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Glashütte ou le miracle horloger allemand (II)
Visite guidée

Glashütte ou le miracle horloger allemand (II)

mardi, 13 mars 2018
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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8 min de lecture

Il y a 150 ans, les pionniers de l’horlogerie allemande jetaient les bases de cette industrie à Glashütte. De nos jours, cette bourgade compte toujours quelques-uns des plus beaux fleurons de la profession, parmi lesquels A. Lange & Söhne et Glashütte Original. Reportage.

À Glashütte, pas besoin de prendre les chemins de traverse pour dénicher les perles horlogères du cru. Celles-ci trônent au centre de cette bourgade comme autant de joyaux de la couronne, reproduisant fidèlement et à l’échelle locale les rapports de force de la profession. En plein centre de cette petite ville de quelque 7’000 âmes, dont le pouls économique bat au rythme de ses manufactures, impossible dès lors de manquer les deux géants qui se font face. Premier édifice à tomber dans l’œil, le monolithe de verre abritant Glashütte Original domine l’Altenberger Strasse de son imposante façade de verre. Tout autour, les bâtiments historiques d’A. Lange & Söhne ont pris leurs aises, extensions à l’appui, pour bien rappeler à qui revient la palme de l’ancienneté. Cette dualité architecturale, si elle répond effectivement au développement historique des deux Maisons, n’en reflète pas moins la concurrence qu’elles se livrent par propriétaires interposés. Entre le Swatch Group, acquéreur de Glashütte Original depuis 2000, et Richemont, repreneur d’A. Lange & Söhne en… 2000, autant dire que le cœur des marchés balance. Les hasards du calendrier quant à l’appétit vorace des deux multinationales pour les spécialités germaniques ont toutefois de quoi interpeller. À n’en pas douter, si les deux ténors de la branche se sont penchés simultanément sur le berceau de l’horlogerie allemande, c’est bien que Glashütte avait encore son mot à dire en matière d’horlogerie. Un mot qui s’est d’ailleurs bien vite transformé en longs discours.

Nouveau bâtiment de la manufacture A. Lange & Söhne
Nouveau bâtiment de la manufacture A. Lange & Söhne
L’incontournable A. Lange & Söhne

À Glashütte, impossible de parler d’horlogerie sans que le nom de Ferdinand Adolph Lange (1815-1875) soit mentionné ou alors celui de son arrière-petit-fils Walter Lange (1924-2017), quand ce n’est pas la Place portant le patronyme familial que l’on traverse. C’est simple, si tous les chemins mènent à Rome, en passant par la Saxe allemande, ils transitent inévitablement par A. Lange & Söhne. Sans vouloir s’appesantir sur l’histoire des lieux, il faut en effet savoir que les Lange ont non seulement fondé la première manufacture à Glashütte en 1845 mais également relancé l’activité horlogère dans la ville à la chute du mur de Berlin et ce, à un moment où la montre mécanique n’était certainement pas en odeur de sainteté. Il en résulte une osmose parfaite entre la Maison et le site qui l’a vu naître. Si bien que toute personne active dans l’horlogerie à Glashütte, autrement dit la quasi-totalité des forces travailleuses de la cité, a un jour ou l’autre œuvré pour A. Lange & Söhne, comme on peut s’en rendre compte au fil des visites d’entreprise de l’endroit. Aucune autre unité industrielle des lieux n’aurait ainsi pu attirer le regard des plus hautes instances dirigeantes du pays comme A. Lange & Söhne a réussi à la faire. C’est donc Angela Merkel en personne qui s’est déplacée en 2015 pour inaugurer la nouvelle manufacture d’une Maison qui fait pratiquement partie du patrimoine allemand.

Inauguration de la nouvelle manufacture A. Lange & Söhen avec Angela Merkel
Inauguration de la nouvelle manufacture A. Lange & Söhen avec Angela Merkel

Cette visite, objet d’une grande fierté chez A. Lange & Söhne, est en effet venue couronner un splendide retour en grâce d’un horloger dont la réputation avait largement dépassé les frontières du temps de sa grandeur passée. Que de chemin parcouru en effet depuis la renaissance de la Maison il y a une trentaine d’années ! « Jusqu’à l’expropriation de la marque en 1945, A. Lange & Söhne avait toujours été une entreprise familiale, explique Wilhelm Schmid, CEO de la Maison. C’est cet esprit qu’a voulu recréer Walter Lange en enregistrant à nouveau le nom de la société en 1990, tout en reconstruisant les liens de la marque avec son passé. Et cela passait par la démonstration d’une parfaite maîtrise technique. Quatre ans plus tard, à un moment où la mécanique horlogère était totalement dominée par ETA, A. Lange & Söhne est ainsi arrivé avec quatre nouveaux calibres allant du plus simple au plus compliqué. Du jamais-vu. » La Lange 1, qui faisait partie du lot, a très vite stigmatisé le retour de la marque aux avant-postes de la profession. Et ce n’était qu’un début. Depuis, A. Lange & Söhne a développé pas moins de 50 calibres manufacture pour une production annuelle qui tend vers les 6’000 pièces par an distribuées dans 220 points de vente dont 17 boutiques en propre. À ce jour, la Maison emploie 750 collaborateurs dont 650 à Glashütte pour un retour au bercail qui fait déjà date dans l’esprit des collectionneurs.

L’industrieuse Glashütte Original

Si A. Lange & Söhne a pu redémarrer ses activités avec un capital sympathie intact, tel n’a pas été le cas de Glashütte Original. Avant d’être connue sous cette appellation, l’entité répondait en effet à l’acronyme GUB pour VEB Glashütter Uhrenbetrieb, entreprise industrielle nationalisée et constituée en 1951 de la fusion des six unités de production horlogères de la ville. Autant dire qu’après 40 ans d’activité sous la tutelle de l’État GUB ne figurait pas au rang des modèles d’efficacité et de compétitivité. « Les autres sociétés horlogères de Glashütte ont pu démarrer ou redémarrer à partir de zéro, explique Gitte Hammerstöm de Glashütte Original. Elles n’ont donc pas eu à gérer un problème d’image comme nous avons eu à le faire en tant qu’horloger de la RDA. Il a d’abord fallu attendre quatre ans après la chute du Mur pour qu’un repreneur se manifeste. Et l’une de ses premières initiatives a été précisément de racheter tous les stocks de montres GUB pour faire table rase du passé. »

Manufacture Glashütte Original
Manufacture Glashütte Original

L’entreprise a ainsi commencé par fondre comme neige au soleil, passant de plus de 2’000 collaborateurs à 72 personnes ayant la lourde tâche de faire la preuve que la Maison avait bel et bien un potentiel horloger à défendre. En visitant la manufacture telle qu’elle se présente aujourd’hui, force est de constater que le pari a été tenu au-delà de toute espérance. En présentant parmi les premières pièces de son renouveau un modèle à tourbillon volant et quantième perpétuel d’une valeur de près de 300’000 Deutsche Marks, Glashütte Original a d’emblée fait comprendre que la GUB était désormais une vieille histoire. La ligne Senator a très vite suivi, synonyme d’une lente mais sûre montée en gamme destinée à redorer le blason d’une marque dont le nom apparaît en 1916 avec la mention « Original » comme preuve d’excellence face à la prolifération des contrefaçons. Cette remise en orbite est d’autant plus spectaculaire qu’aujourd’hui Glashütte Original est une manufacture parfaitement intégrée qui produit en interne 95 % de ses composants, spiraux compris, et qui possède son propre cadranier avec la Deutsche Zifferblatt Manufaktur à Pforzheim. La Maison possède en outre sa propre école, située dans le Deutsches Uhrenmuseum Glashütte, bâtiment entièrement restauré et rénové grâce au financement du Swatch Group qui abritait déjà à l’époque la célèbre école d’horlogerie de la ville. Cette jeunesse en formation ou déjà intégrée dans la ruche industrieuse que représente cette unité de production au modèle d’organisation « à l’allemande » est d’ailleurs suffisamment présente pour être remarquée, voire remarquable. À Glashütte, on parle d’avenir.

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