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La Reine de Naples ou le destin royal d’une pépite féminine...
Histoire & Pièces d'exception

La Reine de Naples ou le destin royal d’une pépite féminine de Breguet

mercredi, 21 février 2018
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Marie de Pimodan-Bugnon
Journaliste indépendante

“Il faut absolument être moderne.”

Arthur Rimbaud

De la passion, beaucoup de curiosité et une bonne dose d’émerveillement ! La recette essentielle pour raconter les mille et une facettes de l’horlogerie…

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6 min de lecture

Créée en 2002 en hommage à la toute première montre-bracelet connue à ce jour, la collection Reine de Naples descend d’une pièce unique commandée en 1810 par Caroline Murat et dont ni les spécialistes ni les collectionneurs n’ont pu retrouver la moindre trace. Une collection mythique qui impose aujourd’hui sa forme ovoïde et ses complications horlogères comme une signature féminine incontournable.

Au premier coup d’œil, elle se distingue par sa forme ovoïde et son petit cadran excentré indiquant les heures et les minutes. Singulière mais classique à la fois, fruit d’un juste et étonnant dosage dont Breguet garde précieusement le secret, la Reine de Naples impose sa silhouette rétro-chic depuis 2002. À l’échelle de la longue épopée horlogère de la Maison, la collection ferait presque figure de jeune première. Elle repose pourtant sur une histoire vieille de plus de deux siècles et revendique des origines royales exhumées des archives du musée Breguet. Évoquer la Reine de Naples, c’est se plonger dans l’histoire de la toute première montre-bracelet au monde, c’est dresser le portrait chinois d’une montre disparue des radars du patrimoine horloger. C’est remonter le temps pour découvrir une montre unique à répétition et complications, munie d’un bracelet en cheveux garnis de fils d’or et créée spécialement pour Caroline Murat, sœur de Napoléon Ier et reine de Naples.

Portrait de Caroline Murat (1814), Ingres
Portrait de Caroline Murat (1814), Ingres
Une montre née des descriptions retrouvées dans les registres de Breguet

La collection Reine de Naples telle qu’on la connaît depuis sa création en 2002 est la digne descendante d’une pièce commandée à Abraham-Louis Breguet en 1810 par Caroline Murat et livrée en 1812. Mais, depuis 1855, le modèle original a totalement disparu. Il n’existe ni croquis, ni peintures, encore moins de gravures de la pièce. Juste des mots. C’est donc sur la base de descriptions plus ou moins précises retrouvées dans les anciens registres de Breguet que l’actuelle collection a pris forme. Ces derniers attestent que le 8 juin 1810 la reine de Naples commande deux montres à Breguet. La première est une montre de carrosse à grande complication d’une valeur de 100 louis. La seconde, « une montre pour bracelet à répétition dont on lui fait le prix de 5’000 francs ». On ne refuse rien à une reine. Surtout quand elle occupe la première place au palmarès des meilleurs clients de Breguet avec 34 montres et pendules achetées entre 1808 et 1814 ! L’horloger s’attelle donc au travail pour donner corps à l’ancêtre de la future collection Reine de Naples, alors dénommée « répétition de forme oblongue pour bracelet » et connue dans les registres sous le numéro 2639.

Les archives affirment que sa réalisation a nécessité 34 opérations différentes impliquant pas moins de 17 artisans.

L’aïeule de la Reine de Naples est une montre d’exception d’un point de vue tant esthétique que technique. Au cœur de son boîtier se cache un mouvement doté d’un échappement à ancre dit « échappement libre ». La référence 2639 est également assortie d’un thermomètre. Les archives affirment que sa réalisation a nécessité 34 opérations différentes impliquant pas moins de 17 artisans. Leur lecture nous apprend aussi qu’une première version de la montre présentait, avant sa livraison à la reine, un cadran en or guilloché remplacé dans un second temps par un cadran en argent guilloché orné de chiffres arabes.

Le 21 décembre 1812, la pièce est achevée et livrée à sa propriétaire. Les registres la définissent ainsi : « une montre à répétition très plate N° 2639, cadran d’argent, chiffres arabes, à thermomètre et avance-retard hors du cadran, ladite montre s’ajustant dans un bracelet en cheveux garnis d’or, à la volonté, clé simple d’or, un autre bracelet garni d’or également, dans un étui de maroquin rouge ». Une mention supplémentaire, en août 1855, précise que la montre possède une boîte en or guilloché et un « grand anneau d’or brisé ».

Variations autour de la forme ovoïde, entre style et complications

Presque deux siècles après la commande spéciale de Caroline Murat, Breguet reconstitue le puzzle des archives et, à partir des éléments descriptifs retrouvés dans les anciens registres, dévoile la collection Reine de Naples. Nous sommes en 2002 et l’esthétique de la pièce est en de nombreux points conforme à ce que laissent imaginer les descriptions de la montre originale. La forme de son boîtier en or blanc est ovoïde, évidemment. L’heure et la minute sont affichées dans un sous-cadran par l’entremise d’aiguilles en acier bleui à « pomme évidée ». La lunette et le rehaut sont ourlés de diamants. Dans les coulisses, Breguet assure la cadence avec un mouvement mécanique à remontage automatique.

La montre se pare tour à tour de nacre finement guillochée, de coquillage naturel travaillé en camée, de délicats sertissages de diamants et autres pierres précieuses de couleur.

Mais la plus connue des montres dame de Breguet s’est depuis déclinée en de multiples variations, tant esthétiques que techniques, confirmant le succès de ses lignes courbes et de son raffinement ultra-féminin. Côté cadran, la montre se pare tour à tour de nacre finement guillochée, de coquillage naturel travaillé en camée, de délicats sertissages de diamants et autres pierres précieuses de couleur. Le boîtier en or rose ou en or blanc, souvent serti de diamants, se présente en taille maxi – 43,75 x 35,50 mm – ou en version mini – 33 x 24,95 mm. Sa forme si particulière permet également de jouer avec les chiffres arabes ou romains, de les étirer ou de les rétrécir à l’envi. Autres signes distinctifs : la petite couronne située à 4 h et l’attache boule à 6 h, reliant la boîte au bracelet en satin ou tressé d’or, en référence au bracelet en cheveux garnis de fils d’or décrit dans les archives de Breguet. D’un point de vue technique, Breguet ne manque pas, là non plus, de faire honneur à la montre de Caroline Murat. La Reine de Naples accueille nombre de complications horlogères d’exception telles la phase de lune avec indication jour/nuit ou la sonnerie – notamment la sonnerie au Passage de la Reine, qui retentit trois fois toutes les heures. Alliée à l’art et la joaillerie, cette pléiade de complications assure à la Reine de Naples un statut d’icône classique. Mais n’est-ce pas là le moindre des hommages que pouvait rendre Breguet à cette reine de beauté au destin enveloppé de flou et de mystère ?

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