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La petite histoire du retour en vol (II)
Culture

La petite histoire du retour en vol (II)

jeudi, 06 juillet 2017
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Vincent Daveau
Journaliste, horloger constructeur et historien diplômé

“Une heure de retard d’une jolie femme, c’est son quart d’heure d’avance. ”

Sacha Guitry

« La passion est le sel de la vie ! »

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7 min de lecture

Depuis le premier vol d’un « plus lourd que l’air » à l’aube du xxe siècle, les montres ont toujours accompagné les pilotes dans leurs évolutions aériennes. Pour les seconder dans leurs missions, les horlogers ont inventé différentes fonctionnalités. Celle communément appelée « retour en vol » ou « flyback » est incontestablement la plus utile de toutes.

L’invention par Breitling en 1932 du second poussoir de chronographe devait contribuer à améliorer la prise de mesure en autorisant d’arrêter un chronométrage et de reprendre la mesure, si nécessaire. En l’état, cette Maison ne proposait pas de fonctionnalités additionnelles mais apportait un réel avantage en matière de manipulation. L’invention était tellement significative que beaucoup de marques ont proposé dès l’année suivante leur propre vision du chronographe à deux poussoirs. Évidemment, la Maison Longines, alors à la pointe dans le secteur aéronautique, a très vite compris quel profit tirer de cette invention pour faire évoluer ses calibres. Sur la base du 13.33Z de 1910, le chrono des pilotes de Spad en particulier, elle allait donner naissance en 1936 au fabuleux calibre de chronographe mécanique à remontage manuel 13ZN doté, pour la première fois dans l’histoire du métier, de la fameuse fonction de « retour en vol » ou « flyback ».

Chopard L.U.C Chronograph One Flyback
Chopard L.U.C Chronograph One Flyback
Combat dans les airs

En 1936, la militarisation de l’Europe, et en particulier de l’Allemagne nazie, encourage la firme allemande Hanhart à développer dès 1938 ses premiers chronographes, suivis l’année suivante par de nouvelles versions efficaces et robustes, dotées de la fonction « flyback ». La particularité de ces calibres venait de leurs poussoirs de fonction asymétriques par rapport à la couronne de remontoir. Cette asymétrie, rare dans le métier, était par surcroît augmentée par la présence d’un poussoir rouge sur les modèles. À noter que l’Allemande Tutima produisait également des instruments avec flyback sur la base du calibre Hanhart. En tout état de cause, à la fin de la seconde conflagration mondiale, Hanhart est saisie pour réparation de guerre et proposée à la marque française Vixa, qui, plutôt que de reprendre les machines, se contente des calibres qu’elle intègre au début des années 1950 dans les chronographes Type 20 portant sa signature. Reconnaissables, les chronos Vixa sont dotés, comme les Hanhart et les Tutima, de poussoirs asymétriques par rapport à la couronne de remontoir.

Mais Vixa n’est pas la seule marque, loin de là, à s’être penchée sur cette fonctionnalité à la demande de l’armée de l’air française. Une exigence formulée dans le programme technique du ministère de la Défense nationale et des Forces armées / Section des équipements. On retrouve alors les marques suivantes en compétition pour remporter le contrat de l’armée : Auricoste, Breguet, Vixa et Dodane avec, comme sous-marques, Chronofixe et Airain. Toutes doivent répondre à un cahier des charges très précis incluant, en plus de la taille et de l’épaisseur du boîtier de l’instrument (38 mm de diamètre pour 14 mm d’épaisseur, lunette tournante avec marqueur), de disposer de la fonction de « retour en vol » associée à un calibre de chronographe à remontage manuel robuste et fiable. Ainsi, les instruments devaient pouvoir être réinitialisés par une simple pression sur le poussoir de remise à zéro sans qu’il soit nécessaire de procéder à toutes les étapes habituelles d’arrêt, de remise à zéro et de relance.

Alpina Alpiner 4 Flyback-Chronograph
Alpina Alpiner 4 Flyback-Chronograph
Commandes militaires

Ces instruments destinés à équiper les pilotes de chasse et ceux des avions de surveillance allant des Fouga Magister, Mirage, Breguet Atlantique, Breguet Deux-Ponts aux Super Étendards et Noratlas ont subi de nombreux tests avant d’être acceptés en dotation dans les différents corps d’armée. On retiendra parmi ces pièces devenues rares que les modèles Breguet sont aujourd’hui les plus cotés en raison de la renommée de la marque. Parés de boîtiers en acier, ils emportaient un calibre Valjoux 22, dont la tige de couronne avait la fâcheuse habitude de sectionner l’axe de la trotteuse du compteur des minutes lorsque la couronne prenait un choc frontal. De fait, de nombreux chronos de ce type ne disposent plus de la roue d’origine mais de composants externes retravaillés.

Les modèles de chronographes Dodane ont sans doute été les plus nombreux en production. Robustes et efficaces, ils auraient été produits à raison de deux fois 2 000 exemplaires et d’environ 1 000 pièces de Type 21. À la fin des années 1950, période où la marque commence à monter en puissance, elle avait en sus la charge de l’entretien et du suivi de tous les instruments des forces aériennes françaises. Ses produits étaient équipés de calibres Valjoux 22 puis, avec l’introduction des chronos de Type 21, de calibres Valjoux 72C. Soit dit en passant, de toutes ces pièces les horlogers s’accordent à reconnaître que le chronographe Type 20 d’Auricoste (2 000 exemplaires produits dont 200 avec boîtier en acier) était de toutes les références de Type 20 celle qui avait le plus beau calibre. En effet, cette pièce, dont la majorité des références est parée d’un boîtier en laiton chromé/nickelé avec fond en acier à pression (pas de vissage), embarquait le calibre Lémania 15TL (Auricoste 2040). Magnifique, robuste et précis, il était doté d’Incabloc et d’un spiral à courbe terminale de type Breguet pour garantir une précision supérieure. Son mécanisme de fonction de retour en vol, simple et ultra-efficace, ne pouvait être pris en défaut, passant allègrement le test des 300 opérations consécutives de mise en fonction sans erreur de fonctionnement.

Breguet Type 20 nouveau bracelet
Breguet Type 20 nouveau bracelet
Détails techniques du flyback

Fonction additionnelle du chronographe, le « retour en vol », appelé également « flyback », permet d’effectuer la remise à zéro de l’aiguille de chronographe d’une seule pression sur le poussoir de remise à zéro des fonctions (poussoir à 4 h), sans qu’il soit nécessaire de passer par l’étape d’arrêt (poussoir à 2 h). Cette fonction a été mise au point pour rendre plus aisée la manipulation rapide de l’instrument avec des gants de vol, soit d’épaisses moufles en peau de mouton pour éviter les engelures aux mains dans des cabines qui n’étaient ni pressurisées ni chauffées. Ce mécanisme simple mais efficace permet de débrayer le chrono par le biais d’une came, de remettre à zéro les aiguilles dans le même mouvement et de relancer une mesure, une fois le poussoir relâché. Le fait de ne remettre la fonction en marche qu’une fois le poussoir relâché permettait à l’opérateur d’agir au moment pile du top horaire de la radiobalise et d’avoir ainsi un cap au plus près de l’idéal, sans déviation importante. On s’en doute, le fait d’être au plus près de la bonne trajectoire a tout son sens pour un avion en termes de risques encourus. Le flyback permet aussi, en l’absence de visibilité, de faire route aux instruments en suivant à la seconde près les caps indiqués.

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