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mardi, 18 mars 2008
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Timm Delfs
Journaliste indépendante

“À l’inverse d’une montre, un cadran solaire ne s’arrête jamais.”

Journaliste indépendant basé à Bâle, Timm Delfs gère la Zeitzentrale, un magasin qui vend toute sorte d’instruments de mesure du temps. Son amour « horloger » : les cadrans solaires.

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5 min de lecture

Les salons de Bâle et de Genève approchant à grands pas, les marques de montres sont de plus en plus nombreuses à convier les journalistes, et souvent les distributeurs, dans des lieux exotiques afin de leur présenter leurs dernières collections avant les lancements officiels.

Chaque année, quelques semaines seulement après Noël, des journalistes spécialisés du monde entier reçoivent des invitations de toutes les grandes marques de montres. La plupart du temps, la destination est exotique : Inde, Émirats Arabes Unis, Égypte, Laponie et même Islande. Sur place, ils sont hébergés dans les meilleurs hôtels et bénéficient de programmes de divertissement soigneusement établis. Le clou du spectacle : ce panel international de rédacteurs assiste ensuite à la présentation des nouveaux produits qui seront dévoilés au public lors des salons horlogers.

Les marques qui ont recours à cette manière de faire ont pris conscience des longs délais de production des magazines : si elles veulent figurer dans le numéro dont la parution coïncidera avec l’ouverture des salons, elles doivent s’y préparer et présenter leurs produits longtemps à l’avance. Avant tout, les montres qu’elles souhaitent présenter doivent être fin prêtes. Si tel n’est pas le cas, situation assez courante, elles doivent être en mesure de présenter des maquettes du produit fini, des rendus réalistes et des animations 3D.

J’accepte une invitation uniquement si je suis certain de pouvoir ensuite publier un article.
Michel Jeannot
Un traitement réservé aux amis

Pour les journalistes, même si ces invitations constituent une distraction agréable qui leur permet de s’évader du train-train quotidien, elles impliquent de sacrifier un temps de travail précieux pour obtenir des informations sur une seule marque à la fois. L’acceptation d’une invitation génère par ailleurs des attentes de la part de l’organisateur, ce dont la plupart des journalistes ont conscience. « J’accepte une invitation uniquement si je suis certain de pouvoir ensuite publier un article, en particulier si la marque organisatrice n’a pas lésiné sur les moyens pour l’événement, » expliquait Michel Jeannot, à la tête de sa propre agence de presse indépendante, le BIPH à Neuchâtel, lors d’un voyage organisé par Zenith à Dubaï. Peter Braun, rédacteur en chef du magazine allemand Armbanduhren, ajoute : « Il est généralement possible de prévoir l’impact d’un voyage en fonction de la marque organisatrice et du programme qu’elle propose. Cependant, il arrive parfois que l’on nous fasse perdre notre temps en nous attirant avec de belles promesses. » Quel genre de promesses ? « J’ai été récemment invité à Paris par une entreprise de joaillerie réputée qui souhaitait présenter son calibre de manufacture mais quand je suis arrivé sur place, il n’y avait rien d’autre à voir qu’un mouvement d’une autre marque simplement modifié. J’étais si furieux d’avoir perdu une journée entière que j’ai décidé de ne rien écrire. »

Du côté des marques, l’organisation d’un voyage de presse implique de consacrer des moyens financiers, du temps et de l’énergie à un événement qui n’est pas productif au sens courant du terme. C’est particulièrement vrai à la veille des salons, lorsqu’une Maison doit s’assurer qu’elle peut se permettre de mobiliser les ressources humaines de ses services de production et d’administration. C’est presque un luxe de pouvoir investir du temps et de l’argent pour préparer et mener à bien un événement qui s’étale sur plusieurs jours et implique la présence de plusieurs centaines de personnes en provenance des quatre coins du monde, tous les frais étant bien sûr pris en charge par l’entreprise organisatrice. Thierry Nataf, directeur général de Zenith, insiste cependant sur un point : « Il s’agit d’une excellente manière de traiter mes amis, car c’est bien ainsi que je considère la plupart des journalistes que j’invite. Et je tire un maximum de profit de l’événement en invitant également mes meilleurs distributeurs. Le salon Baselworld n’offre pas suffisamment de temps pour présenter en détail chacun des produits. »

Une obligation ? Pas pour toutes les marques

Seule une poignée de marques patiente jusqu’au salon Baselworld ou au SIHH pour dévoiler leurs nouveaux modèles. Pour certaines, cette stratégie est dictée par leur budget, tandis que d’autres jouissent tout simplement d’une position si confortable que céder à la curiosité de façon prématurée conduirait uniquement à trahir leurs propres valeurs. Rolex et Patek Philippe sont résolument attachés à leur discrétion légendaire. « Permettez-moi de retourner votre question : comment se fait-il que les autres ne puissent plus attendre jusqu’à Baselworld ? A quoi les salons servent-ils si tout le monde révèle ses secrets à l’avance ? » Telle est la réponse apportée par Dominique Tadion, responsable des relations presse de Rolex, lorsque la question lui a été posée des raisons de ce choix.

En conclusion, inviter la presse à des événements de ce type s’apparente-t-il à une forme de corruption ? N’importe quel journaliste qui accepte une invitation pour, disons, Phuket, se sentira en effet un peu redevable envers la marque organisatrice. Ses attentes ne sont toutefois jamais ouvertement formulées. Le seul risque encouru par un journaliste qui est constamment invité mais ne prend jamais la peine d’écrire sur son « bienfaiteur » est finalement de ne plus recevoir d’invitation…

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