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Cinq figures horlogères sous la loupe
Points de vue

Cinq figures horlogères sous la loupe

jeudi, 10 mai 2012
Par Elizabeth Doerr
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Elizabeth Doerr

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10 min de lecture

Voici cinq horlogers qui allient l’esprit de curiosité et l’excellence technique à une vision d’avant-garde. Ils tracent la voie de l’industrie mécanique en explorant l’inconnu tout en donnant la priorité à la stabilité et à la précision de leurs créations. Faites connaissance avec cinq concepteurs de génie, tous différents les uns des autres, mais qui laisseront tous une trace très personnelle dans l’histoire de l’horlogerie.

Lorsqu’il conçoit ses mouvements, Jean-François Mojon adopte une approche technique sans compromis. Rien d’étonnant à cela, puisque ce brillant concepteur a étudié non seulement la technologie horlogère au Technicum du Locle, mais aussi l’ingénierie mécanique. « Enfant, j’étais fasciné par la technologie en général », explique-t-il.

Son parcours est éclectique : après des débuts dans l’électronique, il travaille dans le secteur du quartz et des cristaux liquides, puis dans l’industrie aéronautique et, enfin, chez Omega pendant six ans. En 1995, bien décidé à apprendre l’allemand et à se consacrer à l’horlogerie, il propose sa candidature à IWC, où il rejoint l’équipe de Günter Blümlein et est nommé responsable du contrôle qualité. Sept ans plus tard, devenu responsable du développement en succédant à Kurt Klaus, il est envoyé chez ValFleurier, du groupe Richemont, tout en restant fidèle à la marque de Suisse alémanique. En 2000, il crée le Calibre 5000, qu’on peut considérer comme le premier modèle d’une nouvelle génération de montres réalisées par la manufacture traditionnelle de Schaffhausen. En 2005, il se sent prêt pour de nouvelles aventures. « J’avais d’autres idées mais je ne pouvais pas les concrétiser. Elles ne correspondaient pas à IWC, et IWC ne s’y intéressait pas. »

Il fonde alors Chronode, qui emploie aujourd’hui 23 personnes et fournit des mouvements, modules et complications à dix clients, tous animés par les mêmes exigences qui nourrissent l’inspiration de Jean-François Mojon : technologie et ouverture d’esprit. L’un d’eux, HYT, vient de lancer un modèle innovant qui fait couler beaucoup d’encre : un garde-temps mécanique indiquant l’heure grâce au déplacement de deux liquides. Jean-François Mojon a également conçu l’Opus X de Harry Winston et la Meccanico de Grisogono, participé à la création de la Sequential One de MCT et de la Cyrus Klepcys (protégée par deux brevets) et collaboré avec Celsius, le fabricant de téléphones portables innovants.

L’objet préféré de Jean-François Mojon est une pièce de sa collection privée, un mouvement à chaîne et fusée du XVIIIe siècle, déniché sur Internet. « Cet objet me rappelle que notre merveilleux métier repose avant tout sur le savoir-faire de nos prédécesseurs. Je tiens à leur rendre hommage. »

Philippe Dufour est un peu le « patriarche » des concepteurs horlogers indépendants. Déçu par l’immobilisme du secteur, il se lance à son compte pour être libre de créer des montres au gré de ses envies et les vendre directement à ses clients.

Philippe Dufour n’est pas du genre à chanter ses propres louanges. Cet homme modeste, qui ne collectionne pas les récompenses, n’a réalisé qu’un tout petit nombre de garde-temps pour les grandes marques – la grande complication d’Audemars Piguet en est l’un des rares exemples. Mieux encore, il a produit seulement trois montres sous son propre nom : la Grande et Petite Sonnerie Répétition Minutes, la Duality et la Simplicity. Ce qui le distingue entre tous, c’est plutôt sa quête inlassable de la perfection, sa capacité innée d’inspirer les nouvelles générations (dont Kenji Shiohara, fondateur du département Micro Artist de Seiko) et une conviction simple : il est essentiel de transmettre son savoir-faire aux jeunes. Pendant plusieurs dizaines d’années, Philippe Dufour a partagé le titre officieux de « plus grand horloger vivant » avec George Daniels, qui, pour les mêmes raisons que lui, n’a créé que 37 montres tout au long de son existence. Depuis le décès du célèbre horloger anglais il y a quelques mois, Philippe Dufour porte seul la couronne.

 

L’objet préféré de Philippe Dufour est un appareil-photo réalisé par LeCoultre au début des années 1930 © Anita Schlaefli pour Plaza Watch

L’objet préféré de Philippe Dufour est un appareil-photo réalisé par LeCoultre au début des années 1930. « Il est tout simplement magnifique, avec son décor Côtes de Genève et ses gravures. J’aimerais bien pouvoir l’utiliser, mais malheureusement ce format de pellicule a disparu après la guerre », déclare-t-il à propos de ce superbe appareil déniché à Genève dans un marché aux puces.

Dans le monde de l’horlogerie, Carole Forestier-Kasapi réunit deux caractéristiques remarquables : être une femme et avoir emmené Cartier vers de nouveaux sommets. La marque, qui est un peu le porte-drapeau de l’horlogerie de luxe, opère actuellement une transition délicate entre son ancien statut d’horloger conventionnel dont les mouvements étaient réalisés en externe et son ambition de proposer désormais les pièces les plus somptueuses et les plus rares du secteur en s’assurant de disposer de tout le savoir-faire, de toutes les connaissances et de tous les outils de fabrication nécessaires pour y parvenir. Et Cartier y parvient brillamment — en grande partie grâce à son horlogère en chef.

Dans un univers dominé par les hommes, cette horlogère française, formée à La Chaux-de-Fonds, est un exemple à suivre. À peine âgée de 22 ans, elle conçoit déjà des mouvements avec le directeur technique d’un atelier d’ingénieurs horlogers et a joué un rôle essentiel dans le développement du calibre Elite de Zenith. Au milieu des années 1990, elle rejoint Dominique Renaud et Giulio Papi et devient bientôt responsable du développement. Elle se fait connaître en 1998 en remportant le prix de la fondation Breguet pour l’innovation en horlogerie mécanique, commémorant le 250e anniversaire de la naissance d’A.L. Breguet. Le prix lui est décerné pour une montre dont le mouvement est entouré par son ressort moteur. Cette idée devient le thème central de la Freak d’Ulysse Nardin, chez qui Carole Forestier-Kasapi est horlogère en chef à l’époque.

Elle rejoint le département développement mouvements de Cartier en 1999 et est aujourd’hui responsable du développement et de la création des mouvements de haute horlogerie de la marque.

L’objet préféré de Carole Forestier-Kasapi est une Santos Dumont Squelette qu’elle a créée pour la collection Haute Horlogerie de Cartier. La première montre-bracelet de 1904 était une Santos de Cartier, et cette version associe haute horlogerie et traitement squelette très contemporain.

Né en 1956 à La Chaux-de-Fonds de parents italiens, Giulio Papi a toujours eu l’horlogerie dans le sang. Après deux ans à peine chez Audemars Piguet, Giulio Papi et Dominique Renaud se lancent à leur compte en 1989, année où leurs chemins croisent celui de Christophe Claret, avec qui ils collaborent jusqu’en 1992. En 1996, Dominique Renaud quitte le nid et Giulio Papi continue à développer son activité seul, avant d’accepter l’entrée d’Audemars Piguet comme actionnaire principal de sa société (dont la marque détient aujourd’hui 78 %).

L’atelier de Giulio Papi est l’un des deux grands fournisseurs de répétitions minute, considérées comme la complication horlogère la plus délicate à réaliser. Mais ce sont surtout son ouverture d’esprit, son intégrité et son sens des affaires qui lui ont valu de s’attacher des collaborateurs de talent et des clients intéressants et innovants. Audemars Piguet Renaud et Papi (APRP) est non seulement le laboratoire technique de marques comme Richard Mille et de projets comme l’Opus 3 de Harry Winston, mais représente aussi une sorte de tremplin pour certains des horlogers les plus créatifs de notre époque – comme Carole Forestier-Kasapi, de chez Cartier.
« J’ai la chance de pouvoir gagner ma vie avec mon passe-temps préféré. Ce n’est pas un travail, c’est une passion », explique-t-il humblement. « Je suis heureux d’avoir toujours conservé un esprit exigeant et indépendant. »

L’objet préféré de Giulo Papi est un pendule créé par sa fille cadette. « À la suite d’une interview, Worldtempus avait publié un calendrier perpétuel mural fabriqué par sa sœur aînée. Elle était très jalouse, ce n’était pas juste. Alors, voilà, pour elle c’est un pendule, pour moi c’est une promesse. »

Jean-Marc Wiederrecht est sans doute l’un des esprits les plus créatifs de l’horlogerie actuelle. On ignore souvent qu’il détenait le brevet (aujourd’hui expiré) de la complication rétrograde moderne, conjointement avec Roger Dubuis, avec qui il a souvent collaboré dans les années 1980. Fondateur d’Agenhor en 1996, Jean-Marc Wiederrecht travaille comme indépendant pour plusieurs marques en enrichissant les mouvements de base de complications innovantes telles que quantièmes perpétuels, affichages rétrogrades et heures sautantes.

 

L’objet préféré de Jean-Marc Wiederrecht est un appareil-photo qui ne le quitte jamais © Anita Schlaefli pour Plaza Watch

Son atelier réalise des produits sur mesure en associant étroitement chaque client au processus créatif. « Les gens viennent me voir avec des idées nouvelles dans la tête et nous demandent de les concrétiser. Ce qui fait notre spécificité, c’est que nous ne fabriquons pas de mouvements standard et qu’après [avoir travaillé avec nous] ce sont les designers et les marques qui réalisent le produit fini. Nos clients arrivent avec un souhait, une idée, un dessin, et nous créons le mouvement à partir de là. » Jean-Marc Wiederrecht a participé à des projets très médiatisés de MB&F, de Harry Winston (Opus 9) et d’autres marques, mais c’est peut-être à ses créations oniriques réalisées pour Hermès (Temps suspendu) et Van Cleef & Arpels (Complications poétiques) qu’on l’associe le plus souvent. Généralement, Agenhor introduit des modules compliqués dans des mouvements de base existants — rendant l’impossible soudain possible — mais l’atelier a aussi eu la fierté de présenter son premier mouvement entièrement réalisé en interne lors du SIHH : la Poetic Wish de Van Cleef & Arpels.

Lorsqu’on lui demande s’il a jamais pensé à créer sa propre marque, son associée et épouse Catherine s’empresse de répondre : « Jean-Marc a une si grande imagination qu’il ne pourrait pas la faire tenir dans une seule marque ! »

L’objet préféré de Jean-Marc Wiederrecht est un appareil-photo qui ne le quitte jamais. « Il me permet de me souvenir des gens, des moments, des objets, des paysages qui sont importants. C’est comme une base de données, un soutien fort utile pour ma mauvaise mémoire ! »

Texte : Elizabeth Doerr pour Plaza Watch
Photos : Anita Schlaefli pour Plaza Watch

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