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La Suisse ne fera-t-elle bientôt plus que des montres de...
Economie

La Suisse ne fera-t-elle bientôt plus que des montres de luxe ?

lundi, 3 février 2020
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Fabrice Eschmann
Journaliste indépendant

“Il faut se méfier des citations sur Internet !”

« Une grande histoire aux multiples auteurs : ainsi en est-il de la vie. Ainsi en va-t-il aussi de l’horlogerie. Sans rencontres, point d’histoire. »

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4 min de lecture

Les statistiques qui viennent de tomber dévoilent une curieuse situation : les volumes baissent, mais leur valeur et la main-d’œuvre augmentent. Traduction : plus on monte en gamme, mieux les affaires marchent.

Les deux statistiques sont tombées à quelques jours d’intervalle : pour la deuxième année consécutive, le nombre d’emplois dans l’industrie horlogère et micromécanique suisse a augmenté, atteignant 59’103 postes (+ 2,2 %) à fin septembre 2019, soit 4’200 places en plus depuis 2017. Or, dans le même temps, on apprend que le volume de montres-bracelets exportées chute à 20,6 millions de pièces (– 13 %), soit 3,1 millions d’unités en moins ou 7,5 millions depuis 2015. Le tout dans une tendance à la hausse du chiffre d’affaires (+ 3 %). En d’autres termes, l’horlogerie suisse vend moins de montres mais gagne plus, tout en continuant d’engager du personnel à tour de bras. Comment expliquer ce qui ressemble à un double paradoxe ?

Première discordance

Depuis la crise financière de 2009, le monitoring de l’industrie horlogère suisse révèle un rapport de cause à effet entre les chiffres à l’exportation et les effectifs : que les ventes prennent l’ascenseur ou faiblissent, le nombre d’emplois dans la branche suivait logiquement la même courbe. Jusqu’en 2017. Cette année-là, une première discordance apparaît : alors que le nombre de montres exportées baisse de 1,1 million de pièces, le chiffre d’affaires correspondant, lui, repart à la hausse, augmentant de 500 millions de francs en rythme annuel. « Je ne pense pas que ce phénomène soit nouveau, bien que je n’aie jamais observé cela depuis mon entrée en fonction en 1993 », affirme Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération horlogère suisse (FH).

La raison principale expliquant le non-retour à la croissance des volumes est à chercher dans les montres à quartz : confrontées aux montres de mode chinoises et aux smartwatches, mais aussi à des produits non horlogers comme la maroquinerie ou l’électronique de loisir, le segment a payé cette année-là – et paie toujours – un lourd tribut à la concurrence internationale. Une tendance à laquelle il faut encore ajouter l’impact des nouveaux critères du « Swiss made », introduits le 1er janvier 2017. Selon le président de l’organisation faîtière, quelques marques suisses d’entrée de gamme ont préféré renoncer au label, sortant de facto des statistiques.

Second paradoxe

En 2018, second paradoxe : les volumes poursuivent leur chute (– 600’000 unités), mais l’embauche dans le secteur reprend (+ 2’900 postes). Une situation qui s’est donc reproduite à l’identique l’an dernier, renforçant les interrogations. « Cet effet yoyo de 4 à 8 % des effectifs dans l’horlogerie suisse n’est pas nouveau, explique François Matile, secrétaire général de la Convention patronale de l’industrie horlogère (CP). Mais je constate que les cycles sont de plus en plus rapides et rapprochés. Tout va beaucoup plus vite aujourd’hui. » Des fluctuations qui ne touchent en l’occurrence pas beaucoup l’entrée de gamme : « Le travail dans ce segment est déjà fortement automatisé, souligne Jean-Daniel Pasche. L’impact sur les emplois, positif comme négatif, n’y est donc pas très important. »

Discrètement, l’horlogerie suisse est donc en train de vivre une véritable petite révolution : seules les montres à plus de 3’000 francs, prix ex-usine (7’500 francs au prix de détail) et, partant, le segment du luxe, sont à l’origine de la croissance de la valeur des exportations de montres-bracelets depuis trois ans. « Plus on monte en gamme, plus les ventes augmentent et plus l’on descend, plus les ventes diminuent », confirme le président de la FH. La quasi-totalité des embauches sont par conséquent destinées à étoffer les effectifs dans le haut de gamme. Si la situation perdure, on pourrait assister à un renversement de paradigme : le socle de l’industrie horlogère suisse, historiquement constitué de montres d’entrée de gamme comme la Swatch, pourrait disparaître – ou en tout cas fortement rétrécir. L’avenir de la branche ne résiderait-il dès lors que dans le luxe ? « 90 % du chiffre d’affaires est là, acquiesce Jean-Daniel Pasche. Mais si elle veut garder son leadership mondial, conserver son image et couvrir la totalité des marchés, il faut absolument conserver l’entrée de gamme. Reste à trouver des gens qui soient d’accord pour y aller. »

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