>SHOP

restez informés

Inscrivez-vous à notre newsletter mensuelle pour recevoir des infos et tendances exclusives

Suivez-nous sur toutes nos plateformes

Pour encore plus d'actualités, de tendances et d'inspiration

© 2019 - Copyright Fondation de la Haute Horlogerie Tous droits réservés

Horloge astronomique signée Johann Sayller au Landesmuseum...
Histoire & Pièces d'exception

Horloge astronomique signée Johann Sayller au Landesmuseum Wuerttemberg

Monday, 03 September 2012
Par Dr Irmgard Müsch
fermer
Dr Irmgard Müsch

Lire plus

CLOSE
9 min de lecture

Par la qualité de ses matériaux, l’élégance de son design et la finesse de ses prouesses techniques, l’horloge de table astronomique argentée signée Johann Sayller (1597–1668) est l’une des pièces maîtresses de la collection horlogère du au Landesmuseum Württemberg (musée régional de Wurtemberg) comptant quelque 700 pièces.

Ces fonds sont essentiellement constitués d’ acquisitions faites par le Landesgewerbemuseum dans le but de promouvoir l’activité artisanale locale en présentant des objets exceptionnels, tant au niveau technique qu’artistique, en provenance d’Allemagne et de l’étranger. Le musée a ainsi fait l’acquisition de pièces horlogères remontant à l’époque du gothique flamboyant jusqu’au 19e siècle, la collection donne donc un aperçu concret de l’horlogerie internationale depuis son origine jusqu’au 19e siècle. Aujourd’hui, l’accent est mis sur l’acquisition de garde-temps réalisés par les maîtres-horlogers de la région de Wuerttemberg dont Johann Sayller et Philipp Matthäus Hahn.

Aspects extérieurs

L’horloge a la forme classique d’une horloge tourelle. Quatre pieds moulés en forme de lions, sortant d’une créature imaginaire en forme de poisson se terminant en volutes de part et d’autre et dotées d’ailes de dragon, portent le corps carré de l’horloge. Délimité par des contours francs, le socle est surmonté d’un boîtier aux parois latérales rectangulaires lisses et aux angles décorés de personnages moulés en forme d’hermès féminins à ailes. Une série d’arcades sciées dotée de piliers d’angle massifs surmontés d’obélisques forment la transition vers la corniche d’où s’élève le clocher octogonal aux parois ajourées et ornées d’un feuillage gravé symétrique. La partie plate supérieure du clocher est dotée d’une plaque argentée horizontale et pivotante sur laquelle l’âge de la Lune (2-29½) est indiqué et les quatre phases lunaires représentées, elle est agrémentée d’une Lune argentée. Au-dessus, formant un baldaquin et porté par huit volutes moulées, se trouve la flèche de clocher en forme d’oignon, surplombé d’un obélisque squeletté.

Le cadran frontal est décoré d’une scène de combat avec un château fort en arrière plan. Une aiguille gravée et plaquée or indique, sur le cercle intérieur, les heures de la Petite Horloge. L’aiguille des minutes en métal bleui fait le tour du cadran en deux heures et indique les minutes ainsi que les quarts d’heure (deux fois les chiffres romains I-IIII) sur une séparation clair-obscur. Le remontage du mouvement s’effectue à l’aide du carré situé sous le cadran.

Le verso comprend un grand cadran et deux plus petits. Le petit cadran de gauche indique les jours de la semaine à l’aide des divinités associées aux planètes désignées en latin et leur allégories. Le petit cadran de droite doté d’une représentation gravée de Mucius Scaevola, héros de la République Romaine indique les heures qui passent à l’aide d’une aiguille dorée.

La longue aiguille bleuie du grand cadran indique la date du jour sur le cercle extérieur avec une graduation de 5 en 5 tandis que l’aiguille dorée, joliment découpée et gravée, indique le mois. L’extrémité arrière de l’aiguille dorée ornée d’un Soleil indique la position de ce dernier dans le zodiaque de 10 en 10 jours sur le cercle intérieur. L’espace au centre est décoré de lambrequins et d’un ornement grimpant.

Sur le côté latéral se trouve un petit cadran régulateur doté des chiffres 1 à 8 et du chiffre 10. Il est signé « Johann Sayller fecit Vlm ».

Johann Sayller (1597–1668), horloge astronomique de table en argent à réserve de marche de trois mois, Ulm vers 1630 (détail) © Photos : Landesmuseum Württemberg / H. Zwietasch
Mouvement

Les platines et les piliers de ce mouvement structuré et épuré tout comme la majeure partie des rouages sont en laiton doré, Les axes sont en fer. La platine inférieure est, elle aussi, signée « Johann Sayller fecit Vlm ».

En observant le mouvement avec attention, on découvre une fusée extrêmement grande sous laquelle est logé, dans le socle du boîtier, un tambour tout aussi impressionnant (18 cm de diamètre, 9 cm de haut). Le grand ressort et sa grande force motrice assurent une réserve de marche de trois mois, durée inédite pour l’époque.

Le tambour et la fusée sont reliés par une chaîne solide. Le remontage de l’horloge s’effectue en tournant la fusée à l’aide d’un carré. La chaîne remplit ensuite toutes les cannelures de la fusée. L’enroulage de la chaîne autour de la fusée entraîne le débobinage du tambour. Afin d’armer le ressort le tambour doit lui aussi être remonté. La variation de la circonférence de la fusée compense alors la baisse de tension du ressort occasionnée au cours des trois mois de fonctionnement et garantit une force motrice constante.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la force motrice du ressort n’a pas d’impact direct sur le rouage des aiguilles via la fusée. L’énergie motrice est bien davantage transmise au carillon (avec volant) et, guidée par celui-ci retransmis à un deuxième tambour en forme de boîte placé derrière la paroi avant. Lorsque le carillon est déclenché, la fusée se déplace légèrement tout en remontant le ressort sensiblement plus petit du véritable mouvement via sa grande couronne dentée à l’aide d’une impulsion. Ce ressort étant remonté en permanence, il atteint sa plus haute tension après 12 heures et sa plus basse tension après 6 heures, mais n’atteint son ancienne tension qu’après 6 heures supplémentaires, si bien que le prochain cycle de 12 heures peut se répéter dans les mêmes conditions.

La sonnerie ainsi que la transmission de l’énergie sont contrôlés par le petit ressort via l’échappement logé sous le toit. Cet échappement se compose d’un balancier et d’une ancre dont les deux extrémités s’emboîtent tour à tour dans une roue dentée. L’échappement à ancre a été inventé en 1715 en Angleterre, cela signifie que cette précieuse horloge de Johann Sayller a subi des transformations techniques en vue d’une modernisation près de 100 ans après sa création.

L’ horloger

Né en 1597 à Angelberg en Bavière, Johann Sayller s’installe à Ulm en 1617 où il travaille chez un horloger. Son brevet professionnel en poche, il obtient en 1624 la citoyenneté de la ville d’Ulm. Il est nommé Maître de corporation par les horlogers de la ville en 1646 et décède en 1668 dans la ville libre de l’Empire.

Avant le milieu du siècle, à savoir avant que le pendule ne fasse sont apparition dans le monde de l’horlogerie, Sayller a expérimenté différentes innovations techniques qui ont ouvert la voie vers une plus grande précision de marche. Il a également créé une horloge à billes. Cette dernière est en la possession du Landesmuseum, tout comme une autre horloge en forme de tourelle, une horloge de table horizontale ainsi que deux horloges de poche.

Le Maître horloger a collaboré avec plusieurs orfèvres. Depuis le bas Moyen-âge, l’orfèvrerie à Ulm a toujours eu une réputation considérable même si elle n’a jamais atteint la notoriété des produits d’orfèvrerie fabriqués à Augsbourg ou Nuremberg. Les orfèvres travaillaient majoritairement pour les classes supérieures de la ville et fabriquaient de précieuses couvertures pour livres de prière, des calices de messe à offrir lors des baptêmes et, surtout, des décorations de table et des récipients pour les différentes festivités. Le boîtier de l’horloge tourelle est estampillé à deux reprises du tampon de contrôle de la ville d’Ulm ainsi que du poinçon de maître de l’orfèvre Hans Jerg Merckle l’Ancien (1588–1634).

L’année d’obtention du brevet de maîtrise de Johann Sayller et la date de décès de l’orfèvre H. J. Merckle permettent de situer l’année de création de l’horloge tourelle entre 1626 et 1634. Cette horloge à la fois très séduisante sur le plan esthétique et très complexe sur le plan technique est présentée à partir du 25 mai 2012 au Württembergisches Landesmuseum de Stuttgart dans la cadre de la nouvelle exposition sur l’histoire de la civilisation de Wurttemberg : « Legendäre MeisterWerke – Kulturgeschichten aus Württemberg ».

Bibliographie : Volker Himmelein, Uhren des 16. und 17. Jahrhunderts, Württembergisches Landesmuseum, Stuttgart 1973, N° 42

La mesure du temps, un art séculaire
L’art de la mesure du temps est une activité qui fait partie des grands progrès de l’humanité. En conséquence, les lieux consacrés à la conservation de ce patrimoine séculaire, souvent méconnus, se comptent néanmoins par dizaines. Pour faire revivre cette richesse culturelle, le HH Magazine se propose de présenter des pièces d’exception pour leur valeur aussi bien technique, historique qu’esthétique. Cette chronique met en lumière un garde-temps choisi et décrit par le conservateur de la collection horlogère d’un des quelque 200 musées publics ou privés abritant un patrimoine horloger parmi leurs collections.

Haut de page