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La douce nostalgie cubaine de Cuervo y Sobrinos
Histoire & Pièces d'exception

La douce nostalgie cubaine de Cuervo y Sobrinos

vendredi, 19 décembre 2008
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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5 min de lecture

Cuba, la perle des Caraïbe, fin des années 40 et début de la décennie suivante. La première constitution démocratique est en vigueur. Le pays vient d’être reconnu au niveau international pour faire désormais partie des Nations Unies. Le président Batista fait des allers et retours au pouvoir avec le soutien des Etats-Unis, tout puissants sur l’île pour avoir la main mise sur l’essentiel des mines, des exploitations agricoles et des services publics. Au tournant du siècle, les Américain avaient déjà afflué en masse à la Havane en raison de la Prohibition. Cinquante ans plus tard ils se laissent à nouveau séduire par une ville devenue le centre névralgique de la région en termes de corruption, de jeux et de trafics en tous genres.

Cette ambiance délétère n’est d’ailleurs pas sans attirer artistes, intellectuels, scientifiques et acteurs célèbres, au moment même où la musique cubaine teinté de jazz américain envahit les radios et attire les amateurs du genre dans le fameux night club Tropicana de la Havane où Guillermo Barreto fait merveille aux côtés des Nat King Cole et autre Tommy Dorsey.

Une envergure internationale

Le décor est planté mais pas tout à fait exhaustif sans mentionner la boutique « La Casa », installé sur la prestigieuse Avenida Quinta de la ville. Une boutique qui arbore fièrement l’enseigne Cuervo y Sobrinos (Cuervo & Neveux) depuis 1882. C’est là que se pressent les Albert Einstein, Clark Gable, Winston Churchill, Neruda, Caruso ou Eleonora Duse pour qui les garde-temps de cette Maison ont ce charme latin inimitable des tropiques où le temps semble s’écouler au rythme langoureux de la salsa. En une cinquantaine d’année, Cuervo y Sobrinos, marque fondée par par Ramon y Cuervo, maître horloger-joaillier, développée ensuite pas ses neveux, dont Armando Rio y Cuervo, au sein d’ateliers d’horlogerie propres, s’est forgé une véritable réputation sur tout le continent américain. Mais pas seulement.

Durant ces années où Cuba brille de mille feux aux yeux de l’intelligentsia, la Maison a essaimé sur le Vieux continent via des succursales fondées à Pforzheim et Baden en Allemagne pour l’accès aux métaux précieux et aux pierres, puis à Paris, pour la production joaillière, et enfin, centre horloger naturel oblige, à la Chaux-de-Fonds. Cuervo y Sobrinos est alors au sommet de sa gloire, autant reconnu que les célèbres Maisons suisses, italiennes ou françaises qui, elles, ont fait le chemin inverse à la conquête du Nouveau monde. Les grands horlogers déjà actifs à l’époque ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Non seulement « La Casa » havanaise proposait leurs produits mais elle a également réussi le tour de force de pouvoir inscrire son propre nom, Cuervo y Sobrinos, sur le cadran de montres coproduites avec des ténors comme Patek Philippe, Rolex ou Longines, comme les marques le faisaient alors avec Tiffany à New York ou Cartier à Paris.

Cuervo y Sobrinos, marque fondée par par Ramon y Cuervo, maître horloger-joaillier, développée ensuite pas ses neveux © Cuervo y Sobrinos
Cuervo y Sobrinos, marque fondée par par Ramon y Cuervo, maître horloger-joaillier, développée ensuite pas ses neveux © Cuervo y Sobrinos
« El Tiempo Lento »

Las, la révolution cubaine de 1959, vient mettre un terme aux rêves de Cuervo y Sobrinos. Une partie de la famille s’exile en Europe et l’activité, si flamboyante lors des années de gloire, tombe progressivement dans l’oubli. Pendant une quarantaine d’années, la marque sommeille, encore présente auprès des seules connaisseurs qui, un jour ou l’autre, ont croisé le chemin de la manufacture d’origine cubaine. C’était compter sans Luca Musumeci, spécialiste de montres anciennes et historien de l’horlogerie, qui acquiert les droits de la marques en 1997 lui permettant d’accéder aux archives et aux patrimoine de la Maison, enfouis dans les sous-sols de l’ancienne « La Casa » à la Havane. Il y découvre mouvements, esquisses, registres des ventes, dessins de modèles anciens et commence à rassembler sur les marchés de collectionneurs des pièces originales de la marque. En 2001, nouveau pari, celui de relancer Cuervo y Sobrinos qui dispose désormais d’un siège à Lugano et des capacités de production à La Chaux-de-Fonds. C’est chose faite dès l’année suivante, notamment en Europe avec, comme premier objectif, les marchés latins : Italie et Espagne.

Depuis, pour gagner en notoriété, Cuervo y Sobrinos a créé le prix « Latino Internàcional » récompensant une personnalité latine reconnue pour son domaine d’excellence. Pedro Almodovar et Andy Garcia en ont été les premiers récipiendaires. S’ensuit une ouverture à la distribution internationale et, surtout, en 2005, le lancement d’un calibre propre de manufacture, le CYS 2450 développé en collaboration avec les spécialistes de l’Arc jurassien et intégré dans l’Espléndido chronographe monopoussoir. Le CYS 2854 suivra dans la Robusto Tourbillon qui propose une cage de tourbillon et des aiguilles en silicium. Soit des modèles phares qui viennent compléter les gammes classiques animées de mouvements ETA et Valjoux modifiés au sein de la Maison. Mais malgré cette multiplication de nouveaux projets, Cuervo y Sobrinos reste fidèle à son esprit cubain du « Tiempo Lento », le temps de la Havane, où les heures ne s’égrènent pas avec la même constance que sous des latitudes « industrielles » et qui représente une Weltanschauung faite de contemplation et d’une douceur de vivre portées par les embruns du ciel des Caraïbes. Tout un programme…

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