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El Primero, la course au premier chrono automatique
Points d'histoire

El Primero, la course au premier chrono automatique

mardi, 21 mars 2017
Par Ilias Yiannopoulos
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Ilias Yiannopoulos

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10 min de lecture

Par rapport aux montres à trois aiguilles, le chronographe donne un tout autre sens au temps, qui n’est plus simplement « comptabilisé » mais lancé, arrêté, remis à zéro, en un mot segmenté. Dans cette évolution, le Zenith El Primero présenté en 1969 tient de plein droit une place de choix.

Quand on parle de l’histoire de la mesure du temps, le nom de sir John Floyer – médecin et auteur anglais qui consacra une partie de sa vie à la création d’un instrument susceptible de mesurer le pouls humain – ne vient pas spontanément à l’esprit. Cependant, c’est bien lui qui, avec l’aide de Samuel Watson, un des plus grands maîtres horlogers anglais, a créé le tout premier instrument de chronométrage, soit, en décomposant le terme, le chrono-graphe. Baptisée physician’s pulse watch, ou « montre pulsomètre de médecin », elle comportait une aiguille des secondes et un levier qui servait à bloquer le fonctionnement du mouvement pour permettre à un médecin de prendre, avec précision, le pouls d’un patient. Aiguille des secondes et levier de blocage constituaient des innovations en horlogerie. Présentée en 1690, la physician’s pulse watch reste à ce jour le point de départ des pièces d’horlogerie portables aptes à décompter les secondes de manière à les enregistrer avec précision.

Ce n’est qu’en 1913 que Longines a produit le premier chronographe de poignet.

Nombre d’instruments de chronométrage et de chronographes ont suivi. En 1815, Louis Moinet a commencé à travailler sur son « compteur de tierces » (avant le système décimal, la tierce désignait le soixantième de seconde) pour l’achever environ un an plus tard. L’étape suivante a été franchie en 1821 par le Français Nicolas Mathieu Rieussec, qui conçut un chronographe pour le roi Louis XVIII mais moins compliqué que le « compteur de tierces ». Dans les années 1870, les instruments de chronométrage mécaniques étaient utilisés en général sur les champs de course et lors d’événements sportifs, ou encore par les officiers d’artillerie. Il était très difficile d’intégrer la fonction de chronométrage dans les calibres existants, et ce n’est qu’en 1913 que Longines a produit le premier chronographe de poignet. En 1923, Breitling a amélioré le concept en séparant les fonctions « démarrage/arrêt » et « remise à zéro » par l’ajout d’un poussoir à 2 h en plus de la couronne. Le second poussoir à 4 h, dédié à la remise à zéro, est quant à lui dû à Universal Genève en 1932. La configuration du chronographe était déterminée.

Les ateliers de Zenith
Les ateliers de Zenith
Trois concurrents en lice

Durant une première période, plusieurs marques se sont distinguées avec des produits qui ressemblaient beaucoup à ce que nous connaissons aujourd’hui. Des entreprises comme Venus, Leonidas, Minerva, Martel, Excelsior-Park, Valjoux et Lémania ont produit de remarquables calibres de chronographe. Des montres chronographes de poignet légendaires ont vu le jour, par exemple l’Aero-Compax d’Universal Genève, les Navitimer et Chronomat de Breitling, la Rolex 4113 à rattrapante, les Minerva dotées du calibre 13-20CH, les Longines dotées du calibre 13ZN ainsi que les modèles aviateur de Hanhart ou Urofa et, plus tard, de Breguet et d’autres encore. À cette époque, l’une d’entre elles figurait incontestablement au sommet de la pyramide, la plus mythique et la plus célèbre de toutes les montres chronographes manuelles : l’Omega Speedmaster, qui célèbre son 60e anniversaire cette année.
Néanmoins, à la fin des années 1950, l’industrie suisse enregistre une forte diminution des ventes de chronographes en raison du succès croissant des montres automatiques et étanches désormais disponibles. Vers 1960, le chronographe manuel semblait dépassé. D’où la nécessité de le moderniser en l’équipant d’un remontage automatique. Lémania avait bien réalisé un prototype en 1947, mais il n’était jamais sorti de ses ateliers. On dit que les directeurs d’Omega l’avaient jugé superflu. Omega ayant perdu sa chance, il restait trois concurrents dans la course au premier chronographe automatique.

Calibre Zenith El Primero 3019, 1969
Calibre Zenith El Primero 3019, 1969

En 1969, Zenith, Seiko et un consortium constitué par Dubois-Dépraz, Buren, Breitling et Heuer avaient chacun développé leurs versions respectives. Aujourd’hui encore, la question de savoir qui l’a emporté sur ses rivaux fait polémique. Alors que Zenith fut la première à faire l’annonce de sa réussite, en janvier 1969, il semble que Heuer ait assuré la diffusion mondiale de son calibre 11 avant les autres, en août 1969. Parallèlement, Seiko, qui avait travaillé dans l’ombre, lançait son chronographe automatique sur le marché japonais dès le mois de mai 1969. L’histoire de cette course et les discussions pour savoir à qui revient effectivement la première place sont relayées par divers blogs et forums en ligne. Le compte-rendu le plus complet est celui que fait Jeff Stein, en trois parties, sur son site OnTheDash.

Zenith El Primero, 1969
Zenith El Primero, 1969
« Réussir du premier coup »

Le calibre 6139 de Seiko a été le premier chronographe automatique à grand rotor, embrayage vertical et roue à colonnes. Avec 17 rubis et une oscillation à 21 600 A/h, il affichait un compteur 30 minutes et une fonction jour-date à réglage rapide. Le deuxième a été le calibre 11, développé sous l’œil attentif de Jack Heuer. Un projet qui réunissait Buren, fabricant d’une des montres automatiques les plus compactes au monde, et Dubois-Dépraz, spécialiste de la conversion de mouvements de base en chronographes. L’entreprise Heuer avait d’ailleurs déjà expérimenté les mouvements automatiques à microrotor de Buren pour le développement d’un chronographe modulaire. À noter que Breitling et Hamilton étaient également de la partie. Le calibre 11 Chronomatic a ainsi été construit sur le mouvement ultra-plat à microrotor Intramatic de Buren avec un module de chronographe Dubois-Dépraz au-dessus. La couronne était placée à gauche, les poussoirs de chronographe à droite. Autre caractéristique notoire, les mouvements Chronomatic étaient de type bi-compax, avec compteur des heures à gauche, compteur des minutes à droite et guichet de la date à 6 h.

Calibre Zenith El Primero 3019
Calibre Zenith El Primero 3019

Reste le Zenith El Primero, assurément le chronographe automatique de l’époque le plus abouti sur le plan technique. Zenith était une petite entreprise qui n’avait pas les moyens de ses concurrents. À son actif toutefois, une vision claire et l’expertise technique de Martel. Rachetée en 1960, cette manufacture était l’une des plus importantes dans la création de calibres d’excellente qualité pour diverses grandes marques. Tout était en place pour le développement de l’El Primero. Le calibre 3019 PHC était un chronographe automatique intégré, à grand rotor et roue à colonnes, qui totalisait 12 heures et battait à une fréquence de 36 000 A/h lui permettant de mesurer les temps courts au dixième de seconde. Avec un affichage de la date à saut instantané à 4 h et 50 heures de réserve de marche, il était extrêmement compact, soit un diamètre de seulement 30 mm pour 6,5 mm d’épaisseur. Dans l’horlogerie, le calibre 3019 PHC, un superbe mouvement bien en avance sur son temps, a été et reste encore aujourd’hui une parfaite illustration de ce que « réussir du premier coup » veut dire.

L’El Primero, sans doute le chronographe automatique le plus important jamais créé, surpassait tous les autres.
Primus inter pares

Il y a un « avant » et un « après » l’El Primero, qui a provoqué une courte mais réelle « guerre du chronographe ». La compétition s’est ainsi rapidement intensifiée quand le groupe Heuer a remplacé le calibre 11 par le calibre 12 pour pallier des problèmes de denture. Dans la foulée, Lémania sortait le merveilleux 1340 et, plus tard, le fonctionnel 5100. Omega est revenu dans la course avec le génial 1040 sur base Lémania et, peu de temps après, avec le 1041 certifié chronomètre. Vajoux répliquait avec le classique 7750. Ces calibres automatiques, tous sensationnels, équipaient des montres elles-mêmes sensationnelles. Cependant, l’industrie horlogère suisse en crise traversait une période extrêmement difficile. Plusieurs entreprises ont alors fait faillite et celles qui se battaient pour survivre ont été obligées d’abandonner leurs projets, voire de se séparer de leurs machines-outils essentielles à la production. Durant toute cette période, très peu de calibres automatiques ont vu le jour dans le pays, bien que, ironie du sort, on en trouvât beaucoup ailleurs.

Zenith El Primero Chronomaster
Zenith El Primero Chronomaster

L’El Primero, sans doute le chronographe automatique le plus important jamais créé, surpassait tous les autres. Il innovait avec sa haute fréquence, synonyme de meilleure précision, avec son totalisateur 12 heures et sa fonction chronographe totalement intégrée. Il a fallu attendre quelque 17 ans avant que l’industrie réponde avec un produit comparable (Frédéric Piguet Cal. 1185). Outre ses qualités techniques, l’El Primero était compact, raison pour laquelle Rolex l’a choisi pour équiper sa Daytona. Aucune modification n’était nécessaire pour l’intégrer dans le boîtier Oyster. De plus, Zenith l’avait développé à partir de zéro, alors que le mouvement commun à Breitling, Heuer, Buren et Dubois-Dépraz reposait sur un calibre de base existant selon un concept jamais repris depuis.

Le principal rival pour le titre de « premier chronographe automatique » est sans doute le Seiko 6139. Après tout, il a été développé par une seule entreprise, disponible dès sa présentation et même doté d’un embrayage vertical fluide (sans sauts) développé par Pierce. Hormis son grand rotor et sa roue à colonnes, le chronographe Seiko ne réunissait toutefois pas les qualités techniques atteintes par les virtuoses de l’équipe de Zenith. Aujourd’hui encore, dans le cercle restreint des calibres automatiques sensationnels, l’El Primero fait figure de primus inter pares. Il représente le summum d’une évolution qui a débuté en 1690 avec la physician’s pulse watch pour culminer avec le 3019 PHC. C’est ce qui arrive quand une petite équipe visionnaire tend à la perfection. Il y a des produits sacrés dans l’industrie horlogère suisse et l’El Primero en fait partie.

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