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Enchères genevoises : anecdote croustillante et démission...
Culture

Enchères genevoises : anecdote croustillante et démission surprise

mercredi, 06 novembre 2013
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Fabrice Eschmann
Journaliste indépendant

“Il faut se méfier des citations sur Internet !”

« Une grande histoire aux multiples auteurs : ainsi en est-il de la vie. Ainsi en va-t-il aussi de l’horlogerie. Sans rencontres, point d’histoire. »

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8 min de lecture

Antiquorum, Christie’s et Sotheby’s vont assurer le spectacle entre les 10 et 12 novembre. Une session sous le signe de Breguet et des Rolex Daytona. Aurel Bacs, quant à lui, tire sa révérence.

Quelque 1’340 montres, garde-temps anciens et pendulettes vont, si tous les lots trouvent preneurs, changer de propriétaire entre le 10 et le 12 novembre prochain à Genève. Les trois Maisons Antiquorum, Christie’s et Sotheby’s – dans l’ordre d’apparition – se sont données rendez-vous pour l’une des plus importantes sessions de vente aux enchères horlogères mondiales. Un événement marqué cette année par la mise à l’encan chez Sotheby’s d’une montre de poche astronomique signée Breguet, dont l’histoire récente a défrayé la chronique parisienne, et par le départ annoncé d’Aurel Bacs qui quitte la direction du département Montres international de Christie’s (lire : « C’est comme un sport extrême : il faut savoir s’arrêter ! »). Pour le 50e anniversaire de la Rolex Daytona, cette dernière organise également une vente thématique en marge de sa principale vacation.

Beaucoup de pièces récentes

C’est Antiquorum qui ouvrira les feux à l’hôtel Mandarin Oriental ce dimanche 10 novembre. Pas moins de 600 pièces – la plus importante sélection de cette session d’automne – sont proposées à la vente. Des lots essentiellement modernes et vintages, faisant dire à quelques sévères observateurs que les enchères genevoises sont devenues le « supermarché de la montre d’occasion ». Parmi les bonnes affaires à réaliser cependant, étant entendu que les objets récents sont souvent adjugés à la moitié, voire au tiers de leur valeur à neuf, cette Vacheron Constantin Quai de l’Ile en titane avec quantième automatique (lot 143, est. CHF 15’000-20’000) ou cette TAG Heuer Monaco V4 qui avait fait grand bruit lors de son lancement en 2009, certaines des roues du mouvement ayant été remplacées par des courroies (lot 467, est. CHF 25’000-35’000).

Au chapitre des curiosités chez Antiquorum, à noter ce prototype des années 1970 de la montre de plongée professionnelle Omega Seamaster Ploprof (lot 238, est. CHF 25’000-35’000), ainsi que ce recyclage – il n’y a pas d’autre mot ! – de la Corum Golden Bridge for Only Watch 2011. Estimée il y a deux ans entre EUR 55’000 et 70’000, elle avait été adjugée à EUR 50’000. Elle est aujourd’hui proposée entre CHF 10’000 et 15’000. Mais la pièce qui va concentrer tous les regards et les attentes est une fois de plus une Patek Philippe. Cette référence 5016 Tourbillon Répétition Minute Calendrier Perpétuel en or rose arbore un cadran noir extrêmement rare dans le monde des enchères (lot 603, est. CHF 450’000-650’000).

Antiquorum, lot 603, Patek Philippe réf. 5016 Tourbillon Répétition Minute Calendrier Perpétuel, CHF 450’000-650’000 © Antiquorum

De Patek Philippe, il en est également question chez Christie’s. Présente au Four Seasons Hôtel des Bergues lundi 11 novembre pour sa vente principale, la Maison propose 355 pièces horlogères, dont environ un tiers de la marque genevoise. En vedettes : les références 1563, un chronographe à rattrapante en or jaune (lot 193, est. CHF 800’000-1’400’000), et 2499, un chronographe, calendrier perpétuel et phase de Lune daté de 1957 (lot 152, est. CHF 1’000’000-1’500’000). « Cette dernière a déjà été vendue en 2005, explique Arnaud Tellier, ancien directeur du Patek Philippe Museum et fondateur du cabinet d’expertise Tellier Fine Arts. Beaucoup des montres proposées lors de ces ventes d’automne l’ont d’ailleurs déjà été il y a 5 ou 10 ans. Elles réapparaissent aujourd’hui. » À noter que le lot 108 de cette section est également une Patek Philippe réf. 2499 mais co-brandé Cartier dont le nom apparaît sur le bas du cadran (est. CHF 500’000-800’000). Il avait déjà trouvé acquéreur en 2006 pour CHF 626’500 chez Antiquorum. Qui dit mieux ?

Breguet à l’honneur

Côté historique, Abraham-Louis Breguet va largement retenir l’attention durant ces trois jours. Christie’s propose deux très belles pièces signées du Maître. Premièrement, une « Montre simple plate à deux cadrans excentriques d’heures et minutes » n° 4420, vendue le 3 octobre 1825 au roi d’Angleterre George IV (lot 233, est. CHF 80’000-120’000). « Cette montre de poche devrait faire un carton », prédit Arnaud Tellier, qui précise : « Cet affichage scindé en deux cadrans, de type régulateur, est plutôt rare et devrait intéresser les collectionneurs. La provenance historique est également importante. » Deuxièmement, cette « Petite montre à répétition des quarts, échappement libre à levées naturelles » n° 1135, vendue en 1806 au duc de l’Infantado (Espagne) (lot 236, est. CHF 300’000-500’000). « Avec son échappement naturel, Breguet a très vite posé le problème de la lubrification en horlogerie, dont l’origine animale ou végétale rendait la matière instable. Son invention, qui met en scène deux roues agissant sur le balancier pour un maximum d’amplitude et un minimum de frottement, pouvait se passer d’huile. »

La Maison Sotheby’s enfin, qui prendra ses quartiers à l’hôtel Beau-Rivage mardi 12, accorde quant à elle une place encore plus importante à l’horloger franco-suisse. Célébrant les 190 ans de sa mort, elle lui dédie un chapitre entier de sa vente, chapitre qui s’ouvre avec un portrait du Maître. Anonyme, de l’École française et réalisé vers 1800, cette huile est restée propriété des descendants jusqu’à très récemment, dit la notice (lot 325, est. CHF 20’000-40’000). Mais le clou de cette section est une montre de poche astronomique n°4691 à double savonnette en or guilloché de grains d’orge. Encore inconnu du public il y a quelques années, elle est l’une des réalisations les plus complexes de Breguet dans un espace aussi restreint : extra-plate, à répétition des demi-quarts, elle propose au surplus une équation du temps, une indication de la réserve de marche, les jours, la date, les mois et une phase de Lune (lot 330, est. CHF 600’000-1’000’000). Elle fut vendue le 13 octobre 1831 à Lord Henry Seymour Conway, célèbre dandy parisien, puis fut portée plus tard par Sir Richard Wallace, héritier de la fortune des Seymour et grand collectionneur britannique.

Sotheby’s, lot 330, Breguet No 4691 Répétition des Quarts Equation du Temps Calendrier Phase de Lune, CHF 600’000-1'000’000 © Sotheby’s
Un passé sous silence

Cette pièce hors du commun l’est à plus d’un titre. Ce que Sotheby’s ne dit pas en effet dans son catalogue, c’est qu’elle a été l’objet d’un drame survenu en 2008. Le 10 avril, la société Bailly-Pommery & Voutier Associés organisait une importante vente de bijoux, montres et objets de vitrine à Drouot, la salle des ventes officielles de Paris. Parmi les lots se trouvait cette fameuse montre de poche. Estimée à EUR 100’000, l’enchère s’est envolée à EUR 3’469’760 frais compris (EUR 2,8 millions sans les frais), record français pour une montre. Arnaud Tellier raconte : « Emmanuel Breguet, directeur de Breguet France et du patrimoine de la marque, était présent dans la salle, avec Nicolas Hayek au bout du fil. La montre était destinée au musée Breguet de Paris, mais Hayek senior n’a pas remporté l’enchère. Seulement voilà, l’acquéreur n’a jamais payé son achat : il s’est suicidé une semaine plus tard. L’affaire a fait grand bruit dans le milieu. Les rumeurs disaient que l’acheteur, d’origine égyptienne, avait également acheté un château avant de se donner la mort. »

Rendue à la famille propriétaire, cette montre a ensuite semée la discorde parmi les héritiers, ce qui explique qu’elle ait mis plus de cinq ans à revenir sur le devant de la scène. Très attendue, elle tient en haleine les spécialistes qui se demandent si cette anecdote aura une influence sur le résultat final et si le musée Breguet finira par l’acquérir.

> « C’est comme un sport extrême : il faut savoir s’arrêter ! »

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