>SHOP

restez informés

Inscrivez-vous à notre newsletter mensuelle pour recevoir des infos et tendances exclusives

Suivez-nous sur toutes nos plateformes

Pour encore plus d'actualités, de tendances et d'inspiration

© 2019 - Copyright Fondation de la Haute Horlogerie Tous droits réservés

La personnalité des métaux horlogers (II)
Regards de connaisseurs

La personnalité des métaux horlogers (II)

mardi, 13 août 2019
fermer
Editor Image
Yannick Nardin
Rédactrice indépendante

“Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles, mais par manque d’émerveillement.”

Gilbert Keith Chesterton

« Une montre c’est une fenêtre sur le génie humain ! » Et si tout n’avait pas été dit ?

Lire plus

CLOSE
7 min de lecture

Vous ne regarderez plus jamais votre boîtier de montre de la même façon. Ardent, serein ou terriblement susceptible… et si le métal qui le compose dissimulait une véritable personnalité ?

Dans un premier article, nous découvrions la riche beauté de l’or et du platine, métaux nobles et précieux utilisés pour l’habillage horloger. Après ces têtes couronnées, rencontre avec d’autres métaux tout aussi dignes d’utilisation : le bronze, l’argent, le titane et l’acier inoxydable. Car pour l’habillage, les métaux propices se comptent sur quelques doigts seulement. En effet, le métal doit « résister aux frottements et aux écarts de températures, ne pas se ternir, être non-corrosif, usinable et bien entendu non toxique », explique Andreas Mortensen, professeur en métallurgie à l’EPFL.

Carrure Oyster en acier Oystersteel © Rolex
Carrure Oyster en acier Oystersteel © Rolex

Imaginez un boîtier de montre aux allures de passoire rouillée ! Pour ces raisons très pratiques, l’horloger doit neutraliser la corrosion des métaux. « L’acier inoxydable, explique Andreas Mortensen, contient assez de chrome pour former une couche d’oxyde de chrome et empêcher la corrosion du fer de l’alliage. » De même pour le titane et le cuivre – dont est composé le bronze –, l’oxydation crée sa propre couche de protection à la surface du métal. L’argent, quant à lui, ne s’oxyde pas mais se sulfure, puisqu’il réagit au soufre contenu dans l’air ou dans les corps qu’il contacte, ce qui le fait le plus souvent noircir. Avis aux fins palais, « c’est d’ailleurs pour cela qu’on ne mange de préférence pas d’œufs avec une cuillère en argent », sourit Andreas Mortensen.

Comme l’argent se sulfure très facilement, il est plaqué or, traité, ou alors allié à d’autres métaux.

Pour garantir la stabilité esthétique ou mécanique d’un métal, certains horlogers utilisent aussi des revêtements. Andreas Mortensen : « Ceux-ci présentent le défaut de ne pas se renouveler, comme le fait une couche d’oxyde naturelle. Une raie sur un revêtement reste une raie et expose ce qui est en dessous, alors que la couche d’oxyde se reformera ».

L’inimitable patine du bronze

Composé principalement de cuivre et d’étain, le bronze a l’avantage d’être dur et de pouvoir être coulé. En revanche, il est plus lourd que l’acier ainsi qu’un bon conducteur de chaleur. Si les horlogers le préfèrent pour les composants soumis à friction comme les coussinets, d’autres n’hésitent pas à exposer sa teinte et surtout sa patine unique sur le boîtier, Gerald Genta en tête avec son historique Gefica. Pour la Pilot Type 20 Bronze de Zenith, la marque explique que « la principale difficulté réside dans le traitement et la finition du boîtier. Chaque pièce est traitée et ensuite, une finition particulière donne cet aspect patiné unique à chaque pièce. » Pour éviter que la patine ne passe de la montre à la peau avec un joli rond vert sur le poignet à la clé, les fonds de boîtes en bronze sont le plus souvent en titane.

La « susceptibilité » de l’argent

L’argent, un métal noble, est utilisé depuis l’Antiquité en joaillerie et orfèvrerie. Comme il se sulfure très facilement, l’argent est plaqué or, traité, ou alors allié à d’autres métaux comme en horlogerie où les alliages sont généralement composés de 92.5 % d’argent et de 7.5 % d’un autre métal. Zenith polit d’ailleurs manuellement sa Pilot Type 20 Full Silver pour ensuite la traiter afin d’éviter toute patine. Ce métal noble se retrouve volontiers sur les cadrans flinqués (guillochés et émaillés) quand il n’est pas plaqué or sur les boîtiers. Ces traitements et alliages permettent aussi de diminuer cette odeur « aillée » bien réelle de l’argent qui naît au contact des molécules produites par la peau. Cette réaction se produit aussi avec le cuivre et donc le bronze.

Le titane, un tempérament de feu

Léger en raison de sa faible densité, noble puisque résistant à la corrosion et l’érosion, le titane se protège de ses propres oxydes. Il est d’ailleurs champion pour sa rapidité à les produire sans être toxique. « Le titane résiste bien à la déformation et permet de produire des composants de petite taille », explique Denis Flageollet, horloger fondateur de De Béthune. Le titane convient aux exigences des montres de sport, tout comme à celles des montres à sonnerie et à répétition puisqu’il « sonne » très bien. Sa surface peut s’oxyder davantage par traitement thermique susceptible de créer différentes couleurs selon la couche d’oxyde. « Plus l’épaisseur est grande et plus il y a de diffraction pour obtenir du bleu ou du bleu clair. Si l’épaisseur est grande, nous obtenons alors du jaune, du brun ou du violet », poursuit Denis Flageollet, créateur de la DB28 Yellow Tones en titane oxydé jaune et de la DB28 Kind of Blue Tourbillon en titane oxydé bleu.

C’est en 1911 qu’est démontrée l’action anticorrosive du chrome allié à l’acier.

C’est lors des phases d’usinage que le tempérament de feu du titane se révèle. Ses copeaux s’embrasent à une vitesse foudroyante ! « Le point d’étincelle du titane est assez bas. Il faut donc faire très attention à l’usure des outils. Il suffit d’une étincelle pour qu’une machine prenne feu », explique Francis Simonnet, Directeur de Les Boîtiers Genève. Comme ce sont les petits copeaux qui s’échauffent et entrent en auto-combustion, une montre ne prendra donc jamais feu au poignet. Au contraire, le titane ne fondant qu’à très haute température (plus de 1600°), il est utilisé dans des situations nécessitant une excellente résistance au feu.

Acier inoxydable – l’homme à marier

La liste des qualités de l’acier est longue autant que polyvalente : inoxydable, incassable, abordable, polissable, satinable, durcissable, accessible, façonnable, résistant, gris au naturel, voire noir lorsqu’il est traité ! De plus, l’acier se fond, ce qui en fait un métal très bien amalgamé et ainsi propice aux finitions horlogères. C’est en 1911 qu’est démontrée l’action anticorrosive du chrome allié à l’acier. Depuis, les alliages prospèrent, à l’image de l’Oystersteel de Rolex qui appartient à la famille des aciers 904L utilisés dans les secteurs des hautes technologies, de l’aérospatiale et de la chimie, car particulièrement résistants à la corrosion. En termes esthétiques, cet alliage « acquiert un éclat exceptionnel lorsqu’il est poli » ajoute la marque. Quels défauts pour ce gendre idéal ? « Les contraintes viennent de l’acier lui-même, en particulier des ajustements complexes à réaliser, précise Patek Philippe. Par exemple la Calatrava Semainier Réf. 5212A est en acier avec une lunette et un fond croché. Malgré notre expertise sur les pièces en or avec ce type de fixation, cette pièce en acier a nécessité plusieurs essais avant d’arriver à un résultat optimum. »

Calatrava Semainier, Réf. 5212A © Patek Philippe
Calatrava Semainier, Réf. 5212A © Patek Philippe

Alors, quel métal aura les faveurs de votre poignet (et de votre porte-monnaie) : or, platine, acier, titane, argent ou bronze ? En tout état de cause, n’oubliez pas de le traiter avec autant d’égard que son petit caractère l’exige !

Haut de page