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Enchères: après la polarisation, l’implosion ?
Enchères

Enchères: après la polarisation, l’implosion ?

mercredi, 25 mai 2016
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Fabrice Eschmann
Journaliste indépendant

“Il faut se méfier des citations sur Internet !”

« Une grande histoire aux multiples auteurs : ainsi en est-il de la vie. Ainsi en va-t-il aussi de l’horlogerie. Sans rencontres, point d’histoire. »

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6 min de lecture

Les ventes aux enchères horlogères se sont fortement polarisées : quelques dizaines de montres-bracelets vintage qui s’arrachent à prix d’or d’un côté, des pièces anciennes qui ne trouvent plus preneurs de l’autre. Une situation qui risque de conduire à une bulle spéculative.

On l’observait depuis un certain temps déjà, mais c’est à présent très clair : le marché des ventes aux enchères horlogères s’est fortement polarisé. D’un côté, quelques dizaines de montres-bracelets vintage et modernes qui s’arrachent à prix d’or ; de l’autre, des pièces anciennes – montres de poche, pendulettes ou automates –, stars des vacations il n’y a pas si longtemps encore, mais dont plus personne ne veut aujourd’hui, hormis une ou deux exceptions notables. Et au milieu, des centaines de lots peu attractifs, certains très récents, souvent adjugés au prix de l’occasion. C’est ce qui ressort de la session genevoise de printemps tenue le week-end de la Pentecôte, qui a vu les maisons Antiquorum, Sotheby’s, Christie’s et Phillips mettre à l’encan près de 1 250 objets. Une situation qui, si elle a le mérite d’établir clairement la tendance, risque de conduire progressivement à la création d’une bulle spéculative.

Le second record tient au nombre d’invendus chez Sotheby’s, soit près de 50 % de ses lots.
Deux coups de tonnerre

Deux records ont marqué les esprits lors de cette session : le premier est un niveau plus haut obtenu chez Phillips pour une Rolex, un chronographe à rattrapante en acier de 1942, parti pour CHF 2,405 millions ; le second est le nombre d’invendus chez Sotheby’s qui n’ont pas trouvé preneurs pour près de 50 % de ses lots – parmi lesquels une majorité de pièces anciennes. Même une magnifique cage à oiseaux chanteurs avec socle à horloge de 1830, lot phare présenté sur 8 pages du catalogue, est resté en rade faute d’avoir atteint le prix de réserve de CHF 400 000.-. Un bide stupéfiant, d’autant que l’objet signé Bautte & Moynier appartenait à la collection privée Guido Reuge.

Sotheby’s 2016
Lot phare de Sotheby’s, cette magnifique cage à oiseaux chanteurs avec socle à horloge de 1830 est restée en rade faute d’avoir atteint le prix de réserve de CHF 400 000.-. Signée Bautte & Moynier, elle appartenait à la collection privée Guido Reuge.

Ces deux coups de tonnerre résument, à eux seuls, la nouvelle géométrie des enchères horlogères. Chez Phillips, qui ne proposait pratiquement que des montres-bracelets, les ventes ont culminé à CHF 32,843 millions. Chez Sotheby’s, en revanche, qui déplore le flop de la cage de vestibule, elles sont parvenues péniblement à CHF 4,051 millions. Un résultat moins bon que celui d’Antiquorum, qui, avec 477 lots mis à l’encan, encaisse CHF 5,735 millions. Quant à la maison Christie’s, elle conclut sur une belle performance de CHF 18,397 millions, grâce notamment aux 3,245 millions obtenus par une exceptionnelle montre de poche Breguet & Fils fabriquée vers 1800, l’une des deux seules répétitions à quantième dotées d’une équation du temps – aux côtés de la légendaire Marie Antoinette.

Philipps 2016 Rolex Antimagnétique
Rolex « Antimagnétique » en acier de 1942 (lot 56) adjugée chez Phillips pour CHF 2 405 000, nouveau record mondial pour une Rolex (est. 800 000-1 600 000).

« Il n’y a plus un acheteur d’horlogerie ancienne ni en Europe, ni aux États- Unis, lâche, un peu dépité, Arnaud Tellier, expert en enchères horlogères et fondateur du cabinet Tellier Fine Art. Même pour cette Breguet d’exception, ce sont deux musées prestigieux qui se sont affrontés ! Aucune des montres à remontage par clé n’a été vendue. Il y a quelque temps, les boîtiers en or trouvaient encore preneurs. Mais aujourd’hui, le marché est en berne. Il n’y a plus guère que des clients asiatiques qui s’intéressent aux pièces d’avant 1890. »

Il faut se demander si ce sont les objets qui valent plus, ou si c’est l’argent qui vaut moins ?
Aurel Bacs
Des enchères stratosphériques

Cet engouement pour la montre-bracelet, Phillips l’a bien cerné avec seulement 6 montres de poche sur les 226 lots mis à l’encan. Et encore, de fabrication récente. Les deux ventes nocturnes organisées par la maison dans une ambiance de concert de rock – l’une sur le thème des chronographes, l’autre plus généraliste – se sont ainsi soldées par une pluie de records : outre le chronographe à rattrapante Rolex, une Patek Philippe réf. 530 en acier de 1941 a été adjugée CHF 1,445 million, alors qu’une Rolex Cosmograph Daytona de 1969 s’est arrachée pour 1,985 million. Au total, 6 lots ont dépassé le million, deux les 900 000.-. « Le marché est devenu très pointu, très sélectif, admet Aurel Bacs, en charge du département Montres chez Phillips. Il y a 20 ou 30 ans, tout se vendait très bien. Aujourd’hui, seuls 10 % des objets disponibles à la vente suscitent vraiment de l’intérêt. Je m’efforce de trouver ces pièces-là. » Un rapide calcul permet de vérifier l’assertion : chez Christie’s, par exemple – mais également chez Antiquorum –, à peine 4,3 % des lots (les 12 pièces les mieux vendues) représentent 55 % du résultat total.

Christies 2016 Breguet
Cette montre de poche Breguet & Fils fabriquée vers 1800, l’une des deux seules répétitions à quantième dotées d’une équation du temps aux côtés de la légendaire Marie Antoinette, a été adjugée CHF 3 245 millions chez Christie’s (est. 600 000-1 200 000). Elle a appartenu à Charles-Louis Havas.

Ce resserrement du marché, qui fait monter les enchères à des niveaux stratosphériques, n’inquiète pas Aurel Bacs : « Tout est relatif : les tableaux du New-Yorkais Jean-Michel Basquiat sont adjugés pour 60 millions de dollars ! À côté de cela, une Rolex à 3 millions, qui prend des mois à fabriquer, qui est rare et composée de matériaux précieux, c’est presque bon marché ! À une époque où les intérêts du capital sont négatifs, il faut se demander si ce sont les objets qui valent plus, ou si c’est l’argent qui vaut moins… » N’empêche. Le risque d’une bulle spéculative existe bel et bien. Arnaud Tellier avertit : « À partir des années 1930, les marques ont envoyé à travers le monde des millions de pièces détachées destinées au service après- vente. Aujourd’hui, des cadrans, des aiguilles et même des boîtiers s’achètent à prix d’or. Il est devenu très tentant de “bidouiller” une pièce pour la rendre unique, si elle se vend ensuite une fortune ! »

Philipps 2016 Rolex Paul Newman
Rolex Cosmograph Daytona « Paul Newman Oyster Sotto » en acier de 1969 (lot 31) adjugée chez Phillips pour CHF 1 985 000 (est. 750 000-1 500 000), un prix record pour ce modèle.

Si les riches collectionneurs se concentrent aujourd’hui sur un petit segment des montres-bracelets, d’autres semblent déjà préparer la suite : « Parce que tout est cyclique, je connais des marchands, pourtant à la retraite, qui sont en train de racheter des lots aux enfants de leurs anciens clients, conclut Arnaud Tellier. En attendant que ça remonte… »

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