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Hong Kong, une plateforme horlogère menacée
Economie

Hong Kong, une plateforme horlogère menacée

lundi, 8 juin 2020
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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Pour les horlogers, les coups durs s’accumulent à Hong Kong. Cette région administrative spéciale, qui n’est déjà plus le principal marché d’exportation pour les Maisons helvétiques, pourrait également perdre de son intérêt en tant que plateforme commerciale pour la région.

Depuis bientôt un an, les enjeux politiques, doublés de la pandémie mondiale, sont en train de miner progressivement l’attrait de Hong Kong, non seulement comme centre touristique majeur mais également comme plateforme d’échange régionale. Le bras de fer engagé entre la Chine et sa région administrative visant à mettre ses libertés sous tutelle est en effet en train de rallumer le feu dans les rues de Hong Kong, non sans provoquer des tensions internationales, notamment avec les États-Unis, qui accusent déjà la Chine d’être à l’origine de la pandémie du coronavirus, et depuis peu avec le Royaume-Uni de Boris Johnson. Autrement dit, pour les horlogers, rien ne va plus ! « Je me demande si la situation à Hong Kong pourrait être pire que celle que l’on connaît aujourd’hui », résume sobrement Jean-Daniel Pasche, Président de la Fédération horlogère suisse.

Statut préférentiel en question

De fait, après l’agitation de l’année dernière, l’actuelle volonté du Parti communiste chinois d’imposer une loi visant à « empêcher, stopper et réprimer toute action qui menace gravement la sécurité nationale » à Hong Kong est d’ores et déjà considérée comme un coup fatal porté au principe « un pays, deux systèmes ». Et ce, au mépris des engagements pris lors de la rétrocession du territoire en 1997. « Nous avons vu des concepts similaires utilisés pour écraser le moindre plaidoyer démocratique en Chine et arrêter les dissidents et avocats des droits de l’homme, explique dans Le Temps Wilson Leung, cofondateur du groupe des avocats progressistes de Hong Kong. Pékin s’apprête à faire de même à Hong Kong et à prendre le contrôle absolu au risque de détruire le statut de ce centre international où chambres de commerce, entreprises et ONG étrangères sont présentes par centaines. »

L’essor économique chinois a été parfaitement orchestré pour diluer l’importance économique de Hong Kong.

Dans un contexte déjà tendu entre les États-Unis et la Chine, engagés dans un vrai rapport de force sur leurs échanges commerciaux, le Président Donald Trump a clairement laissé entendre qu’il était prêt à prendre des sanctions économiques contre Hong Kong. Ce qui mettrait ainsi fin au statut commercial préférentiel accordé au territoire et porterait gravement atteinte à son rôle de carrefour financier et commercial de la région. Boris Johnson lui emboîtait le pas, prêt à accueillir dans le pays les millions de Hongkongais désireux de fuir leur pays pour embrasser la nationalité britannique. Si l’on en est aujourd’hui encore au stade des menaces, elles n’en sont pas moins à prendre au sérieux. Car le Parti communiste chinois n’est certainement pas prêt à perdre la face en faisant machine arrière. D’autant que l’essor économique chinois a été parfaitement orchestré ces dernières années pour diluer l’importance de Hong Kong comme centre économique et financier. Au début des années 1990, 45 % des exportations chinoises transitaient encore par Hong Kong, contre 12 % en 2019. La part de Hong Kong dans le PIB chinois a suivi exactement la même tendance, passant de 18 % au moment de la rétrocession à 4 % aujourd’hui, selon la Banque mondiale.

Double effet de ciseau

Pour les horlogers, il s’agit d’un double effet de ciseau. Dans un premier temps, ce sont les touristes qui ont déserté Hong Kong. Encore au nombre de 65 millions en 2018, dont 50 millions de Chinois, pour une manne de plus de 40 milliards de dollars se déversant annuellement sur la ville, dont 45 % dévolus au shopping, ils sont aujourd’hui aux abonnés absents. Étant donné la densité des boutiques sur le territoire, le problème est patent, vu le recul de 65,8 % des ventes directes (sell out) de montres et bijoux enregistré sur les quatre premiers mois de l’année 2020, selon le rapport de Mercury Project. Pour l’ensemble du commerce de détail, qui a vu ses ventes directes baisser de 35 % sur la même période, c’est devenu une question de survie selon l’organisation faîtière, la Hong Kong Retail Management Association.

Les horlogers suisses font transiter par Hong Kong leurs produits destinés à la Chine pour contourner les droits de douane.

La deuxième question concerne Hong Kong en tant que plateforme d’échange. Un rôle majeur pour ce territoire dont 90 % des exportations sont en fait des réexportations qui, pour moitié, prennent le chemin de la Chine. C’est exactement le cas pour les Maisons horlogères helvétiques qui profitent des accords de libre-échange conclus avec Hong Kong pour y faire transiter leurs montres destinées à la Chine en contournant les droits de douane. Mais là également, cet avantage comparatif est en train de pâlir. Le pays de Xi Jinping a déjà largement diminué les taxes sur les produits de luxe importés afin d’encourager la consommation domestique, indispensable relais de croissance pour son économie. Si, de surcroît, Hong Kong devait être mis au ban par la communauté internationale en raison de l’ingérence chinoise sur son territoire, un brassage des cartes commerciales semble inévitable dans la région. Virus ou pas.

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