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La Suisse, plaque tournante mondiale de l’or
Economie

La Suisse, plaque tournante mondiale de l’or

Wednesday, 26 August 2015
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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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4 min de lecture

On savait que la Suisse occupait une position inexpugnable en ce qui concerne les montres et le chocolat. Ce que l’on sait nettement moins, c’est que le pays est également le carrefour mondial de l’or.

En d’autres termes, la majeure partie de l’or physique produit dans le monde transite par la Suisse. Et pour cause : cinq des neuf plus grandes raffineries d’or de la planète y ont leur siège, à savoir Argor Heraeus, Cendres + Métaux, Metalor, Pamp et Valcambi, toutes prisées pour la qualité de leur travail aboutissant à un or pur à 999,9 ‰. Selon les experts, 70 % du métal précieux mondial est ainsi transformé en terre helvétique. En chiffres, selon l’Administration fédérale des douanes, 3’000 tonnes d’or sont entrées dans le pays en 2013, grosso modo l’équivalent de la production annuelle mondiale, d’une valeur de CHF 109 milliards, et 2’700 en sont ressorties pour CHF 118 milliards. Selon les chiffres de l’International Trade Database, cela positionne la Suisse en tête de classement du commerce international d’or avec une part de marché de l’ordre de 15 %, mettant les horlogers-joailliers du pays aux premières loges en termes d’approvisionnement.

L’extraction de l’or s’accompagne dans de nombreuses parties du monde de larges violations des droits de l’homme et de graves pollutions.
Carlo Sommaruga

Pendant de nombreuses années, les statistiques fédérales concernant le commerce extérieur de l’or sont toutefois restées floues. « Cette opacité a servi entre autres à masquer les importations d’or sud-africain malgré l’embargo international sur le régime de l’apartheid, ou d’or russe à l’époque de l’Union soviétique », rappelle le conseiller national socialiste Carlo Sommaruga. Plusieurs politiciens suisses ont d’ailleurs interpellé le parlement à Berne : qui pour dénoncer l’importation d’or ensanglanté de la République démocratique du Congo ; qui pour questionner la provenance de l’or raffiné en Suisse en sachant que « l’extraction de l’or s’accompagne dans de nombreuses parties du monde de larges violations des droits de l’homme et de graves pollutions », notamment au Pérou ; qui pour demander des statistiques plus transparentes. Depuis l’an dernier, c’est chose faite, l’administration suisse détaille la provenance par pays des importations d’or. Mais comme les douanes ne font état dans leur présentation que du dernier pays de transit, on est encore loin de pouvoir retracer la filière exacte du métal précieux.

Un documentaire « inquiétant »

Commentaire de Daniel Schweitzer, réalisateur du film Dirty Gold War : « Le documentaire inquiétait certains acteurs de l’industrie. Il faut savoir que les raffineurs suisses ont refusé d’être interrogés quand ils ont su le trajet que l’on avait effectué et ce que l’on savait sur ce commerce. Tout à coup, ce travail documenté et ces témoignages semblaient inquiéter. Ce film est avant tout un témoignage implacable, une réalité documentée. » À la suite de la projection de Dirty Gold War, le raffineur suisse Metalor a fait savoir qu’il se rangeait résolument du côté des bons élèves pour être soumis à l’autorité de surveillance suisse Finma en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et certifié par des organisations internationales reconnues comme Fairmined, Fairtrade, London Bullion Market et Responsible Jewellery Council : « S’agissant de l’origine des métaux, l’or raffiné par Metalor ne peut en aucun cas être qualifié d’“or sale”, expliquait l’entreprise en juin dernier par voie de communiqué. Notre chaîne d’approvisionnement exige l’identification de l’origine de l’or et de contrôler que l’extraction de l’or se fait conformément aux lois locales. En l’absence de documentation officielle prouvant cela, nous n’acceptons ni or, ni quelque minerai que ce soit. »

En tout état de cause, la prise de conscience n’est pas un leurre. La conclusion revient toutefois à Daniel Schweitzer : « Il reste à la fin cette question fondamentale de la responsabilité. En tant que consommateurs, nous sommes aussi responsables de ce trafic. La filière n’évoluera que si les consommateurs l’exigent. Je crois à une issue positive si les consommateurs prennent conscience et exigent de l’or propre. »

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