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Glashütte ou le miracle horloger allemand (IV)
Visite guidée

Glashütte ou le miracle horloger allemand (IV)

mercredi, 25 avril 2018
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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9 min de lecture

Il y a 150 ans, les pionniers de l’horlogerie allemande jetaient les bases de cette industrie à Glashütte. De nos jours, la réputation horlogère de la ville est telle qu’elle attire de nouvelles vocations, à l’instar de Moritz Grossmann. Quand elles ne s’établissent pas à quelques kilomètres de là, aux portes de Dresde, comme Lang & Heyne. Reportage.

Glashütte, petite bourgade allemande qui condense un savoir-faire horloger de plusieurs générations, a aussi son nid d’aigle. Impossible en effet de manquer cet édifice logé sur un contrefort de la ville dont l’une des façades est taillée comme la proue d’un transatlantique surmontée d’une sorte de tourelle circulaire. Bienvenue chez Moritz Grossmann, du nom d’une des figures marquantes de l’horlogerie allemande. Un horloger du XIXe siècle qui possède une plaque en bronze à son effigie dans le musée local pour avoir fondé la première école d’horlogerie en pays germanique. C’était en 1878, à l’endroit précis où l’on commémore son nom, devenu propriété de la Maison Glashütte Original, située quelques dizaines de mètres plus loin (lire « Glashütte ou le miracle horloger allemand (II) »). Et donc propriété du Swatch Group, qui a d’ailleurs rendu tout son lustre à cet édifice, investissements à l’appui, pour en faire un lieu d’exposition privilégié où l’on célèbre notamment Ferdinand Adoph Lange, fondateur de la première manufacture de Glashütte en 1845. On l’aura vite compris, à Glashütte, où que portent les pas du visiteur, ils l’emmènent inévitablement sur les traces d’un passé entièrement dédié à la mesure du temps, avec ses heures de gloire et ses moments crépusculaires. Le panneau à l’entrée de la ville sonne d’ailleurs comme une vocation séculaire : « Hier lebt die Zeit », peut-on y lire. Ici vit le temps !

La scrupuleuse Moritz Grossmann

Alors peut-être bien que Moritz Grossmann n’est pas le premier personnage qui viendrait à l’esprit lorsqu’il s’agit de citer un horloger célèbre. Mais pour peu que l’on creuse, il en ressort le portrait d’un pionnier des instruments de mesure en terre saxonne, une sorte d’aventurier ayant sillonné l’Europe avant d’installer ses quartiers à Glashütte pour mieux contribuer à son aura internationale naissante. Politicien engagé, auteur de manuels techniques et donc soucieux de la transmission des savoirs, horloger passionné, il devait toutefois décéder sans descendance. Moritz Grossmann n’a ainsi laissé à la postérité qu’une série d’ébauches rachetées par la famille Lange, une production horlogère dont il ne reste que quelques rares spécimens et le souvenir d’un homme scrupuleux, au patronyme se fondant presque anonymement dans la formidable destinée de Glashütte. Dans ces circonstances, Moritz Grossmann serait probablement resté à jamais une silhouette évanescente sur une plaque de bronze muséale si Christine Hutter n’en avait décidé autrement. Horlogère de formation, avec un parcours qui l’a menée successivement de Wempe à Maurice Lacroix, puis d’A. Lange & Söhne à Glashütte Original, elle apprend à connaître Moritz Grossmann à travers sa passion pour la mécanique. Suite logique, avec les velléités d’indépendance qui la tenaillent, c’est tout naturellement à Glashütte qu’elle décide de lancer sa propre marque, et vu le positionnement recherché dans l’horlogerie de prestige, le nom de Moritz Grossmann s’impose comme une évidence, question de démarrer sous de bons auspices.

Moritz Grossmann
Moritz Grossmann

En 2008, Christine Hutter enregistre ainsi sa société à Glashütte, l’année même qui marque le retour de Tutima dans sa ville d’origine (lire « Glashütte ou le miracle horloger allemand (III) »). Mais contrairement à Tutima, le modèle d’affaires de la nouvelle entrepreneuse part d’une page blanche, avec Moritz Grossmann comme figure tutélaire pour bien marquer son territoire. Et celui-ci sera très bien délimité dès la première collection Benu, lancée deux ans plus tard. Depuis, la Maison a investi son nid d’aigle pour lentement mais sûrement y développer son outil de production avec quelques perfectionnements mécaniques à la clé, comme un stop-seconde sur cage de tourbillon breveté, un système d’oscillation inédit avec balancier Grossmann ou un mécanisme de remontage par l’attache du bracelet, une première. On entre là dans un classicisme germanique le plus pur, dont le souci de précision n’a d’égal que le degré de finition. Un seul exemple, qui laisse d’ailleurs pantois les observateurs les plus chevronnés : chez Moritz Grossmann, pas un seul jeu de trois aiguilles standard ne sort de l’atelier avant d’avoir subi tout le processus de finition, qui demande… une journée de travail. Pour un module d’échappement, on passe à trois jours. « Avec une production de quelque 500 pièces par an pour 23 collaborateurs, nous avons pratiquement été obligés de produire le maximum de composants par nous-mêmes, expose Rainer Kern, responsable communication de Moritz Grossmann. Il nous était impossible de les obtenir en temps voulu et avec nos exigences de qualité. Aujourd’hui, nous pouvons répondre à 85 % de nos besoins avec une concentration de nos forces de production pour deux tiers dans la terminaison. » Pour la dernière-née des Maisons de Glashütte, il est des impératifs sur lesquels on ne transige pas.

La passionnée Lang & Heyne

C’est exactement cette même rigueur que l’on retrouve chez Lang & Heyne. Même si l’on sort à proprement parler du fief de Glashütte pour se retrouver aux portes d’une maison cossue dans la périphérie de Dresde, à une trentaine de kilomètres, on y sent cette même passion pour une horlogerie poussée dans ses derniers retranchements. Ici, on joue à plein la carte de l’exclusivité qui s’exprime au travers d’une production annuelle d’une cinquantaine de pièces, 54 exactement en 2017, le meilleur millésime de la Maison dont 400 montres ont à ce jour quitté le bercail. Chez Lang & Heine, c’est clairement d’artisanat qu’il s’agit, avec une philosophie en tout point conforme à celle partagée au sein de l’Académie horlogère des créateurs indépendants, dont la Maison fait partie depuis 2005. Avec un père restaurateur au célèbre Mathematisch-Physikalischen Salon de Dresde, l’un des plus importants musées d’instruments scientifiques historiques au monde, dont nombre de garde-temps proprement extraordinaires, Marco Lang est tombé dans la potion horlogère dès son plus jeune âge. « Mais pour moi, la création était essentiellement un hobby, explique-t-il. Les choses ont commencé à devenir nettement plus sérieuses à la suite du partenariat conclu avec Mirko Heyne, un jeune horloger de talent, qui a donné naissance à Lang & Heyne en 2001. Et si nos chemins se sont séparés depuis, le nom de la manufacture est resté. »

Johann Champlevé © Lang & Heyne
Johann Champlevé © Lang & Heyne

La première apparition à Baselworld en 2002 avec les modèles Friedrich August et Johann sera un coup gagnant. En une semaine, le carnet de commandes est rempli et la Maison peut véritablement prendre son envol. Au début, ce sont des calibres Unitas qui servent de module de base. Mais bientôt Lang & Heyne monte en puissance si bien que, depuis 2005, la Maison s’est progressivement affranchie de ses fournisseurs pour produire aujourd’hui la totalité de ses composants, hors ressorts et pierres, qui viennent constituer les huit calibres manufacture estampillés Lang & Heyne. Des composants au niveau de finition quasi obsessionnel si l’on songe qu’il ne faut pas moins d’une heure de travail pour la terminaison d’une… vis dont la valeur avoisine les 100 euros. Les collectionneurs en redemandent, évidemment, et les investisseurs aussi. Depuis 2013, la Maison, qui compte une quinzaine de collaborateurs, a ainsi intégré Tempus Arte Holding, une entité dont font partie également la marque munichoise Leinfelder et le fabricant de composants Uhren-Werke-Dresden, qui dispose en outre de son propre calibre mécanique UWD 33.1. Cette nouvelle organisation est assurément des plus positives pour la tranquillité d’esprit de Macro Lang. Car une chose est sûre, si l’objectif des 200 pièces annuelles est clairement posé, le chemin pour y parvenir n’est pas chronométré. En attendant, l’horloger pourra continuer à soigner ses montres comme de véritables pépites horlogères, qui toutes sont ancrées dans l’histoire de la région. Les garde-temps Lang & Heine sont en effet tous nommés d’après quelques-uns des 35 dirigeants de la Maison Wettin, qui dirigea la Saxe de 1127 à 1904 et que l’on retrouve à cheval sur la gigantesque mosaïque de porcelaine de plus de 100 mètres de long ornant l’un des murs extérieurs du château de la Résidence à Dresde. Dans la région, l’horlogerie a véritablement des racines.

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