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J’adore les montres. Docteur, c’est grave ? – Partie 1
Regards de connaisseurs

J’adore les montres. Docteur, c’est grave ? – Partie 1

jeudi, 9 janvier 2020
Par Laurent Picciotto / Chronopassion
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Laurent Picciotto / Chronopassion

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6 min de lecture

Au travers d’une série de cinq portraits, Chronopassion décortique la mécanique de la passion horlogère, de sa genèse à son essor, en passant par ses symptômes, ses sujets à risques, jusqu’à ses (rares) cas de guérison. Première partie.

Les toqués de la tocante sont-ils tous fous ? Pas tous, non, en tout cas pas au même degré. En réalité, sous ce champ lexical médical se cachent de subtiles variations comportementales. Les plus bénignes se traduisent par un arrêt automatique devant toute pièce horlogère, les cas les plus prononcés, par une quête possessive de la montre ultime, laquelle est toujours, naturellement, la suivante. Après 25 ans de relations horlogères parfois intimes, toujours émotionnelles, Chronopassion s’approche d’une définition assez précise des différents sociotypes de clients horlogers à tendance pathologique. La preuve par cinq.

Épisode 1 : « La jeunesse, c’est la passion pour l’inutile » – Raymond Aron

Ou comment la passion horlogère prend ses racines dans l’enfance

Pour le quidam, la montre est un apparat, un simple bijou, voire un objet utilitaire – en somme, un objet extérieur. Pour le passionné d’horlogerie, la montre fusionne avec son propriétaire, elle le représente, l’habite. Toute personne qui se sent nue sans son garde-temps a en elle les germes d’une passion horlogère qui peut atteindre un degré pathologique. D’où viennent ces germes ? « Nous sommes tous tombés dedans durant l’enfance, souligne Laurent Picciotto. Dès la cour de récréation, il y a ceux qui ont une montre, et ceux qui n’en ont pas. Il y a déjà, en filigrane, un sentiment de fierté qui se dessine chez l’enfant ou le jeune adolescent. »

La montre renvoie à l’image du père.

La montre renvoie aussi à l’image du père, à la possession de cet objet intimement lié à lui. Posséder une montre, pour un enfant, c’est se mettre sur un pied d’égalité avec son père en ayant le même objet dont il aura lui aussi la jouissance intime et exclusive. Doit-on y voir l’un des premiers signes de passage à l’âge adulte ? « Non, mais avec une montre chacun, l’enfant et son père partagent le même jouet qui leur procure, au final, la même émotion. »

La seule différence vient, entre les âges, du degré d’exposition de la pièce : alors qu’un jeune enfant exhibera son trophée à son poignet à qui veut le voir – et même à ceux qui ne le veulent pas ! –, un homme de 50 ou 60 ans aura un rapport moins exhibitionniste à sa montre… en théorie du moins. Car, comme le souligne Laurent Picciotto, « nous savons que la passion horlogère, dont Chronopassion est le fournisseur officiel assumé et revendiqué, se nourrit du plaisir égoïste d’avoir une belle pièce au poignet mais aussi, de temps à autre, de celui venant du clin d’œil complice d’un autre amateur anonyme qui l’aura repérée ! ».

Épisode 2 : « Les vraies passions sont égoïstes » – Stendhal

Ou comment un intérêt personnel grandit en passion égoïste

Le tableau de maître s’expose au public, la voiture de collection permet de parcourir le monde, mais la montre est réservée à l’unique jouissance de son propriétaire. C’est un fait, la passion horlogère n’est pas une passion sociale. Elle prend ses racines dans un terreau familial pour grandir à l’écart de ses membres, en solitaire. Lorsque la porte de l’obsession horlogère s’entrouvre devant le jeune homme, s’ouvre à lui un territoire d’une immensité telle qu’il pourra y perdre sa vie d’adulte. Franchir son seuil, c’est passer de la passion à la pathologie, de l’intérêt à l’addiction.

Le champ de connaissance horlogère est si vaste que les premiers pas laissent déjà entrevoir des horizons qui appellent à la découverte.

La particularité du phénomène tient à sa nature autosuffisante : le champ de la connaissance horlogère est si vaste que la simple volonté d’y faire quelques pas laisse entrevoir des horizons qui, à leur tour, appellent à la découverte. « L’amateur horloger éprouve à ce stade une fascination passionnelle, décrypte Laurent Picciotto. L’intérêt est perpétuellement nourri par l’envergure du sujet. Comment rester sourd et aveugle aux trésors esthétiques et techniques développés sans cesse par tous ces horlogers de génie ? Pour moi, ce n’est pas envisageable. C’est cette sensibilité personnelle que je partage avec mes clients. »

Épisode 3 : « Toute forme d’absolu relève de la pathologie » – Nietzsche

Ou comment la passion peut dériver en pathologie

Certains signes traduisent le passage du sujet dans une certaine forme de pathologie. Le premier d’entre eux est la dépendance. Au degré le plus faible, il s’agit de se sentir nu sans garde-temps au poignet. À un stade plus avancé, il ne s’agit plus de porter, mais de posséder. Interviennent alors différents profils pathologiques : « Il y a d’abord le remplisseur de cases, qui se doit de posséder tous les modèles de telle série ou de telle marque, détaille Laurent Picciotto. Il y a ensuite le collectionneur, pour qui le volume apporte une cohérence à sa passion : 50 pièces, 500, 1’000… Le nombre importe peu tant qu’il y a encore des recoins de collection à découvrir. Enfin, il y a l’acheteur compulsif : le volume importe cette fois peu, mais il court après la pièce ultime, et chaque montre acquise comporte, en quelque sorte, un élément de cette pièce ultime. Laquelle, naturellement, relève du fantasme. Pour lui, la pièce ultime est toujours la suivante. »

C’est ce même moteur qui anime Chronopassion. La recherche perpétuelle de quelque chose de nouveau, d’une complication inédite, d’un design original, est la clé du choix de nouvelles pièces. « Le choix de nos collections est guidé par les mêmes motivations que le choix de mes propres pièces. Pour que je rentre une nouvelle montre, il faut qu’elle apporte quelque chose de nouveau à ce que je proposais déjà. En cela, je reste en phase avec nos amateurs horlogers, qui y retrouvent leur quête sans fin de la pièce ultime, qui proposent toujours quelque chose qu’ils n’avaient pas déjà vu. »

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