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ETA, un symbole de l’histoire horlogère suisse
Histoire & Pièces d'exception

ETA, un symbole de l’histoire horlogère suisse

jeudi, 22 juillet 2010
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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8 min de lecture

Les origines d’ETA, la plus importante manufacture de mouvements helvétiques, remontent au XVIIIe siècle avec la création de la Fabrique d’Horlogerie de Fontainemelon en 1793. Suite à une succession de rachats et fusions d’entreprises, ETA a lentement pris forme, véritable condensé de l’histoire industrielle de la branche.

Si l’horlogerie suisse a su traverser de nombreuses crises au cours de ses cinq siècles d’histoire, celles-ci n’en ont pas moins fortement contribué à modeler cette industrie pour lui donner le profil qu’on lui connaît aujourd’hui. En ce sens, le parcours d’ETA Manufacture Horlogère Suisse, l’un des plus grands producteurs actuels de montres et mouvements au monde, en est une parfaite illustration. Avec des origines remontant au XVIIIe siècle, ETA, propriété du Groupe Swatch, a en effet traversé les décennies non sans maints remaniements, fusions et acquisitions répondant à chaque fois à des phases difficiles pour cette troisième industrie d’exportation suisse.

Fondation d’ASUAG en 1931

Tout a commencé avec la création de la Fabrique d’Horlogerie de Fontainemelon (FHF) en 1793 à Granges, dans le canton de Soleure. Mais ce n’est qu’au début du XXe siècle, avec une mécanisation des processus de fabrication qui commence à se généraliser, qu’interviennent les premiers regroupements d’importance dans l’horlogerie suisse. Pour tenter de réguler la branche et limiter les pratiques douteuses en termes de concurrence, la profession s’organise, tant au niveau des manufactures, des branches annexes que des fabriquant d’ébauches. Sous l’impulsion des banques, ces derniers vont d’ailleurs orchestrer une fusion qui fera date, en 1926, avec la création d’Ebauches SA à Neuchâtel, une nouvelle entité née du rapprochement de FHF, d’A. Schild et de Ad. Michel, ces deux dernières entreprises ayant été fondées à Granges en 1896 et 1898 respectivement. A elles trois, ces fabriques représentent 75% de la production d’ébauches dans le pays et emploient plusieurs milliers de personnes. De plus, la nouvelle société dispose d’importants moyens financiers qui vont lui permettre de conforter sa présence sur le marché. Entre 1927 et 1929, pas moins de 27 fabricants passent ainsi dans le giron d’Ebauches SA dont Sonceboz, Bovet, Optima et Urania.

La Fabrique d’Horlogerie de Fontainemelon (FHF) en 1980, une des trois sociétés à la base de la création d'Ebauches SA en 1926 © ETA
La Fabrique d’Horlogerie de Fontainemelon (FHF) en 1980, une des trois sociétés à la base de la création d'Ebauches SA en 1926 © ETA

La grande crise de 1929 aura toutefois raison de cette première initiative. Au début des années 30, l’horlogerie suisse est en effet confrontée à des faillites en chaîne ; plus de 20’000 horlogers se retrouvent au chômage ; banques et associations horlogères jouent leur va-tout. Non que la stratégie ayant présidé à la fondation d’Ebauches SA n’ait pas été la bonne, mais elle n’avait pas été suffisamment loin dans le processus de concentration. Décision est donc prise de créer une nouvelle structure holding, détenue à part égale entre les banques et l’industrie, holding qui devait ainsi permettre de regrouper la majeure partie des fabricants d’ébauches et de composants essentiels de la montre. En 1931, la Société Générale de l’Horlogerie Suisse voit le jour, plus connue sous le nom d’Allgemeine Schweizerische Uhrenindustrie (ASUAG). Mais son financement est encore loin d’être assuré. C’est pourquoi la Confédération suisse va devoir s’en mêler, à hauteur de CHF 13,5 millions, sous forme de prise de participation au capital et de prêts sans intérêt. Avec l’horlogerie, il en va tout simplement de l’intérêt national.

L’horlogerie suisse « sous contrôle »

Désormais, l’ASUAG va donc pouvoir remplir ses objectifs, synonymes de la création des Fabriques d’Assortiments Réunis et des Fabriques de Balanciers Réunis en 1932, synonyme également de rachats menés au pas de charge. Auguste Reymond, Fabrique d’Horlogerie fondée à Tramelan en 1898, et Eterna, dont la création remontre à 1856 à Granges, font partie du lot. Lorsque cette dernière passe sous la coupe de l’ASUAG, l’entreprise sera en quelque sorte scindée en deux, le nom d’Eterna étant réservé aux montres alors que la fabrique d’ébauches devient ETA SA.

L’horlogerie suisse est sous contrôle.
Joël de Toulouse

A noter également que pour donner toutes ses chances à l’ASUAG, désormais propriétaire d’ETA, la Confédération va intervenir une nouvelle fois en 1934 avec les « Arrêtés du Conseil Fédéral tendant à protéger l’industrie horlogère suisse » interdisant toutes nouvelles créations d’entreprises sans autorisation, interdisant également les exportations faites en dehors des conventions dans le but de mettre un terme au chablonnage, ces ventes à l’étranger et à prix cassés de mouvements en pièces détachées. En d’autres termes, « l’horlogerie suisse est sous contrôle », écrit Joël de Toulouse sur son site invenitetfecit.com. Et les acquisitions se poursuivent comme par exemple celle de Derby, Precimax, Gigantic en 1941, de Glycine en 1942 ou de Valjoux en 1944.

La SSIH voit le jour en 1930

Mais si les fabricants d’ébauches ont réussi à s’organiser avec l’aide de l’Etat, les manufactures ne sont pas davantage restées les bras croisés, comme l’atteste la création en 1930 de la Société Suisse pour l’Industrie Horlogère (SSIH) qui regroupait Louis Brandt et Frères, Omega et Charles Tissot et Fils. Regroupement bientôt complété par une succession de rachats d’entreprises à l’instar de Lémania (1932), de Marc Favre (1955), Eideldinger et Cie (1957), Rayville, fabricant des montres Blancpain (1961), puis encore de l’outil industriel de Cortébert (1961), de Langendorf Watch (1965) et encore d’Aetos (1969), de Economic Swiss Time Holding, le plus gros fabricant de montres Roskopf (1967) et d’Hamilton (1974). En deux décennies et face à l’ASUAG, la SSIH va ainsi devenir un acteur majeur de l’industrie horlogère suisse qui vole d’ailleurs de succès en succès jusque dans les années 60.

Cette période dorée, qui voit la production suisse de montres et mouvements passer de 18,8 à 41 millions de pièces annuelles entre 1945 et 1960 profite également aux horlogers étrangers. La concurrence affute ses armes avec des pays comme les Etats-Unis et le Japon qui partent à la conquête des marchés avec leurs produits bon marché. En Suisse, malgré les regroupements d’importance autour de l’ASUAG et de la SSIH, le tissu industriel reste encore très morcelé avec plus de 3’000 entreprises horlogères dont 80% occupent moins de 20 personnes. Pour tenter de lutter à armes égales avec des géants comme Timex et Seiko, l’ASUAG va alors poursuivre ses acquisitions en reprenant Cyma (1967) puis Longines (1971) tandis qu’Ebauches SA rachète Durowe en Allemagne et Sefea en France. L’horlogerie suisse est à son apogée et fabrique 84 millions de montres en 1974.

Un géant est né

La suite est nettement moins rose. La crise du quartz, le choc pétrolier de 1973 et ses conséquences, tout comme le renchérissement du franc suisse vont laminer la branche. Entre 1974 et 1983, le nombre de montres et mouvements produits en Suisse passe de 84 à 30,2 millions. L’horlogerie helvétique voit à nouveau les faillites se multiplier et les emplois disparaître par milliers. « L’ASUAG n’a de solution que celle du désespoir, écrit Joël de Toulouse. En 1978, ETA et Schild fusionnent. La dissolution de la filiale Synchron entraîne la vente de Borel, Doxa et Cyma. En 1980, le nombre de calibres produits par Ebauches S.A. est drastiquement réduit de 136 à 40. L’année d’après, l’ASUAG perd plus de CHF 44 millions. En 1982, l’ensemble des fabriques d’ébauches fusionne au sein d’ETA, Oris est vendue, les pertes dépassent les 156 millions de francs. » De son côté, la SSIH n’est guère en meilleure forme. A tel point que les banques créancières du groupe décident de faire appel à un consultant externe : Hayek Engineering.

La suite de l’histoire est nettement plus connue (lire le Dossier Nicolas Hayek), soit la fusion entre ASUAG et SSIH orchestrée par Nicolas Hayek entre 1983 et 1984, Nicolas Hayek qui devient actionnaire majoritaire dans cette nouvelle entité rebaptisée Société Suisse de Micro-électronique et d’horlogerie (SMH) dont le secteur mouvements et composants est entièrement regroupé sous ETA comprenant désormais toutes les sociétés d’Ebauches SA. Aujourd’hui, ETA représente ainsi dix sites de production occupant quelque 6’000 collaborateurs et domine de la tête et des épaules la production suisse de mouvements d’horlogerie après plus de 200 ans d’histoire !

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