>SHOP

restez informés

Inscrivez-vous à notre newsletter mensuelle pour recevoir des infos et tendances exclusives

Suivez-nous sur toutes nos plateformes

Pour encore plus d'actualités, de tendances et d'inspiration

© 2021 - Copyright Fondation de la Haute Horlogerie Tous droits réservés

De l’anarchie à la Haute Horlogerie : le punk, un courant...
Modes & Tendances

De l’anarchie à la Haute Horlogerie : le punk, un courant électrique

vendredi, 18 juin 2021
Par Laure Gontier
fermer
Laure Gontier

Lire plus

CLOSE
6 min de lecture

Qui aurait cru qu’un manifeste musical visant à faire trembler l’establishment inspirerait des montres tout en diamants et des stratégies marketing inédites ? Incandescent, imprévisible… Quarante ans après sa mort officielle, le punk n’a rien perdu de son magnétisme.

Fin des années 1970. L’utopie hippie vit ses derniers feux, prête à laisser la place à l’ambition yuppie, le disco enflamme les dance-floors et, entre ces trois extrêmes, surgit un outsider : le punk. Pur manifeste anarchiste, il s’exprime à travers une rage musicale et une radicalité vestimentaire aux expressions plurielles. La provoc’ sauvage d’Iggy Pop et de ses Stooges, la flamboyance des New York Dolls, le cuir garage des Ramones ou des Clash, la poésie arty de Patti Smith, le glamour BCBG des Stinky Toys… Ceux qui en ont le mieux incarné l’essence restent les Sex Pistols, le punk étant associé pour la postérité à leur look destroy, leurs paroles anti-establishment, leurs affiches aux allures de collage et leur attitude déjantée. À l’époque, tout cela était délicieusement débrouille, décadent, voire tragique avec un cocktail mortel drogue-alcool. En deux mots : brut et bouillonnant.

Diamond Fury © Audemars Piguet
Diamond Fury © Audemars Piguet

Quarante ans plus tard, cette énergie débordante fait rêver, symbole d’une époque où l’on osait s’exprimer de manière singulière, sortir du cadre, sans se préoccuper ni des jugements ni des lendemains – philosophie « no future » oblige, il n’était même pas censé y en avoir. Cette spontanéité étant difficile à reproduire, c’est par le décorum qu’on y accède. Régulièrement convoqués par les marques de luxe, les « détails punks » piqués à Sid Vicious et ses compères confèrent la juste dose sulfureuse : les clous sur les sacs Valentino, les piques sur les escarpins Louboutin. Ou, avant cela, les épingles à nourrice qui ont retenu la mythique robe Versace portée par Elizabeth Hurley.

HL2 © Hautlence
HL2 © Hautlence

Cette inspiration venue d’un courant férocement contestataire n’est pas incompatible avec la Haute Horlogerie. Punk : c’est le nom, sans équivoque, de l’une des déclinaisons de la HL2.3 de Hautlence, bardée de piques et frappée du « A » d’Anarchie. Chez Audemars Piguet, le terme a lui aussi été utilisé en 2015 pour la Diamond Punk, aussi sublime que rebelle, dont l’imposant bracelet serti de diamants reproduit la forme pyramidale des clous sur les blousons de cuir. Les codes ont été poussés encore plus loin l’année suivante avec la Diamond Fury, sortie de l’univers punk futuriste de Mad Max: Fury Road, puis encore un an plus tard avec la Diamond Outrage et ses pics ultra pointus – comme ceux qu’arborait Siouxsie Sioux sur ses bracelets de force.

Gold Tobacco © Artya
Gold Tobacco © Artya

Mais le mouvement ne se résume pas à son ornementation. Car, au fond, que signifie « être punk » ? C’est ne pas chercher à plaire, ne vouloir ressembler à personne, faire les choses à sa manière, envoyer promener l’ordre établi… La démarche est parfois autodestructrice à titre personnel ; pour une marque, elle est carrément suicidaire, ou en tout cas risquée. Le marketing contemporain lui a donné un nom : être disruptif. Autrefois, c’était l’esprit frondeur d’une Vivienne Westwood, l’un des rares grands noms de la mode à avoir émergé de la scène punk et qui, à 80 ans, reste aussi excentrique, avant-gardiste qu’elle a pu l’être à l’époque. Aujourd’hui, ce serait ArtyA et son fondateur Yvan Arpa. Sa collection Coup de foudre détonne par sa fabrication (qui consiste à « détruire » le boîtier dans une cage de Faraday) et, pour les modèles customisés par sa compagne Dominique Arpa-Cirpka, sa manière de laisser visible la main de l’artiste à travers des collages, des coups de pinceau volontairement imparfaits.

Swiss Icons Watch © H. Moser & Cie
Swiss Icons Watch © H. Moser & Cie

On peut voir un gimmick dans l’acharnement d’Yvan Arpa à repousser les limites. Est-ce bien utile d’intégrer des fragments de la coque du Titanic ou de la véritable poussière de lune ? Ou intéressant ? Peut-être faut-il y voir de l’ironie, une autocritique face à un système toujours en quête d’exceptionnel, comme lorsque H. Moser & Cie en 2018, quelques jours avant l’ouverture du SIHH, a présenté une montre mixant les codes des plus grandes maisons. Un peu de Rolex, un peu de Patek Philippe, un peu d’Audemars Piguet… et tant pis pour le copyright ! Visant à « dénoncer le manque de substance » des horlogers contemporains, la Swiss Icons Watch, alias « montre Frankenstein », avait provoqué un tollé. Ce qui est très punk. Les responsables l’avaient immédiatement retirée et avaient aussitôt présenté leurs excuses. Nettement moins punk.

Carrera Heuer 02T © TAG Heuer
Carrera Heuer 02T © TAG Heuer

Car se tirer une balle dans le pied et torpiller son business, voilà qui a du panache ! Tout le monde n’apprécie pas. Lorsque TAG Heuer a présenté la Carrera Heuer-02T, une montre squelette à tourbillon proposée à… 15’000 euros, la presse était un peu interloquée : « Non, ce n’est pas une faute de frappe », « Non, il ne manque pas un zéro », pouvait-on lire. Dès lors, le public pouvait effectivement se poser la question : pourquoi continuer à payer des montres à six chiffres ? Toute tentative de démocratisation d’un secteur peut être vue comme un acte de rébellion… même si le coup de poing (celui qui mettrait KO les élites) relève parfois du coup marketing. Décrite comme « la montre en plastique coloré », la Swatch, telle qu’elle est apparue dans les années 1980, a été un électrochoc probablement aussi intense qu’un concert des Sex Pistols. Ses séries limitées, ses collectors ont achevé de la rendre aussi culte. Pas étonnant dès lors que la marque ait imaginé sa S-Punked, marquée du mot « Punk » en énorme et dotée d’un bracelet en tartan. Ou qu’elle ait collaboré avec Jeremy Scott, styliste pop-punk dont l’esprit déjanté adore s’attaquer à la société de consommation actuelle.

Selon les puristes, le punk aura duré de 1976 à 1980, années durant lesquelles les groupes auront émergé aussi vite qu’ils se seront autodétruits, avant les récupérations politiques et commerciales. Une longévité inversement proportionnelle à la fascination collective et une richesse iconographique qui n’a encore qu’à peine été explorée par la Haute Horlogerie. En attendant, on peut toujours accrocher une épingle à nourrice à son bracelet de montre…

Haut de page