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Du volley à l’émail, les talents hors pair de Vanessa Lecci
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Du volley à l’émail, les talents hors pair de Vanessa Lecci

mardi, 22 août 2017
Par Victoria Townsend
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Victoria Townsend

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9 min de lecture

Est-ce que tous les chemins mènent à… Neuchâtel ? Le parcours incroyable de l’émailleuse Vanessa Lecci, femme aux multiples talents, tendrait à le faire croire.

Dans son atelier de Peseux près de Neuchâtel (Suisse), elle nous accueille avec un sourire radieux, à l’image du soleil qui brille à travers les vitres. Née à Salve dans la province de Lecce, une région des Pouilles située dans le talon de la Botte italienne, Vanessa Lecci explique que la lumière naturelle est aussi importante pour son bien-être personnel que pour son travail, un travail qu’elle compare volontiers à celui d’une styliste « habillant » un garde-temps de « vêtements » d’émail. Vanessa Lecci est l’une des rares artistes à maîtriser l’émail Grand Feu et dispose de ce fait d’une palette de quelque 400 couleurs faites de minuscules particules de verre opaques et transparentes. Certaines d’entre elles sont d’ailleurs vieilles de plus de 100 ans, histoire de toujours avoir à disposition le bon émail pour le bon métal, dépendamment du matériau de base utilisé, que ce soit du cuivre, de l’or ou de l’argent. Et si, par le plus grand des hasards, son stock de précieuses couleurs ne devait pas suffire, elle peut toujours envoyer une demande à l’Association internationale des émailleurs pour l’aider dans ses recherches.

"Ciel de Corée"

L’émail est constitué de fines particules de verre généralement colorées que Vanessa Lecci réduit en poudre avec pilon et mortier. Un processus qui peut durer jusqu’à deux jours selon la taille et la dureté des particules de base. D’expérience, elle sait que pour obtenir une poudre de bonne consistance, outre son aspect visuel, le son que fait son pilon dans le mortier est également d’une importance capitale. Une fois cette opération terminée, Vanessa Lecci ajoute à cette matière vitreuse une petite quantité d’eau pour « tenir » la poudre et la débarrasser de ses impuretés. Viennent ensuite les différentes étapes d’émaillage, couleur par couleur, sur base métal, généralement un cadran de montre. Chaque couleur est passée au feu dans un four à très haute température. L’émail commence alors par se liquéfier pour ensuite fusionner, synonyme d’une altération de la couleur. Ce processus est répété 3, 4 ou 5 fois, mais rarement plus, précise Vanessa Lecci, « sinon le métal commence à souffrir ». Sans parler des fissures, bulles d’air ou couleurs indésirables qui peuvent apparaître entre chaque cuisson, ne laissant d’autre solution que de jeter la pièce pour tout recommencer.

Parmigiani Fleurier
Parmigiani Fleurier
Une âme pour objets mécaniques

« J’essaie de donner une âme à des objets mécaniques grâce à une technique 100 % artisanale », explique Vanessa Lecci, qui anime ses cadrans de couleurs aussi riches que les détails de ses peintures sont minutieux. Elle maîtrise d’ailleurs nombre de techniques d’émaillage avec, néanmoins, une spécialisation dans le « cloisonné ». Cette méthode consiste à compartimenter le support à émailler à l’aide de fils métalliques, des fils d’or en ce qui concerne Vanessa Lecci aussi fins qu’un cheveu, pour former les différents motifs ou dessins à réaliser. Une fois délimités, les espaces sont remplis d’émail de couleur pour un premier passage au four à une température comprise entre 780 et 810 °C et pour un temps de cuisson de l’ordre d’une minute. Tout dépend, commente laconiquement Vanessa Lecci, l’œil rivé sur son four afin de retirer la pièce au moment précis où l’émail commence à se liquéfier.

En répétant l’opération, on obtient de magnifiques nuances de couleur et une impression de profondeur. Dans ce contexte, il est important que le cadran ne soit pas trop mince. « Un minimum de 0,8 mm est requis, précise Vanessa Lecci. Plus le cadran est épais, mieux c’est. Question de résistance. » L’émailleuse discute ainsi avec ses clients pour savoir si le travail d’émaillage à réaliser est compatible avec la montre choisie. Si le cadran doit être exagérément fin en raison des contraintes voulues par le modèle, c’est un autre garde-temps qui sera choisi. Parfois, c’est la démarche inverse qui est privilégiée. C’est alors le travail de Vanessa Lecci qui dicte le modèle le mieux à même de le mettre en valeur, quitte à en créer un nouveau. Parmi les récents exemples de ces collaborations mémorables, on peut citer la Classic Fusion Enamel Britto de Hublot, pour laquelle Vanessa Lecci a reproduit l’œuvre de l’artiste brésilien Romero Britto sur 85 cadrans formant deux éditons limitées. Autre exemple, la Toric Tecnica Les Carpes de Sandoz, présentée par Parmigiani il y a deux ans, une pièce unique dont le cadran tout comme le fond à charnière sont réalisés grâce à une technique d’émaillage dite « cloisonné à gouttes » pour un effet 3D saisissant.

Parmigiani Fleurier
Parmigiani Fleurier

La technique du « cloisonné invisible », consistant à ôter les fils métalliques servant à fractionner l’espace juste avant chaque cuisson, a été adaptée pour la première fois à l’horlogerie avec le Ciel de Corée réalisé pour Vacheron Constantin. Le cadran présente un décor céleste légèrement tournoyant sur lequel 1 500 étoiles faites de poudre d’or sont placées à leur exacte position selon une carte céleste précise. Il aura fallu deux mois et demi de travail pour réaliser les trois pièces de cette série limitée. Toutes les techniques, que l’on parle de cloisonné, de champlevé, de plique-à-jour, de technique à l’ancienne, de peinture miniature ou d’émail grisaille, sont parfaitement maîtrisées à l’Officina de l’Émail, où Vanessa Lecci a été rejointe par Jiyoun Han Parrat, artisane sud-coréenne de Séoul qui a amené avec elle, entre autres, les techniques d’émaillage japonaises. Entre les deux, elles proposent des solutions pour l’horlogerie et la joaillerie à l’intention des clients privés et des Maisons de la branche.

Vanessa Lecci
Vanessa Lecci
Deuxième passion : le sport

Mais qu’en est-il de Vanessa Lecci, championne de volley-ball ? Élevée dans un environnement artistique avec une mère peintre et sculptrice sur marbre, Vanessa Lecci a d’abord étudié ses « classiques » avant de rejoindre l’académie des Beaux-arts, « des études certainement plus conformes à mon ADN », confie-t-elle. Elle voulait travailler la matière et apprendre toutes les techniques relatives à sa transformation, du fer forgé au ciselage, du sertissage à la gravure et surtout l’émaillage, « la seule technique qui donne des couleurs au métal, commente-t-elle. C’était également la plus difficile. Et personnellement, j’adore les difficultés… ».

Mais Vanessa Lecci a une deuxième passion : le sport, qu’elle a pratiqué avec tout autant de talent en tant que volleyeuse de haut niveau durant ses études. Son équipe n’a-t-elle pas remporté le championnat de Ligue A en Italie ? Lors d’un match auquel elle avait été conviée par une amie durant ses vacances à Neuchâtel, elle est repérée par l’entraîneur de l’équipe nationale helvétique et se voit offrir un contrat de joueuse professionnelle en Suisse. Un an plus tard, son diplôme en poche, elle quitte l’Italie pour rejoindre Neuchâtel et son équipe de volley-ball, qu’elle finira par entraîner et emmener à la victoire du championnat à quatre reprises durant les six années suivantes.

Vanessa Lecci
Vanessa Lecci

Mais Vanessa Lecci n’a pas abandonné son amour des beaux-arts pour autant. Tout en poursuivant son cursus sportif, elle suit des cours de sertissage. Elle est alors très vite embauchée par Cartier à La Chaux-de-Fonds pour travailler sur les pièces uniques de la Collection Privée Cartier Paris, synonyme de fin de carrière de volleyeuse. Un stage à Cartier Genève s’ensuit, question d’y développer ses capacités dans l’art de l’émaillage de pièces d’horlogerie. Elle revient ensuite à La Chaux-de-Fonds pour y fonder l’atelier d’émaillage Cartier. Après Cartier, ce sera au tour de Girard-Perregaux de s’intéresser à ses formidables talents avant que Patek Philippe l’engage pour ses pièces en émail cloisonné. Mais c’est l’indépendance qui finalement l’emportera. Vanessa Lecci installe alors son propre atelier, prête à explorer toutes les techniques.

Est-ce qu’il arrive à Vanessa Lecci de proposer ses propres dessins à ses clients ? « Ces pièces sont des séries limitées ou des exemplaires uniques qui coûtent beaucoup d’argent, dit-elle. De plus, chaque Maison a son propre style. C’est mon rôle de l’interpréter par mon travail et non d’imposer un style en particulier. En conséquence, il me revient d’aller à la rencontre de mes clients et non l’inverse. » Vanessa Lecci a toutefois un contact suffisamment intime avec « ses pièces » pour considérer chaque cadran comme une réalisation unique qui dispose de sa propre personnalité. À son image.

L’auteure remercie l’entreprise familiale dubaïote Ahmed Seddiqi & Sons pour son invitation au Dubai Watch Week Tour en Suisse qui fait partie de son programme de promotion des valeurs de la Haute Horlogerie.

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