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La production horlogère suisse à un tournant
Economie

La production horlogère suisse à un tournant

vendredi, 04 juin 2010
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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7 min de lecture

Obligé par la Commission de la concurrence suisse à reporter à fin 2010 la fin de ses livraisons d’ébauches, le Groupe Swatch, à nouveau sous enquête depuis septembre dernier, ne désarme pas. Au menu : un stop net et définitif de toutes livraisons horlogères à la « mauvaise » concurrence.

Le premier coup de semonce date de décembre dernier. Lors deux entrevues publiées dans la presse helvétique, Nicolas G. Hayek jette un nouveau pavé dans la mare. Le Groupe Swatch qu’il préside entend ne plus être obligé de livrer à l’ensemble de l’industrie sa production horlogère, que l’on parle de mouvements ou de composants. A cet effet, un groupe de travail a été mis sur pied pour déterminer avec la Commission de la concurrence suisse (Comco) les modalités d’un tel processus. Ce qui passait alors pour un « coup de gueule » dont Nicolas G. Hayek a le secret, s’est toutefois vérifié quelques semaines plus tard lors de la publication du rapport annuel du Swatch Group.

Un message lourd de sens

Dans son message, le président réitère noir sur blanc sa volonté de cesser d’être la « vache à lait » de l’horlogerie helvétique. Message bien évidemment repris haut et clair lors de l’assemblée générale du groupe tenue à mi mai 2010. Extraits : « le Swatch Group, votre groupe, a développé au cours des décennies la partie la plus substantielle du know-how et de la production des mouvements et des complications de l’horlogerie en Suisse. Durant la crise de l’industrie horlogère des années 1980, notre groupe a dû porter tout seul les risques et prendre ses responsabilités pour sauver tous ses centres de production importants, Nivarox-FAR et ETA entre autres, puisqu’aucune autre société horlogère ne voulait s’y associer.

Depuis plus de 20 ans, nous demandons que ces horlogers développent eux-mêmes la production d’au moins une grande partie de leurs pièces.
Nicolas Hayek

Et Nicolas Hayek de poursuivre: « durant toutes ces années, nous avons été forcés de livrer nos produits, et par là-même notre savoir faire, à presque toutes les compagnies qui le demandaient, ceci permettant un seuil d’entrée bien trop bas, même à des gens sans aucun lien avec l’horlogerie, pour entrer dans notre industrie. Depuis plus de 20 ans, nous demandons que ces horlogers développent eux-mêmes la production d’au moins une grande partie de leurs pièces. Ce qui est tout-à-fait possible s’ils s’en donnaient les moyens et ceci dans l’intérêt général de toute l’industrie horlogère suisse. (…) Nous avons donc commencé les discussions avec les autorités responsables suisses pour corriger cette obligation de livraison à tout le monde. »

Sous l’œil de la Commission de la concurrence

Si le Groupe Swatch a pris langue avec la Comco, c’est qu’il sait très bien qu’une telle décision doit passer sous les fourches caudines des autorités fédérales. On se souvient en effet qu’en 2002, le premier horloger mondial avait annoncé son intention de cesser toutes livraisons d’ébauches à partir de 2006. Tollé général dans la profession qui avait dénoncé le cas à Berne. La Comco intervenait donc une première fois en 2004 forçant Swatch à maintenir ses livraisons jusqu’à fin 2010. Nouvelle dénonciation l’an dernier suite à la hausse de tarifs de 8% à 12% annoncée fin 2008 par ETA, filiale de Swatch dans la production de mouvements, sur certains de ses produits, hausse de tarifs accompagnée d’une suppression des 3% d’escompte généralement accordés comme facilité de paiement. Le 15 septembre 2009, la Comco se saisissait une nouvelle fois du dossier et ouvrait une enquête dont le résultat ne sera probablement pas connu avant la fin de l’année.

D’aucuns jugent toutefois cette dernière intervention de la Commission de la concurrence largement exagérée. Une hausse de tarifs de cette ampleur signifie une majoration moyenne de l’ordre d’une trentaine de franc (€ 21,20/$ 26,10) sur un mouvement ETA qui, intégré dans une montre Swiss Made, se vendra probablement plusieurs milliers de francs. Comme le relevait récemment, le quotidien économique et financier L’Agefi, le prix moyen d’une montre mécanique suisse a augmenté de 333% en 17 ans, alors que sur la même période, la hausse pratiquée chez ETA s’est élevé à 70% sur le calibre ETA-Valjoux 7750 par exemple. Cherchez l’erreur ! De plus, si la majoration tarifaire pratiquée par le Groupe Swatch est effectivement intervenue dans une période difficile pour l’horlogerie suisse, ses usines n’en ont pas moins subi les mêmes effets de la crise, synonymes de nombreuses annulations de commandes. Or comme le groupe ne transige pas sur le maintien de son appareil industriel et sur les investissements qu’il implique, cela s’est traduit par une chute de 77% de la marge opérationnelle dans sa division « Production » à 6,6%.

Le calibre ETA A07.111 s'appuie sur les solides propriétés du mouvement ETA 7750 © Swatch Group
Le calibre ETA A07.111 s'appuie sur les solides propriétés du mouvement ETA 7750 © Swatch Group
Des volumes considérables

Dans ces conditions, de quoi parle-t-on au juste à propos du Groupe Swatch ? Du seul statut qui fait se hérisser le poil de tout Commissaire à la concurrence qui se respecte, celui de position dominante. Mais dans les faits, qu’en est-il ? Selon les statistiques de la Fédération de l’industrie horlogère suisse, la profession a exporté l’an dernier 3,7 millions de montres mécaniques, auxquels s’ajoute 1,1 million de mouvements. Si l’on y additionne, les quelque 200’000 à 300’000 garde-temps vendus en Suisse la même année, on obtient une production totale de l’ordre de 5 millions de calibres suisses réalisée en 2009. A partir de là, étant donné que Swatch ne publie par ces chiffres, les estimations varient quant à la part du Groupe, oscillant entre 55% et 70% de ce marché. En d’autres termes, la multinationale produit annuellement entre 2,7 et 3,5 millions de mouvements dont 59% sont été intégrés dans les 18 marques du groupe (y.c. Enduro dans le private label). Ce qui donne un solde de 1,1 à 1,4 million de calibres disponibles sur le marché. Et c’est encore sans parler de certains composants stratégiques des mécanismes horlogers, notamment pour ce qui est de l’organe réglant, où le Groupe Swatch demeure incontournable.

Un tel constat fait bien évidemment frémir tous ces horlogers, et ils sont nombreux parmi les 400 marques suisses, qui se cantonnent dans le rôle d’établisseurs. Ces Maisons qui sous-traitent l’entier de leur production et investissent davantage dans leur outils marketing qu’industriel. Et sur ce point, Nicolas G. Hayek a le mérite d’être clair : « il ne s’agit pas de ne plus fournir Patek Philippe ou Rolex, expliquait-il à Baselworld. Ce qui n’est plus acceptable, c’est que le seuil d’entrée sur le marché horloger soit si bas. Tout le monde peut lancer sa marque ex nihilo pour quelques centaines de milliers de francs. Cela va à l’encontre de l’intérêt général de toute l’industrie ». La Comco y pourra-t-elle quelque chose ? La réponse prendra probablement quelques… années !

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