifier les pratiques devant être mises en place auprès des différentes entreprises. Le RJC est précisément en train de sélectionner les organismes indépendants qui seront chargés de ce travail dès la fin de l’année. Quant aux membres du RJC, dont Cartier, ils auront deux ans pour être certifiés. Le but ultime consiste à créer un effet d’entrainement en démontrant que cette certification est un gage de sérieux, de confiance et de transparence susceptible d’inciter les professionnels de ces filières à nous rejoindre et d’encourager les sociétés qui sont en rapport d’affaires avec elles de traiter en priorité avec les entreprises du RJC. Une banque, par exemple, pourrait s’y intéresser afin de diminuer le profil de risque de ses investissements dans la branche.

Où Cartier se situe-t-il dans ce processus ?

Nous avons déjà mis en place un système interne. Celui-ci nous a conduits à auditer nos propres sites et à demander à nos fournisseurs de respecter les codes de pratiques mis en place. C’est un acquis sur lequel nous pouvons compter dans notre propre démarche de certification par le RJC. Le processus de certification recommande d’ailleurs aux entreprises d’effectuer une autoévaluation préalable pour en faciliter le processus.

Est-ce à dire que Cartier va s’approvisionner exclusivement auprès des membres du RJC ?

Dans ce domaine Cartier mène une double stratégie. D’une part, il s’agit de disposer d’un standard externe et reconnu dans le but d’améliorer le niveau moyen de la filière en termes de bonnes pratiques. Pour Cartier, demander la certification RJC à nos fournisseurs est bien la direction dans laquelle nous allons. D’autre part, nous cherchons aussi à identifier les entreprises innovantes, très en pointe, avec lesquelles nous voulons travailler, notamment en leur faisant valoir qu’il y a un marché pour les sociétés à forte valeur ajoutée sociale et environnementale. Autrement dit, nous voulons montrer qu’il y a une demande, ne serait-ce que pour nos propres besoins, mais nous voulons surtout stimuler l’offre en rassurant les entreprises sur le fait qu’il y a bel et bien un marché qui vaut la peine que l’on investisse pour y prendre pied. Même si les quantités d’or répondant à des pratiques responsables ne sont pour l’instant pas suffisantes pour satisfaire l’ensemble de l’approvisionnement, il est essentiel d’en augmenter les disponibilités.

C’est dans ce contexte que vous avez approché Goldlake ?

En effet, d’autant que c’est la première fois que Cartier s’approvisionne directement auprès d’une mine. Ce qui nous a séduit, ce n’est pas tellement que cette société s’engage en faveur d’une aide au développement ou d’un soutien social mais bien plutôt qu’elle présente un modèle d’affaires profitable et à haute valeur ajoutée pour l’ensemble de la communauté. On peut donc gagner de l’argent et en faire profiter son entourage. Plus les initiatives de ce type se multiplieront sur le terrain, plus nous marquerons des points.

Quelle est la démarche de communication liée à cet engagement de Cartier ?

Si communication il doit y avoir, c’est essentiellement pour faire progresser la filière de l’or dans son ensemble. C’est pourquoi il est essentiel de distinguer philanthropie et responsabilité d’entreprise. Cette dernière n’a de sens que dans la manière choisie de gagner ou non de l’argent. A partir de là, nous n’avons aucunement l’intention de faire de notre engagement une démarche marketing, pas plus que nous voulons commercialiser une ligne de produit étiquetée « responsable ». Ce n’est pas le message que nous voulons faire passer. Nous ne voulons pas que nos clients viennent chez Cartier pour acheter un produit éthique. Nous voulons qu’ils choisissent Cartier parce que nous avons des produits désirables qui incluent intrinsèquement une responsabilité. Si les gens nous font confiance, à nous de la mériter. Nous sommes donc davantage intéressés à convaincre nos concurrents de nous rejoindre au sein du RJC en leur disant que nous avons aujourd’hui la chance de construire ensemble quelque chose qui mérite tous nos efforts. Une fois réunis sur le même terrain de jeu, que le meilleur gagne !

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