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Curiosité bourgeoise : tabatière avec montre au Musée national de Bavière

lundi, 13 mai 2013
Par Raphael Beuing
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Raphael Beuing

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10 min de lecture

Le Musée national de Bavière abrite l’une des collections horlogères les plus importantes d’Allemagne. Outre les remarquables horloges de table et pendules décoratives datant des 16e et 17e siècles ainsi que diverses pendules baroques ayant principalement appartenu aux Wittelsbach, la collection comprend plus de 300 montres de poche et mouvements de montre de poche.

La montre présentée ici dans une tabatière datant de 1736/1737 et dont le musée a fait l’acquisition le 4 décembre 2012 dans le cadre de la vente aux enchères de la collection István Heller chez Sotheby’s Londres, sous forme de prêt permanent d’une collection privée, vient compléter les rangs de cette partie du musée.

Description

Le boîtier polylobé externe de la montre consiste en une tabatière en argent de forme ovale. Plusieurs bandes horizontales et labiées dans la partie inférieure forment le contour de la boîte ; des languettes servent à l’ouverture du double couvercle. Le couvercle bombé qui ferme le récipient contenant le tabac est doré à l’intérieur pour le protéger contre l’altération des couleurs. Il présente un petit logement s’ouvrant sur la partie supérieure via un couvercle plus plat qui permet d’accéder à la montre incrustée dans un fond richement décoré de gravures dorées aux motifs de feuille d’acanthe et d’entrelacs Sur le cadran argenté, des chiffres romains en émail noir – en partie endommagés – indiquent les heures et des chiffres arabes les minutes. Au centre, autour de l’axe des aiguilles, le cadran est signé du nom FÜRSTEN / FELDER. Une pression sur une petite goupille permet de déverrouiller le mouvement et une charnière permet de le rabattre à droite. La platine arrière est ajourée et gravée symétriquement de feuilles d’acanthe et d’entrelacs ainsi que d’un buste de femme au centre ; sur le côté, se trouve le disque de réglage doté des chiffres 1 à 6. Sur la surface restante, l’horloger a signé une seconde fois B FÜRSTENFELDER et a ajouté le numéro 442. Les éléments en laiton du mouvement à fusée et chaîne et échappement à verge, sont tous dorés. Le remontage s’effectue à l’aide d’une clé au niveau du VII.

Benedikt Fürstenfelder et le métier d’horloger à Friedberg

Benedikt Fürstenfelder est l’un des grands horlogers à avoir exercé dans la petite ville de Friedberg, non loin d’Augsbourg. Friedberg, berceau de la maison des Wittelsbach et ville frontalière protégée du duché de Bavière, profita de la ville impériale voisine mais fut perçue comme une concurrence déplaisante, bien que la production augsbourgeoise lui ait toujours servi d’exemple. L’absence de règles corporatives rigides entraîna aux 17e et 18e siècles l’installation de nombreux horlogers qui fabriquèrent un large éventail de montres de poche, de montres de carrosse, d’horloges de table, d’horloges-assiettes, d’horloges de cheminée et autres pendules à automates isolées.

Benedikt Fürstenfelder, né en 1680 à Aichach, s’est installé en 1710 à Friedberg pour y devenir maître horloger en 1712 et y terminer sa vie en 1754. Il créa des mouvements horlogers destinés à des montres et horloges de différents types : pendules de cheminée horloges-monstrances, horloges de table, « Telleruhren », montres de carrosse et montres de poche. Son plus bel ouvrage, cependant, n’est autre qu’une somptueuse horloge de table à sonnerie au passage de style chinois datant d’environ 1715/1720 et dont le prince électeur Maximilien II Emanuel de Bavière fit l’acquisition pour le château de Schleissheim, non loin de Munich. Cet œuvre, aujourd’hui également exposée au Musée national de Bavière, est sans doute le produit d’horlogerie fridbourgeoise le plus accompli de l’époque.

Le mouvement de la montre-tabatière est en tout point identique à un mouvement de montre de poche typiquement friedbergeois du début du 18e siècle. Le cadran champlevé en argent, doté de chiffres romains et arabes émaillés noir qui tranchent avec un arrière-plan poinçonné, se retrouve non seulement sur d’autres montres friedbergeoises mais également partout en Europe à la fin du 17e et au début du 18e siècle, jusqu’à ce que les cadrans entièrement émaillés fassent leur apparition. Autres caractéristiques de la montre : le gond rond située sur la platine arrière, le coq du balancier qui, doté de ses ornements finement découpés et, à défaut d’un boîtier richement décoré, peut être considéré comme l’élément le plus luxueux de la montre. Bien souvent, la production de ces pièces était entre les mains des femmes et des filles des horlogers. Ces pièces, nécessitant des techniques de fabrication très spécialisées, contribuèrent à la réputation de l’horlogerie friedbergeoise et furent exportées jusqu’à Londres et Paris. Les Friedbergeois achetaient également des pièces venant de l’extérieur, c’est d’ailleurs peut-être le cas du cadran de cet exemplaire.

Incontestablement, le boîtier en or n’est pas un ouvrage friedbergeois car il porte le poinçon de contrôle de la ville d’Augsbourg de 1736/1737 – d’où la datation – ainsi que le poinçon de maître avec les initiales IS attribuées à l’orfèvre Johann Georg Scheppich. Même si la forme du boîtier est quelque peu inhabituelle en raison de la présence de la tabatière, c’est une pratique très répandue sur la rive droite du fleuve Lech que de rapporter les boîtiers fabriqués dans la ville impériale de l’autre côté du fleuve. Le poinçon de certaines montres de carrosse témoigne de cette pratique. Il était aussi usuel de loger des mouvements de montres de poche friedbergeoises dans des boîtiers émaillés produits à Genève ou en France. A ce jour, aucun autre ouvrage de Johann Georg Scheppich, spécialiste de l’orfèvrerie et de l’argenterie né en 1679, devenu maître en 1712 et mort en 1739, ne semble être connu. Pour ce qui est de la tabatière, il s’agit toutefois d’un ouvrage relativement insignifiant fabriqué à Augsbourg, métropole de l’orfèvrerie qui fournissait les cours d’Europe en œuvres de maîtres mais ne pouvait renoncer à la production d’objets plus simples.

Le contexte culturel

La consommation de tabac à priser est devenue à la mode dans toute l’Europe au début du 18e siècle. Dès les deux premières décennies après 1700, les cours princières allemandes se sont lancées à la recherche de récipients adaptés, les plus élégants et les plus précieux. La forme arrondie de la tabatière ressemble certes aux pièces précieuses des années 1730 à 1740 mais comparée aux tabatières émaillées et serties de pierres provenant des cercles aristocratiques, il s’agit manifestement d’un exemplaire plus sobre qui illustre bien l’imitation des habitudes nobles par la bourgeoisie. Le fait que des initiales soient gravées sur le socle et non des armoiries laissent déduire que le propriétaire de l’objet n’était pas un noble. Les lettres FXI, assez mal gravées et ajoutées après coup, laissent simplement deviner le prénom Franz Xaver, très répandu en Bavière et en Autriche. Comme en atteste le poinçon de Linz datant de 1806/1807, apposé entre le poinçon de contrôle et le poinçon de maître sur l’objet, la tabatière a séjourné, au moins temporairement, en Haute-Autriche.

 

Tabatière avec montre, Benedikt Fürstenfelder, Johann Georg Scheppich (attribué), vers 1736/1737 © Bayerisches Nationalmuseum

Quoi qu’il en soit, l’association d’une montre et d’une tabatière reste une curiosité rare et résolument non-noble. D’une part parce qu’un aristocrate n’aurait eu nul besoin de réunir deux fonctions dans un seul et même objet, d’autant que chacun des deux objets est le fruit d’applications et de recherches distinctes. D’autre part parce que les tabatières et les montres étaient des objets que les grands collectionneurs aimaient posséder en plusieurs exemplaires ou, du moins, y aspiraient-ils. La sobriété de cet exemplaire laisse supposer qu’il n’aurait pas fait partie d’une grande collection et qu’il constituait plutôt la seule tabatière et peut-être la seule montre portative de son propriétaire.

Outre les tabatières émaillées et serties intégrant une montre et un mécanisme à automate fabriquées en Suisse et en France dans les années 1800, il existe au moins deux autres exemplaires datant du début et du milieu du 18e siècle, semblables à la montre-tabatière friedbergeoise. L’un d’entre eux se trouvait, tout comme l’horloge du Musée national de Bavière, dans la collection István Heller. Il est doté d’un boîtier fabriqué vers 1765 à Schwäbisch Gmünd et d’un mouvement un peu plus ancien, prétendument réalisé à Londres mais en réalité probablement à Friedberg. Un autre ouvrage avec montre friedbergeoise, signé Conrad Heckel (1686–1743), a pu être acquis en 2012 par le musée du château de Wittelsbach à Friedberg. Les deux tabatières dotées des mouvements d’Heckel et de Fürstenfelder sont symptomatiques de la production horlogère friedbergeoise d’un 18e siècle progressiste, lorsque l’attention de la haute noblesse s’était portée vers d’autres villes et que les horlogers friedbergeois fournissaient principalement les catégories bourgeoises d’acheteurs.

Tabatière avec montre
8,3 cm x 6,3 cm ; hauteur 3,7 cm ; poids 163,6 g
Benedikt Fürstenfelder, Johann Georg Scheppich (attribué)
Friedberg et Augsbourg, vers 1736/1737
Argent partiellement doré, acier bleui
Bayerisches Nationalmuseum Inv. Nr. : L 2013/1

Bibliographie
Sotheby’s London, Dr. Heller’s Lexicon, Auction in London. Tuesday 4 December 2012, 10.30 am, London 2012, p. 45, lot 77
István Heller, Europäische Goldschmiedearbeiten 1560-1860, München 2003, p. 159–160
Adelheid Riolini-Unger, Peter Frieß, Johann Hügin, Friedberger Uhren. Begleitband zur Ausstellung Friedberger Uhren 17. – 19. Jahrhundert, Augsburg 1993
Helmut Seling, Die Augsburger Gold- und Silberschmiede: 1529-1868. Meister, Marken, Werke, München 2007, n° 2051

Bayerisches Nationalmuseum
> www.bayerisches-nationalmuseum.de

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