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Culture horlogère : le point de vue de Jean-Marc Jacot
Points de vue

Culture horlogère : le point de vue de Jean-Marc Jacot

vendredi, 28 novembre 2008
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Marie Le Berre
Rédactrice indépendante

“Comment le temps fait-il pour tourner rond dans des horloges carrées ?”

Quino

« Porter à la connaissance du plus grand nombre des informations qui relèvent d’un secteur par trop méconnu. Vulgariser, au sens propre du terme. »

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6 min de lecture

Né au Locle dans une famille impliquée dans l’horlogerie depuis plusieurs générations, Jean-Marc Jacot a rejoint le secteur après des études de commerce à Paris. Bénéficiant de multiples expériences, il est entré au service de Fondation de Famille Sandoz en 1999. Aujourd’hui il en est le Délégué aux affaires horlogères, directeur du pôle horloger (Vaucher et Parmigiani notamment) dans son ensemble et CEO de Parmigiani en particulier. Nous rapportons sa vision personnelle de la culture horlogère.

Pour Jean-Marc Jacot, la culture d’un métier, quel qu’il soit, est liée à sa région d’origine. En ce sens, la culture horlogère relève de l’arc jurassien. « Certes, l’horlogerie n’est pas née dans le Jura, elle s’y est implantée par un hasard de l’histoire et elle a trouvé là un terrain favorable à son développement. Dès lors, elle s’est imprégnée des gens qui vivent dans la région. Cela ne signifie pas que l’on ne peut pas faire des montres ailleurs, mais elles se font ici comme nulle part ailleurs. » Et de préciser : « l’horlogerie moderne s’est développée dans l’arc jurassien pour des raisons culturelles. On le comprend instantanément quand on le découvre. Il fallait cet environnement paisible et des gens calmes, patients, jamais pressés. Je pense qu’il y a quelque chose de génétique dans la culture d’un métier. Ce n’est pas simplement de la technique, c’est de la main d’œuvre de qualité et du savoir-faire passant de génération en génération. Il se transmet par la parole, la vue, l’éducation et lorsque vous naissez et grandissez dans son environnement, le métier rentre dans vos gènes. »

Retour dans le creuset de l’horlogerie

« Dans l’arc jurassien, la culture horlogère est entretenue non seulement par un savoir-faire horloger mais aussi par un savoir-faire en micro-mécanique que l’on trouve aussi bien en Suisse qu’en France frontalière. S’il y a des horlogers étrangers, ils sont nombreux à s’être installés à proximité de la meilleure main d’œuvre que l’on puisse trouver. Depuis quelques années, on voit même des marques qui s’étaient quelque peu éloignées revenir dans le creuset pour assurer leur production, notamment en micro-mécanique. On a trop tendance à penser que la culture horlogère est faite par les entreprises. C’est en partie vrai mais elle provient essentiellement des hommes et généralement des natifs. Au sein du pôle horloger de la Fondation de Famille Sandoz, nous comptons beaucoup de suisses et de français. Les espagnols et italiens, également bien représentés, sont pour la plupart nés dans la région. Il est très difficile d’importer du personnel et de lui inculquer une culture qui se vit jour après jour. Il n’en reste pas moins que la pérennité du métier doit être assurée par une formation digne de ce nom. Dans notre structure, les apprentis horlogers se consacrent entièrement à leur formation jusqu’à ce qu’ils soient considérés comme de véritables professionnels, capables de travailler sur des montres à commercialiser. Nous formons de même des décolleteurs ou des polisseurs.»

Jean-Marc Jacot ajoute que « bien entendu, la culture horlogère recouvre aussi toutes les connaissances que l’on peut acquérir en lisant des ouvrages historiques et en visitant les musées. Chez nous, nous avons en outre la chance d’apprendre beaucoup de la restauration que Michel Parmigiani entretient depuis 1975. On mesure le degré de perfection atteint par des ancêtres qui ne disposaient pas des équipements sophistiqués actuels. Il faut bien reconnaître que les XXème et XXIème siècles n’ont pas produit de réelles inventions. Les montres-bracelets bénéficient surtout d’avancées technologiques qui leur confèrent une qualité toujours supérieure. Et, c’est encore dans le Jura que les recherches sont concentrées. Les gens d’ici ont la culture de l’excellence et l’effervescence ambiante est des plus stimulantes. »

Une montre n’est pas un investissement

« Cela dit, la culture horlogère va au-delà du savoir-faire technique typiquement jurassien, dit encore Jean-Marc Jacot. Elle intègre une culture du luxe extra régionale, qui lui est venue de France et d’Italie. Je ne nie pas l’importance des orfèvres, joailliers et émailleurs dans la décoration des montres de poche d’autrefois. Je crois quand même que l’ornementation n’a pas été initiée par les horlogers, elle répondait à la demande d’une clientèle sophistiquée. En ce qui concerne les montres-bracelets, il n’y a pas si longtemps que l’on se préoccupe de l’esthétique toute entière, dans ses moindres détails. Avec ce développement, la montre a changé de statut, elle est passée d’instrument à donner l’heure à un véritable produit. Personnellement, je ne considère pas une montre comme un accessoire que l’on change selon l’humeur mais comme un objet émotionnel rattaché à la personnalité de celui ou de celle qui la porte. On choisit une montre pour exprimer son appartenance à telle ou telle catégorie de personnes. C’est vrai à tous les niveaux mais de plus en plus quand vous montez en gamme. Aussi, il appartient aux marques de savoir à qui elles veulent s’adresser. Une Parmigiani, par exemple, se définit comme un produit différent, discret et confortable. Nous sommes satisfaits quand le client a plaisir à vivre avec et qu’il l’apprécie chaque jour un peu plus. Définir des politiques de marketing et de distribution adéquates, empruntées à la culture du luxe, coule de source. »

Avant de conclure, Jean-Marc Jacot nous met en garde contre la tendance à considérer une montre comme un objet d’investissement. « On ne fait pas une bonne affaire en achetant un produit en partie fabriqué par des machines et donc, reproductibles. On ne peut pas garantir qu’il devienne une pièce rare et convoitée, c’est extrêmement rare. Dans les ventes aux enchères, la majorité des montres n’atteignent pas leur prix de vente initial et les quelques unes qui battent des records sont le plus souvent rachetées par les marques. Par ailleurs, je redoute les pratiques de certains nouveaux venus qui n’ont pas de scrupules à entretenir le flou sur la nature de leur production et à surestimer leur valeur. Ils pourraient jeter l’opprobre sur une profession que je crois fondamentalement honnête. L’honnêteté n’est pas la moindre des qualités contenues dans la culture horlogère, elle est garante de la pérennité du métier. »

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