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Et Louis Moinet… inventa le chronographe
Histoire & Pièces d'exception

Et Louis Moinet… inventa le chronographe

mardi, 02 avril 2013
Par Louis Nardin
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Louis Nardin
Journaliste et consultant

“De l’audace, toujours de l’audace.”

Georges Jacques Danton

« Une montre de qualité concentre de la créativité, des compétences techniques et scientifiques rares, des gestes anciens. Elle touche au désir d’être unique, de se distinguer, d’afficher un savoir, une puissance, un goût. Une montre raconte plusieurs histoires à la fois, dont les détails et les secrets font la saveur. »

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5 min de lecture

Qui aurait pensé qu’un garde-temps du célèbre l’horloger, par ailleurs réapparu in extremis dans une vente aux enchères, soit authentifié comme étant le premier chronographe au monde ?

Il faut désormais réécrire le chapitre sur l’histoire du chronographe dans les ouvrages qui en parlent. Le « compteur de tierces » de Louis Moinet, réapparu au détour d’une vente aux enchères de Christie’s en mai dernier à Genève, prouve que le célèbre horloger a en effet inventé et réalisé entre 1815 et 1816 le premier chronographe au monde. La surprise de cette découverte est encore plus importante si l’on considère que le mécanisme fonctionne à une fréquence de 30 Hz, soit 216’000 alternances/heure, donnant le 60e de seconde. Cette annonce tient donc d’une double révolution pour la science de la mesure du temps, offrant au passage un coup de projecteur sans précédent pour les Ateliers Louis Moinet, qui ont acquis le précieux garde-temps.

Louis Moinet, l’inventeur du chronographe © Les Ateliers Louis Moinet

Servir l’astronomie

« Louis Moinet était astronome en plus d’être un maître horloger de son époque, explique Jean-Marie Schaller, CEO et cofondateur des Ateliers Louis Moinet. Il avait besoin d’un instrument de mesure très précis pour ses observations. Il inventa donc ce compteur de tierces dans ce but. La grande surprise fut de retrouver cette pièce dont on connaissait l’existence uniquement grâce à son Traité général d’horlogerie. »Ce compteur de tierces, qui n’est pas une montre puisqu’il n’indique pas l’heure, était la propriété d’une famille princière européenne dont l’intention première n’était pas de le mettre en vente. La pièce est pourtant livrée à Arnaud Tellier, expert indépendant en charge d’estimer les lots de cette vente Christie’s, quelque temps seulement avant son ouverture. Alors hors d’état de marche, elle aiguise l’intérêt du spécialiste, qui donne néanmoins une mise à prix relativement basse de CHF 5’000.-, faute de pouvoir approfondir son analyse. Finalement, la « montre » sera acquise pour CHF 50’000.- hors frais par Jean-Marie Schaller, au prix d’une intense bagarre avec Arnaud Tellier, cette fois mandaté par le musée Patek Philippe, dont il fut directeur.

Poussoirs et haute fréquence

Le compteur de tierces révélera ses secrets une fois restauré. Il est bien le premier chronographe au monde avec, en sus, un bouton-poussoir pour déclencher et arrêter la fonction et un second pour la remise à zéro. Il faudra attendre 1821 pour que Nicolas Rieussec livre une version plus rustique d’un chronographe par dépôt d’une goutte d’encre sur un disque gradué.

Le premier instrument de mesure à haute fréquence.

Quant à la fréquence, totalement inédite pour l’époque, dépassée seulement un siècle plus tard par Heuer et son Micrograph au 100e de seconde, elle méduse les experts. Avec à son bord Ludwig Oechslin, conservateur du Musée international d’Horlogerie de La Chaux-de-Fonds, son adjoint Jean-Michel Piguet, Bernard Vuilliomenet, historien en horlogerie, François Rolland, expert horloger et restaurateur, Arnaud Tellier et Romain Réa, également expert horloger, le comité chargé d’évaluer la pièce a conclu que le compteur de tierces est donc aussi le premier instrument de mesure à haute fréquence, doté d’une réserve de marche de plusieurs heures. Une note de Louis Moinet mentionne en effet que le mécanisme aurait fonctionné au moins 24 heures sans faillir.

Lettres de noblesse retrouvées

Outre l’impact de la découverte, la détermination de Jean-Marie Schaller, mâtinée il est vrai d’une dose de hasard, aura permis de donner une légitimité inespérée à sa marque. Cofondés en 2004 avec son associé Sébastien Mérillat, les Ateliers Louis Moinet ont pour mission de redonner ses lettres de noblesse au nom de l’horloger, artiste et savant de son temps, également confident et ami proche d’Abraham-Louis Breguet. Une collection de chronographes devrait bientôt voir le jour au sein de la marque.

Cette découverte met aussi en lumière la puissance que peut avoir une découverte historique, scientifiquement attestée. Et, par voie de conséquence, la vulnérabilité de stratégies marketing et de communication de marques qui auraient tendance à adosser trop lourdement leurs messages à un passé par définition mouvant. Après avoir été détruites par camions entiers lors de la crise horlogère des années 1980, vieilles pièces et archives reprennent tous leurs droits.

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