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Haute couture horlogère : les grands couturiers colonisent...
Modes & Tendances

Haute couture horlogère : les grands couturiers colonisent le Jura

mardi, 26 juin 2012
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Carol Besler
Journaliste

“Les montres sont un art fonctionnel.”

Carol Besler assure une couverture mondiale de l’horlogerie et la joaillerie.

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9 min de lecture

Quel est le point commun entre Hermès et Chanel ? Bien entendu, ce sont deux prestigieuses maisons de couture fondées par des figures légendaires et devenues de grands noms du luxe. Mais ce qui les distingue des autres stars des podiums, c’est qu’elles appartiennent au cercle très fermé des horlogers suisses.

L’expression « montre de mode » est née dans les années 1970 et 1980. À cette époque, les maisons de couture concédaient leur nom sous licence à des horlogers qui fabriquaient des montres à quartz ludiques, branchées et abordables. Avatars éphémères d’une tradition par ailleurs un peu figée, ces garde-temps sont apparus à l’apogée de ce qu’on a appelé la révolution du quartz, pendant laquelle l’utilisation d’un tout petit cristal a quasiment plongé l’horlogerie mécanique dans l’oubli.

À la fin des années 1990, l’artisanat d’art et l’authenticité de l’horlogerie mécanique suscitent tout à coup un regain d’intérêt. Depuis, semble-t-il, plus le minuscule mécanisme caché à l’intérieur du boîtier est compliqué, plus la montre est appréciée (et plus elle est chère). L’horlogerie mécanique connaît un nouvel essor. Peu à peu, les montres à quartz, moins prestigieuses, sont reléguées à l’arrière-plan et l’expression « montre de mode » devient péjorative.

Rien d’étonnant à ce que Chanel et Hermès se soient installées en Suisse quand elles ont décidé de se lancer dans l’horlogerie.

Aujourd’hui, les marques les plus recherchées sont celles qui fabriquent elles-mêmes leurs mouvements mécaniques. Avant de donner son nom à une création horlogère, une maison de couture a donc intérêt à s’assurer que la montre contient bien un mouvement répondant à ce critère. Rien d’étonnant à ce que Chanel et Hermès se soient installées en Suisse quand elles ont décidé de se lancer dans l’horlogerie. Si, à l’origine, elles ne sont pas des marques horlogères, chacune d’elles est néanmoins restée profondément fidèle à ses racines.

« Le luxe doit être confortable »

Le style Chanel, par exemple, est né dans l’orphelinat religieux d’Aubazine, en France, où les religieuses apprirent à la jeune Coco à coudre avec minutie et à s’habiller simplement et confortablement. « Le luxe doit être confortable, sinon ce n’est pas du luxe », aimait-elle à répéter. Depuis les années 1920, la marque applique ce principe à toutes ses créations, y compris à ses montres.

La J12, introduite en 2000, a acquis presque instantanément un statut emblématique – devenant à l’horlogerie ce qu’est le sac matelassé à la maroquinerie – et a lancé dans le monde entier la mode des montres en céramique. Avec ses lignes et son cadran épurés, ses dimensions sur mesure et son assemblage rigoureux, elle suit parfaitement les règles de la haute couture, le premier métier de mademoiselle Chanel. Et comme tous les produits portant la griffe Chanel, ce garde-temps est réalisé à partir de matériaux de la plus haute qualité, avec une extrême attention portée aux détails et à la finition. (Si l’on additionne toutes les étapes du contrôle de la qualité, une seule J12 subit entre 1’000 et 2’000 vérifications tout au long de sa fabrication – depuis le mouvement jusqu’au bracelet, en passant par le cadran, les aiguilles, le boîtier, la boucle, le fermoir et le sertissage des pierres.) Sur la plupart des contrefaçons, les maillons du bracelet en céramique, par exemple, ont tous la même dimension, la même forme et la même épaisseur : il est évident qu’ils ont été réalisés à partir de deux moules seulement, l’un pour les maillons extérieurs, l’autre pour les maillons centraux. Le véritable bracelet Chanel, lui, nécessite 20 moules différents, ce qui lui donne une allure effilée et une épaisseur variant d’un bout à l’autre. Telle une robe parfaitement coupée, il est très confortable à porter. Mademoiselle Chanel l’aurait certainement décrit comme un objet de pur luxe.

C’est par Renaud & Papi, l’un des plus prestigieux ateliers suisses de conception de mouvements, que Chanel fait réaliser ses mouvements exclusifs, et notamment son tourbillon. Les montres sont fabriquées et assemblées chez G&F Châtelain, une manufacture suisse rachetée par Chanel en 1993. Cette acquisition permet à Chanel de maîtriser totalement le processus de production en mobilisant ses propres horlogers, assembleurs, sertisseurs et spécialistes du contrôle qualité, qui testent chaque garde-temps. Chanel est également la seule manufacture horlogère en Suisse à assurer le mélange et la cuisson de la céramique directement à partir de la poudre, une opération également réalisée chez Châtelain. « Il a fallu du temps pour bien posséder cette technologie », reconnaît Philippe Marti, directeur général de Châtelain. « Deux à trois années de recherche ont été nécessaires pour parvenir à la formule désirée. »

Chaque fois que c’est possible, Hermès s’efforce de développer son savoir-faire en interne.
Luc Perramond
Le savoir-faire artisanal à l’origine du produit

Comme Chanel, Hermès associe haute technologie et savoir-faire artisanal. En 2006, la marque acquiert 25 % des parts de Vaucher, un fabricant de mouvements haut de gamme à Fleurier, près de Genève, qui a lancé cette année un nouveau calibre Hermès. « Chaque fois que c’est possible, Hermès s’efforce de développer son savoir-faire en interne », déclare Luc Perramond, président du pôle horloger de la marque. « Ce qui nous intéresse, c’est le travail artisanal qui donne forme au produit. Ce souci est à la fois un gage de plus grande authenticité et un moyen de contrôler la qualité. » En 2012, la marque a lancé deux nouveaux mouvements déclinés à partir du calibre de base, dont l’un aux dimensions réduites, afin de pouvoir se glisser dans le boîtier d’une montre dame. « Rares sont les marques qui proposent des mouvements spécialement dédiés aux femmes », souligne Luc Perramond.

Clin d’œil à ses origines, Hermès équipe ses montres de bracelets en cuir cousus à la main. Après tout, c’est un sellier, Thierry Hermès, qui a fondé la marque. En 1837, il ouvre à Paris un atelier de harnais fréquenté par la noblesse européenne. Les célèbres sacs Birkin et Kelly d’aujourd’hui sont les héritiers de ces sacoches de selle haut de gamme pour hommes. C’est aussi le cas des bracelets des montres Hermès, qui s’appuient à de nombreux égards sur les mêmes techniques de fabrication, comme la méthode plein cuir (des bandes de cuir reliées par une piqûre à la main) et, bien entendu, le point sellier, bien plus difficile qu’il n’y paraît.

Des critères exigeants

Lors d’une récente visite à l’atelier du cuir de La Montre Hermès, près de Neuchâtel, en Suisse, j’ai compris pourquoi il faut deux heures de travail pour fabriquer un bracelet à la façon d’Hermès. On m’a expliqué les subtilités de la finition d’un bracelet de montre – une étape qui demande à elle seule une heure de travail. J’ai pu observer un artisan réaliser adroitement quelques points sellier, une spécialité de la marque, puis finir un bord en enchaînant toute une série de procédures nécessitant de la cire, des teintures, de la colle, du papier de verre, un marteau et un instrument de découpe qui ressemble à une minuscule faux. De mes tentatives personnelles, je retiens surtout que cela n’a rien de simple. En m’essayant à la technique à deux aiguilles du point sellier, j’ai cassé deux fois le fil. Je me suis également rendu compte qu’on a tôt fait, avec des mains inexpérimentées, de percer des trous beaucoup trop gros – c’est tout un art de manier correctement les outils – et d’exagérer le collage, le polissage et le chauffage de la couture sur un bracelet artisanal. En voyant le résultat de mes efforts, la dame en charge du contrôle qualité, à l’entrée de l’atelier, n’a pu s’empêcher de rire – j’étais bien loin des critères Hermès.

Hermès fait la preuve de la même qualité de finition dans une collection joliment appelée les « séries soie », dont les cadrans sont méticuleusement émaillés pour reproduire en miniature les motifs des célèbres écharpes et cravates en soie de la marque.

Chanel, dans un vibrant hommage à sa riche tradition et au style de sa fondatrice, a également lancé une série de cadrans émaillés grand feu, inspirés des somptueux paravents en laques de Coromandel qui ornent les murs de l’ancien appartement de Coco Chanel, juste au-dessus du flagship parisien de la marque, au 31 rue Cambon. Les finitions de ces garde-temps témoignent d’une absolue maîtrise des métiers d’art horlogers et peuvent rivaliser avec les critères exigeants d’une robe couture. Voilà qui va plaire aux dames assises au premier rang.

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