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Châtelain, roi de la céramique technique
Actualités

Châtelain, roi de la céramique technique

lundi, 23 juin 2014
Par Thierry Brandt
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Thierry Brandt

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4 min de lecture

L’entreprise est discrète, mais elle compte parmi les prestataires les plus importants de l’horlogerie suisse en matière d’habillage. Depuis 1993, elle appartient entièrement à Chanel, pour qui elle fabrique et répare tous les modèles de montre. Ce qui ne l’empêche pas de travailler pour une dizaine d’autres clients. Elle, c’est la maison Châtelain, située au Crêt-du-Locle (NE), dont l’une des spécialités est le travail de la céramique technique.

On ne peut pas dire que la céramique soit un matériau véritablement commun dans l’horlogerie. Depuis quelques années toutefois, plusieurs marques l’utilisent, soit dans la fabrication de composants liés au mouvement (roulements à billes, ponts…), soit plus communément pour des éléments d’habillage comme les boîtiers, lunettes ou maillons de bracelet. Deux marques se distinguent en la matière : Rado et Chanel avec les modèles de sa fameuse collection J12. Des modèles qui, dès le départ, ont été conçus, développés et produits chez Châtelain.

La céramique est un mélange de métallurgie et de chimie.
À chacun sa formule magique

Cette entreprise, née en 1947, appartient entièrement à la marque de luxe parisienne depuis 1993. Elle emploie aujourd’hui quelque 340 personnes et s’est notamment spécialisée dans la fabrication de la céramique. Mieux : avec Comadur (Swatch Group), Châtelain est l’un des rares industriels basés en Suisse à maîtriser un tel processus pour le moins pointu. Au Crêt-du-Locle, l’aventure de la J12 a commencé en 2001 avec la mise au point des premiers développements. Quant à la fabrication en série des composants, elle a démarré six ans plus tard, en 2007. À l’heure actuelle, si les procédés sont parfaitement au point, ils n’en continuent pas moins à faire l’objet de recherches et d’améliorations constantes. « Dans le domaine des matériaux, c’est la seule manière de se maintenir à niveau, argumente Philippe Marti, directeur général. Depuis quelque temps, nous travaillons beaucoup sur de nouvelles exécutions, comme la céramique mate, par exemple. Nous développons également de nouvelles techniques de polissage et de nouveaux outils pour nos machines. »

Mais au fait, qu’est-ce vraiment que la céramique et comment la façonne-t-on ? La céramique est un mélange de métallurgie et de chimie. Il existe bien entendu différentes variantes de composés et de procédés de fabrication mais chez Châtelain, on utilise la technique d’injection-frittage. La matière de base est un granulat, composé d’oxyde de zirconium et de « poudre de perlimpinpin », comme l’explique avec humour Philippe Marti. Il s’agit d’un liant dont chaque fournisseur garde jalousement le secret. À cette formule magique s’ajoutent les pigments nécessaires pour obtenir la couleur désirée. Pour l’heure, hormis le blanc, le noir et le gris, il est difficile de trouver d’autres teintes supportant les températures élevées de cuisson.

La fabrication de la céramique demande un savoir-faire particulier, subtil, coûteux et gourmand en énergie.
Un matériau noble

Étape suivante : le moulage. La poudre est préalablement chauffée avant d’être injectée dans le moule de la pièce que l’on souhaite fabriquer. Ce qui est intéressant, à ce stade, c’est que les dimensions de la pièce sont 20 % supérieures aux dimensions définitives. Pourquoi ? Parce que les opérations ultérieures vont l’obliger à suivre une cure d’amaigrissement. En effet, après l’injection, elle doit passer par une phase d’évaporation, puis par une première cuisson à 350°C et, enfin, par une seconde cuisson à quelque 1’000°C afin d’agglomérer et durcir l’ensemble. Le processus peut paraître long et compliqué, car il nécessite plusieurs jours. Il présente toutefois un net avantage : au sortir du four, l’état du composant est définitif, brut de décoffrage mais parfait. Ou presque. Dans tous les cas, il n’a pas besoin d’être retravaillé à la machine. Il lui reste simplement à passer au polissage.

Quand on dit « simplement », c’est évidemment une façon de parler. Pour le polissage comme pour toutes les autres opérations décrites, la fabrication de la céramique demande un savoir-faire particulier, subtil, coûteux et gourmand en énergie. Une telle débauche de moyens, flagrante lors d’une visite de l’entreprise, ne relève-t-elle finalement pas de l’absurde ? La question fait sourire Philippe Marti : « La réponse, vous l’avez quand vous regardez le produit. La J12 est-elle une montre absurde ? Non, bien sûr ! C’est un grand succès. Elle est comme tous ces objets qui font la richesse de l’horlogerie suisse d’aujourd’hui, chacun à sa manière. Elle se distingue par des caractéristiques uniques et notamment par ce travail sur la céramique. Ce matériau est véritablement noble ; il n’est pas si fragile que cela ; il ne s’altère pas avec le temps et ne provoque aucune réaction sur la peau humaine ».

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