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Ciao, ciao, bambino…
Points de vue

Ciao, ciao, bambino…

mardi, 26 avril 2011
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Franco Cologni
Président du Comité Culturel de la FHH

“Le talent nécessite toujours de l’effort, de l’engagement, des heures passées à perfectionner un geste qui devient, jour après jour, un don.”

Entrepreneur dans l’âme, Franco Cologni, pourtant homme de lettres, s’est rapidement lancé dans les affaires pour devenir un personnage clé du groupe Richemont.

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3 min de lecture

Quand je pense à Gabriel Tortella, cet ami prématurément disparu, les vers d’une chanson de Domenico Modugno me reviennent en mémoire. Nous avions coutume de les citer quand il m’accueillait pour un repas entre amis : « Cos’è che trema sul tuo visino ? / È pioggia o pianto, dimmi cos’è ? » (Qu’est-ce qui tremble sur ton visage ? / Est-ce de la pluie ou des larmes, dis-moi ?) Et cela continuait par le célèbre refrain : « Ciao, ciao, bambina… »

Cela fait une vie que je connais Gabriel. Une vie faite de passion, d’énergie mais surtout d’émotion : la même émotion qui se dessine sur le visage des enfants quand ils découvrent quelque chose de nouveau ou quand un événement inattendu illumine leur univers. Tortella était ainsi : un enfant de 71 ans qui a toujours marqué chaque choix et chaque instant de cette émotion dont naissent le plaisir et le rêve. Comme chez tout enfant, les plus belles émotions naissaient chez lui des jeux les plus chers, ceux auxquels il tenait le plus : des jouets importants, riches d’âme, de personnalité et de passion.

D’abord sa revue, La Tribune des Arts créée en 1979, au moyen de laquelle Gabriel transmettait ses vibrantes émotions avec des mots sans rudesse pour quiconque. Parce qu’il savait débusquer le beau et le bon, comme un véritable sourcier au flair infaillible. Le moche, il le gardait pour lui. Le Grand Prix de l’Horlogerie de Genève : fondé il y a dix ans, il avait été voulu et défendu par Gabriel avec passion. Et si, parfois, la subjectivité l’emportait sur l’objectivité, on lui pardonnait tout.

Deuxièmement, les belles choses qu’il aimait mais ne conservait pas jalousement. Il n’était pas collectionneur. Là aussi, Gabriel était avant tout un sourcier ou un de ces brocanteurs de légende qui connaissait et reconnaissait les choses belles, les achetait, les vendait, les troquait, les faisait circuler à la manière d’un enfant sage qui soigne ses jouets mais désire les échanger avec amour.

Troisièmement, sa cuisine. Il jouait avec talent des saveurs méditerranéennes, surtout italiennes, avec quelques touches de cette Espagne qui, ces derniers temps, l’avait tenté.

Quatrièmement, son plus beau trésor, Paloma, son épouse adorée qu’il a toujours traitée comme son enfant malgré une grande carrière de concertiste.

Ses dîners d’amis n’ont jamais été des dîners de cons, contrairement à ce que prétendait une personne malveillante : c’étaient des moments de grande convivialité au cours desquels on ne parlait pas de relations publiques mais de choses vraies, belles, sages, souvent amusantes, qui naissaient spontanément entre deux plats que Gabriel préparait et proposait après avoir personnellement choisi les primeurs au marché, comme le font tous les grands chefs.

Je l’ai toujours vu ainsi, comme un enfant souriant ou pleurant selon ses émotions : des états d’âme qui passaient vite, comme les nuages dans le ciel. Mais dans ce cœur d’enfant, j’ai toujours reconnu l’intelligence vive et sage du vrai professionnel : Gabriel a été un des plus grands experts de belle et haute horlogerie, un découvreur de talents, d’hommes et de produits. Avec le temps, malheureusement, cet aspect-là tend à tomber dans l’oubli, mais c’est ainsi que je veux me le rappeler.

Ciao, Gabriel : pour moi, tu étais sage, surprenant et imprévisible comme un enfant. Mais pour nous tous as été un grand homme. Mieux, une grande âme.

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