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Chez TAG Heuer, Haute Horlogerie rime avec haute technologie
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Chez TAG Heuer, Haute Horlogerie rime avec haute technologie

Wednesday, 18 July 2012
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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10 min de lecture

Arrivé il y a quatre ans et demi chez TAG Heuer, Guy Sémon a eu pour mission de monter de toutes pièces un département de recherche et développement. Mission aujourd’hui accomplie, synonyme d’une percée remarquée dans la Haute Horlogerie, comme le démontre la toute récente MikrotourbillonS.

Depuis plusieurs années, TAG Heuer a pris la fâcheuse habitude de prendre à revers la communauté des aficionados. Pourquoi fâcheuse ? Parce que la Maison n’a de cesse de présenter des produits que l’on pensait tout bonnement inimaginables il y a peu encore, venant ainsi démentir les horlogers bien pensants selon lesquels la mesure du temps a atteint son apogée mécanique il y a déjà belle lurette. Ceux-là sont aujourd’hui bien obligés de manger leurs chapeaux… Et même si l’appétit vient en mangeant, ils devront en redoubler face à la dernière venue de TAG Heuer, la MikrotourbillonS.

Une vision et un homme

Comme souvent, derrière de tels projets, en l’occurrence une véritable percée de la Maison dans les hautes sphères horlogères, il y a une vision et surtout un homme : Guy Sémon, ancien chercheur et pilote d’essai pour les Forces aériennes françaises, puis professeur de mathématiques et de physique à l’université de Besançon, enfin consultant reconnu pour son expertise dans la simulation de vol pour hélicoptères, missiles et avions de combat. « Après avoir travaillé à la mise au point de la V4, Jean-Christophe Babin [président et CEO de TAG Heuer, ndlr] m’a demandé de rejoindre la marque avec pour mission de mettre sur pied un véritable département de recherche et développement, expliquait Guy Sémon lors de la présentation de la MikrotourbillonS. Aujourd’hui, nous sommes ainsi une cinquantaine de personnes issues du domaine des sciences tout autant que de l’horlogerie. Ce qui est un excellent mélange dans la mesure où le boulot de l’horloger consiste essentiellement à compliquer des mécanismes que les scientifiques s’ingénient à simplifier. »

Organisé en « profit unit », le département R&D de TAG Heuer est ainsi en charge de la refonte des produits existants, de la tête de montre à l’animation cadran en passant par l’habillage, à quoi s’ajoutent des activités de certification et de prototypage. Rebaptisé « département de Haute Horlogerie », de ses ateliers sortent également ces fameuses « concept watches », vitrines technologiques de la Maison, qui sont totalement réalisées à l’interne, hors spiraux et traitements de surface. À ce jour, le département est en mesure de produire entre 300 et 400 pièces par an avec pour objectif de monter progressivement en puissance pour atteindre le millier. « Depuis trois ans, tous les produits de la marque conçus comme une démonstration de sa maîtrise technologique sont devenus des produits commerciaux, précisait Guy Sémon. De la recherche pure que nous conduisons avec plusieurs universités en Europe à nos capacités de production qui occupent sept personnes, je pense que l’on peut raisonnablement dire que nous avons dépassé le stade du bricolage ! »

Il fallait une certaine dose d’innocence pour se lancer dans une telle aventure.
Guy Sémon
Objectif : une certification des chronographes

S’il est question de bricolage, il faut bien reconnaître que celui-ci s’apparente davantage à un exercice de la haute voltige plutôt qu’à un quelconque tâtonnement d’amateurs. « Il fallait une certaine dose d’innocence pour se lancer dans une telle aventure, poursuivait Guy Sémon. En fait, il fallait certainement des compétences non horlogères permettant de remettre en question le concept même de la montre pour inscrire de nouveaux chapitres dans l’histoire de la mesure du temps. De plus, j’ai été très sensible à la vision de Jean-Christophe Babin, qui voulait que TAG Heuer soit un véritable condensé de technologie. » Sur ces bases, Guy Sémon commence à travailler sur la fonction chronographe, fer de lance de la Maison, avec un constat simple et néanmoins pertinent : si les mouvements mécaniques de base disposent d’une certification avec le COSC (Contrôle officiel suisse des chronomètres), dont le seuil de tolérance en matière de précision est de – 4/+ 6 secondes par jour, rien de tel n’existe pour les chronographes auxquels ne s’applique aucune norme. A fortiori, la précision des garde-temps, chronographe enclenché, n’est pas davantage sujette à mesure alors que cette fonction, gourmande en énergie, est bel et bien susceptible de « pousser » un calibre hors des exigences du COSC.

« Cette réflexion a été mon point de départ, commentait Guy Sémon. D’où mon idée de ne plus mélanger montre et chrono, de déconnecter les deux fonctions, donc d’intégrer le concept d’une chaîne duale complète sur la base de fréquences permettant de calculer le temps chronométré en décimales, soit 5 Hz, 50 Hz ou 500 Hz. La plupart des calibres sont réglés sur 4 Hz, soit 28’800 alternances/heures, donnant le temps mécanique au 1/8e de seconde, ce qui, fondamentalement, ne me plaisait pas. Dès ces premières recherches, nous avons également eu comme objectif d’aboutir à une certification des chronographes, raison pour laquelle nous sommes entrés en contact avec l’Observatoire de Besançon, qui est par ailleurs dépositaire du temps étalon qu’est la seconde. Nous leur avons donc demandé de rédiger un protocole scientifiquement indiscutable qui sera ensuite présenté à l’Organisation internationale des poids et mesures. Ce nouvel étalon mécanique que nous avons demandé est le 1/1’000’000e de seconde, soit 10-6 seconde, qui nous permettra d’étalonner nos instruments de mesure. Pour l’instant, il s’agit d’un standard TAG Heuer, un label pour les chronographes de la Maison en guise de qualité de nos produits. Mais cette norme de précision est bien évidemment destinée à être une norme ouverte. »

De 4 Hz à 1'000 Hz en sept ans

De cette quête d’absolu est née la gamme Mikro, synonyme de chaîne duale chez TAG Heuer, une gamme déjà riche du Mikrograph, dont le chronographe mesure le 1/100e de seconde (50 Hz), du Mikrotimer, précise au 1/1’000e de seconde (500 Hz), et du Mikrogirder, capable de chronométrer le 5/10’000e de seconde (1’000 Hz) avec une trotteuse effectuant 20 tours de cadran par seconde, soit l’engin mécanique le plus rapide jamais réalisé. Pour arriver à de telles prouesses, à noter des avancées technologiques comme un régulateur sans balancier dans le Mikrotimer avec un fouet en titane pour lancer le chronographe ou un système de « poutres » vibrantes directement reliées à la roue d’ancre dans l’échappement du Mikrogirder, système directement inspiré des travaux de d’Alembert (1717-1783), le fameux encyclopédiste, père de la théorie des vibrations dont les seules applications semblaient se limiter à l’univers de la musique. Selon Guy Sémon, une telle technologie met la précision d’un chronographe au 1/1’000’000e de seconde à portée…

Le département R&D de TAG Heuer n’en est toutefois pas resté là pour présenter aujourd’hui le MikrotourbillonS, que certains passionnés de la marque ont déjà pu entrevoir à Baselworld. Le produit est aujourd’hui abouti avec quatre prototypes qui tournent et une mise en production prochaine à raison de 20 pièces par an. « A priori, la réalisation d’un tourbillon ne colle pas vraiment à l’univers de TAG Heuer, résumait Guy Sémon. Il s’agit d’un mécanisme relativement lent, soit généralement d’une fréquence de 2,5 Hz, avec un régulateur pour la montre et non le chronographe. En un mot, un tourbillon ne sert pas à grand-chose si ce n’est à démontrer un art horloger. Avec notre chaîne duale, il nous était toutefois possible d’intégrer non pas un mais deux tourbillons ultimes, soit un premier certifié COSC battant à 4 Hz pour une réserve de marche de 42 heures et un second, sans cage, pour le chronographe à 50 Hz permettant de calculer les temps au 1/100e de seconde pour une réserve de marche de 80 minutes. » Comme pour ses prédécesseurs, les superlatifs sont de mise pour ce MikrotourbillonS entièrement réalisé à l’interne mis à part les spiraux – le tourbillon le plus rapide jamais réalisé avec ses 12 rotations par minute et le premier tourbillon placé sur un chronographe au 1/100e de seconde pouvant donc être arrêté et redémarré.

MikrotourbillonS © TAG Heuer
Une horlogerie chirurgicale

Derrière ces démonstrations de haut vol, la stratégie est claire pour une marque faisant partie des cinq premières Maison horlogères mondiales en termes de volumes avec une production estimée à 600’000 pièces par an pour un chiffre d’affaires de l’ordre de CHF 900 millions (USD 917 millions / EUR 750 millions), selon la banque Vontobel. Maison qui se profile par ailleurs clairement en tête de classement pour ce qui est des chronographes. « L’objectif est bien évidemment de croître en volume, exposait Guy Sémon, mais également de pousser progressivement le prix moyen des produits qui, à l’heure actuelle, se situe à quelque CHF 3’000 (USD 3’060 / EUR 2’500). Pour y parvenir, la recherche et développement peut représenter un très bon moyen, car, en rehaussant le niveau d’innovation, il est alors envisageable de monter en gamme. Notre but est de positionner TAG Heuer dans le segment CHF 15’000 – 25’000 (USD 15’300 – 25’500 / EUR 12’500 – 20’800), segment très compétitif où la concurrence des marques historiques et de tradition est très forte. Avec la MikrotourbillonS à CHF 220’000 (USD 224’320 / EUR 183’200), nous testons aujourd’hui le très haut de gamme, où nous étions totalement absents il y a à peine trois ans. Cela démontre la volonté de TAG Heuer de venir grignoter des parts de marché avec des produits de haute technologie au potentiel de croissance intact. » Pour Guy Sémon, que l’on raille gentiment en qualifiant son travail d’« horlogerie chirurgicale », il ne fait pas de doute que cette introspection apparentée à de la médecine légale est clairement susceptible de livrer des secrets insoupçonnés.

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