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Actualités

La Société suisse de chronométrie à l’ère de la « roue » carrée

vendredi, 16 octobre 2009
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Fabrice Eschmann
Journaliste indépendant

“Il faut se méfier des citations sur Internet !”

« Une grande histoire aux multiples auteurs : ainsi en est-il de la vie. Ainsi en va-t-il aussi de l’horlogerie. Sans rencontres, point d’histoire. »

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7 min de lecture

Un vif succès pour la 13e Journée d’étude de la Société suisse de chronométrie qui avait pour thème les complications horlogères. La présentation d’engrenages non circulaires par un chercheur de la HE-Arc a suscité un grand intérêt.

Jean-Daniel Dubois avait la mine des beaux jours le 16 septembre dernier. A la fin de la journée, à l’heure du premier bilan, le nouveau président de la Société suisse de chronométrie (SSC) s’enthousiasmait : « je tablais sur une participation de 500 personnes, beaucoup moins que les 730 qui sont finalement venus ! » Un beau succès pour cette 13e Journée d’étude qui a réuni à Beaulieu Lausanne des professionnels de l’industrie horlogère autour du thème « Les montres à complications, défis technique et esthétique ». Neuf intervenants – concepteurs de mouvements, historiens, chercheurs ou marques – ont ainsi pu exposer leur vision de la complication horlogère. Parmi les conférences, la présentation d’engrenages non circulaires par Pascal Winkler, professeur à la Haute Ecole Arc du Locle, a suscité beaucoup d’intérêt et de curiosité.

Parmi les conférences, la présentation d’engrenages non circulaires par Pascal Winkler, professeur à la Haute Ecole Arc du Locle, a suscité beaucoup d’intérêt et de curiosité © Fabrice Eschmann/BIPH
Parmi les conférences, la présentation d’engrenages non circulaires par Pascal Winkler, professeur à la Haute Ecole Arc du Locle, a suscité beaucoup d’intérêt et de curiosité © Fabrice Eschmann/BIPH
Pas exclusivement une tribune pour les marques

Les Journées d’étude de la SSC sont un des rares lieux où les marques, d’habitude concurrentes et promptes à protéger leurs secrets, peuvent présenter et débattre de leurs inventions et de leurs techniques de travail. Cette année, Breitling, Vacheron Constantin, Concord, Christophe Claret, Seiko et Vaucher Manufacture ont répondu présents. « Le choix du thème est fait par le bureau de la SSC, puis un appel aux conférenciers est lancé, explique Jean-Daniel Dubois. Nous avons eu cette fois dix-sept propositions, nous en avons retenu neuf. »

Parmi elles, six marques donc, mais aussi deux historiens et un professeur. « Notre colloque est une tribune privilégiée pour les fabricants de montres ou de mouvements, poursuit le président. Elle leur permet, surtout en temps de crise, de montrer qu’ils sont bien là. Mais nous ne voulons pas en faire exclusivement une tribune des marques. C’est pourquoi nous veillons toujours à inviter d’autres intervenants. » L’historien français Joseph Flores a ainsi présenté un exposé sur les « Complications à but chronométrique dans l’histoire horlogère » et Elena Stefanova, historienne de formation et directrice de développement produits pour une maison horlogère, a proposé « La montre compliquée a-t-elle conquis le cœur des Dames ? ».

Des non-roues d’engrenage

La présentation de Pascal Winkler, enseignant et chercheur à la HE-Arc du Locle, a particulièrement retenu l’attention du public. Sous les yeux médusés des professionnels, l’ingénieur a fait la démonstration qu’un trèfle et un carré peuvent parfaitement s’engrainer ; tout comme un cœur et une bouche ; ou encore une série de patatoïdes. « Je n’ai rien inventé, cela existe depuis les années 1920, s’empresse de préciser le professeur. Ce qui a changé en revanche, c’est notre capacité à les calculer et à les fabriquer. »

Il est possible de nos jours de fabriquer ces « roues » grâce à la technique de la photolithographie profonde.

La capacité de calcul de logiciels de type MATLAB – pour laboratoire de matrice – permet en effet aujourd’hui de concevoir virtuellement des engrenages composés de « roues » aux formes assez extrêmes. Des « roues » qui, pour s’engrainer parfaitement, nécessitent des dents chacune différente de leurs voisines. « Il est possible de nos jours de fabriquer ces « roues » grâce à la technique de la photolithographie profonde, explique Pascal Winkler. Ce procédé, hérité de la micro-électronique, n’est disponible que depuis une dizaine d’années. Cela explique le fait que l’on ne trouve quasiment pas d’engrenages non circulaires dans l’horlogerie. »

Parfait pour les fonctions astronomiques

Mais calculer et fabriquer des engrenages non conventionnels est une chose, les appliquer à l’horlogerie en est une autre. « Il y a deux problèmes, analyse l’ingénieur : j’ai déjà montré quelques-uns de mes modèles à des horlogers qui ont été fascinés. Mais ils en voulaient à chaque fois l’exclusivité et gratuitement si possible, ce que je peux difficilement offrir puisque j’utilise mes modèles pour promouvoir le savoir-faire développé. Nous sommes une école au service de tous. Deuxièmement, je propose la « technologie » engrenage non circulaire, mais c’est aux entreprises d’inventer leurs propres applications. Ce sont elles qui ont de la valeur, elles que l’on peut breveter et protéger, pas les engrenages en soi. Les horlogers n’ont tellement pas l’habitude de roues dentées non circulaires qu’ils n’arrivent pas à imaginer des applications. »

Une marque, Maurice Lacroix, a d’ores et déjà flairé le potentiel de cette « technologie » et passé commande. A Baselworld 2010, elle présentera une nouveauté équipée de l’engrenage trèfle-carré. Dans un but purement esthétique cependant. Mais avec des tels systèmes, la vitesse de la « roue » menée n’est plus proportionnelle à celle de la « roue » menante. Cela ouvre des possibilités d’affichages irréguliers, utiles pour mesurer sur le cadran des phénomènes eux-mêmes irréguliers, comme la marche des marées, le levé et le couché du soleil ou encore l’équation du temps, soit autant de fonctions astronomiques. « On peut également imaginer une autre manière de faire défiler les heures sautantes, conclut Pascal Winkler. Je pense que mon système consomme moins d’énergie puisqu’il ne nécessite pas de ressort ni de palpeur frottant sur une came. C’est un élément très important dans une montre à grandes complications. » Avis aux intéressés.

Des Thématiques universelles

Lors de la dernière journée d’étude de la Société Suisse de Chronométrie, ce sont les grandes complications qui ont été à l’honneur, une journée émaillée par ailleurs de conférences sur la Haute Horlogerie et la femme ou la chronométrie à travers les âges, soit autant de thèmes qui ont notamment fait l’objet d’expositions lors du Salon International de la Haute Horlogerie de ces dernières années.

L’objectif de sensibilisation d’un public averti doit nécessairement prendre toutes les formes voulues pour démontrer les progrès réalisés dans la mesure du temps, de la conférence à l’exposition en passant par les visites de manufactures. Les nouvelles aspirations de la clientèle féminine, l’horlogerie maritime, terrestre et spatiale, la chronométrie et le sport, les complications horlogères font assurément partie d’un univers communément partagé entre les Maisons de la branche et ceux qui sont chargés d’en défendre les valeurs. En ce sens, la Fondation de la Haute Horlogerie salue les efforts entrepris, tout en soulignant le rôle essentiel qui lui est dévolu dans ce territoire de découverte et d’innovation.

Article paru dans le BIPH

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