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La onzième Muse
Points de vue

La onzième Muse

mardi, 15 octobre 2019
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Franco Cologni
Président du Comité Culturel de la FHH

“Le talent nécessite toujours de l’effort, de l’engagement, des heures passées à perfectionner un geste qui devient, jour après jour, un don.”

Entrepreneur dans l’âme, Franco Cologni, pourtant homme de lettres, s’est rapidement lancé dans les affaires pour devenir un personnage clé du groupe Richemont.

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5 min de lecture

On sait que les dieux de l’Olympe étaient imprévisibles, peu fiables, présomptueux, susceptibles et quérulents. Ils étaient toutefois sûrement de grands amoureux et défenseurs des arts.

Ce n’est pas un hasard si la nombreuse progéniture de Zeus, fruit de rencontres amoureuses plus au moins clandestines, compte les neuf Muses, protectrices des arts et des sciences, nées de Mnémosyne, incarnation de la Mémoire avec qui, dit-on, le roi des dieux passa neuf nuits. Les neuf sœurs, qui occupent un rang élevé dans la hiérarchie divine (elles sont les seules, avec Zeus, à pouvoir se targuer du titre d’« olympiques »), seront au fil des siècles évoquées par les poètes et écrivains comme les gardiennes et protectrices de la culture.

A ces neuf Muses, il s’est toujours trouvé quelqu’un pour tenter d’en ajouter une dixième. Homère et Platon l’ont fait en proposant la candidature de Sappho, en hommage à la poésie. Le fameux gastronome français Brillat-Savarin s’y est essayé : pour lui, le titre devait plutôt aller à Gastéréa, celle qui préside aux plaisirs du goût, celle qui « pourrait prétendre à la maîtrise de l’univers, parce que l’univers n’est rien sans la vie, or tout ce qui vit se nourrit ». De nos jours, il semble que l’on soit parvenu à un accord tacite sur le fait que le titre revient à l’art du cinéma.

Candidature des Métiers d’art à l’UNESCO

Et la onzième Muse ? Nous pensons que la fonction appartient désormais de droit à la protectrice d’une activité traditionnelle telle que l’artisanat et à son excellence : les Métiers d’Art, représentant un savoir-faire qui ne peut être reproduit ni aisément exporté et qu’il s’agit de préserver. C’est dans ce but qu’en juin 2017, la candidature de l’artisanat italien a été présentée au Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, un patrimoine qui ne compte pas que des monuments et collections d’objets mais toutes les traditions vivantes héritées du passé : expressions orales, arts du spectacle, usages sociaux, rites et célébrations.

A l’Unesco, on explique que ce patrimoine culturel immatériel est fondamental pour la préservation de la diversité culturelle face à la globalisation. Sa compréhension contribue au dialogue interculturel et encourage un respect réciproque entre divers modes de vie. Son importance ne réside pas tant dans sa manifestation culturelle en soi, mais plutôt dans la richesse des connaissances et des compétences transmises d’une génération à l’autre.

L’artisanat italien emploie près d’un million de personnes pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 260 milliards d’euros.

Actuellement, neuf « compétences » italiennes sont inscrits au Patrimoine immatériel dont la seule composante artisanale est le savoir-faire des luthiers de Crémone, rendus célèbres par la construction et la restauration de violons, violes, violoncelles et contrebasses. Ce n’est certes pas la seule excellence artisanale italienne qui mériterait un hommage, excellence artisanale qui, soit dit en passant, n’est pas à sous-estimer : pour la petite histoire, cette activité emploie près d’un million de personnes pour un chiffre d’affaires qui dépasserait les 260 milliards d’euros.

Une impulsion humaine vitale

Mais attention, nous ne parlons pas tant d’exhumer des métiers de tradition artisanale en contemplant avec nostalgie le temps passé mais bien de caractériser le profil de l’artisan, de celui qui aime le travail fait dans les règles de l’art, qui s’implique dans la création d’un standard supérieur et qui peut insister avec orgueil sur la qualité de son travail. Ce n’est pas par hasard que l’admiration pour le travail bien fait est une des rares émotions à survivre universellement.

Comment permettre à l’artisan d’art contemporain d’être le protagoniste des nouvelles logiques du travail au niveau international ?

La maestria, écrit le sociologue Richard Sennett dans son bestseller « The Craftsman » (L’artisan) désigne une impulsion humaine vitale, le besoin de bien réaliser un travail pour soi-même. Il suggère d’observer l’artisan en réexaminant les cursus de formation et toutes les formes de valorisation sociale qui incitent des gens à s’engager pour un travail bien fait et à s’améliorer au fil du le temps. Mais comment ? Certes pas en regrettant les métiers de jadis ni en les considérant au sein d’une représentation maniérée de la fin du 19e siècle, risquant ainsi de s’aliéner l’intérêt des jeunes qui ne sont guère attirés par des professions perçues comme anachroniques par rapport à la mutation rapide et inarrêtable de la société.

Le message doit être tout autre : comment permettre à l’artisan d’art contemporain d’être le protagoniste des nouvelles logiques du travail au niveau international ? Il est là le défi à relever et à transmettre par le biais d’un message fort de l’Unesco. Et, pourquoi pas, par le biais du mythe des Muses.

Les Muses

  1. Clio : Muse de l’histoire
  2. Euterpe : Muse de la musique
  3. Thalie : Muse de la comédie
  4. Melpomène : Muse de la tragédie
  5. Terpsichore : Muse de la danse
  6. Erato : Muse de la poésie lyrique
  7. Polymnie : Muse de la pantomime et de la rhétorique
  8. Uranie : Muse de l’astronomie et de l’astrologie
  9. Calliope : Musée de l’élégie et de la poésie épique
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