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La vis ou la vertu cachée de l’horlogerie
Actualités

La vis ou la vertu cachée de l’horlogerie

mardi, 06 décembre 2016
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Vincent Daveau
Journaliste, horloger constructeur et historien diplômé

“Une heure de retard d’une jolie femme, c’est son quart d’heure d’avance. ”

Sacha Guitry

« La passion est le sel de la vie ! »

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8 min de lecture

Il faut être vicieux pour se pencher sur un composant comme la vis horlogère. Petit produit mécanique anodin de prime abord, son importance n’en est pas moins fondamentale. Les vis, dont l’invention se perd dans les circonvolutions de l’histoire, assurent l’essentiel des liaisons mécaniques dans les calibres complexes d’aujourd’hui. Alors, plutôt que d’enfoncer le clou, donnons un tour de vis…

La définition du dictionnaire horloger multilingue G-A Berner en matière de vis est la suivante : « VIS : organe qui sert à fixer, assembler. On distingue généralement dans une vis les parties suivantes : la jambe dont tout ou partie est filetée et la tête qui est fendue pour recevoir le tournevis ».

Cela ne nous apprend finalement pas grand-chose. On notera toutefois que la vis, organe mécanique utilisant une surface hélicoïdale pour maintenir ensemble deux éléments, est apparue conjointement en horlogerie et dans l’armurerie à l’aube de la Renaissance. Autrement dit à peu près en même temps que le ressort formé d’une lame en spirale qui a permis la création des premières montres. Pendant longtemps et jusqu’à l’industrialisation du XIXe siècle, les vis étaient dépourvues de pas (le pas de vis) normalisé. Comme chaque artisan horloger avait pour habitude de les fabriquer lui-même, il n’est pas rare que les restaurateurs et rhabilleurs d’aujourd’hui doivent disposer de nombreux outils anciens en forme de petites pelles à tarte – des filières – pour refaire d’éventuelles vis et/ou composants manquants.

Le bleuissage des vis © Vincent Daveau

On retient très vite, quand on apprend l’horlogerie, que les vis ont une propension marginale à « se faire la malle » au moindre faux geste et qu’il est pratiquement impossible de remettre la main dessus, même un aimant à la main. Il faut bien le reconnaître, le composant est vicieux, rempli d’angles et de côtes différentes. Une prise douteuse à la pointe des brucelles et c’est l’envol assuré dudit élément qu’il faudra ensuite patiemment rechercher à genoux sous l’établi. Qui plus est, les horlogers ont toujours adoré en proposer de tailles et de longueurs différentes pour inciter les artisans appelés à démonter leurs créations à ne jamais baisser la garde. Il faut donc apprendre à repérer chacune d’entre elles et à mémoriser leur emplacement sur la platine ou les ponts.

Louis Vuitton
© Louis Vuitton
Ordre et méthode

Certaines vis aux formes spécifiques ont un usage particulier, ce qui facilite un peu les choses. Mais ne nous y trompons pas, la difficulté de les gérer demeure complexe même pour un artisan expérimenté qui ne manque pas de les ranger et de les classer pour éviter de se faire surprendre. Car rien ne ressemble plus à une vis qu’une autre vis. Tout de même, pour éviter des catastrophes, les maîtres d’antan ont inventé une façon d’identifier celles qui tournent à gauche par un signe distinctif sur la tête. Souvent utilisées sur les rochets de barillet, elles portent deux empreintes linéaires encadrant la fente destinée à recevoir la lame du tournevis. Pour les autres, elles sont toutes pareilles… Bon courage pour le remontage !

La plupart des vis des montres anciennes sont bleuies au feu, garantissant ainsi aux restaurateurs qu’elles sont en acier revenu.

L’amateur qui lira ces lignes notera que les vis sont réalisées principalement en acier et qu’elles sont la plupart du temps trempées-revenu, autrement dit d’une dureté suffisante pour ne pas se déformer au vissage, mais pas trop dures non plus pour ne pas casser comme du verre lors d’une mise en tension excessive du métal. Il arrive parfois que les têtes des vis anciennes cassent parce que, justement, le traitement thermique du composant était défectueux. Les conséquences sont parfois graves, car il n’est pas simple alors de récupérer la partie filetée figée dans le laiton ou l’or du composant ou de la platine.

Par ailleurs, la plupart des vis des montres anciennes sont bleuies au feu, garantissant ainsi aux restaurateurs qu’elles sont en acier revenu (partielle détrempe). Cette couleur allant du pourpre soutenu type myrtille au noir brillant le plus intense est durable. Elle assure au métal une certaine protection contre la corrosion liée à l’humidité. Comme par le passé, les grandes manufactures continuent de bleuir certaines vis au feu. Aussi, leur fente est bleue, ce qui n’est généralement pas le cas de celles qui sont chimiquement traitées par électrolyse pour des questions de gain de temps et d’argent.

Richard Mille
© Richard Mille

Dans ce monde de l’infiniment petit, il existe également des règles strictes. Ainsi, une vis destinée à une montre de qualité doit répondre à des critères esthétiques précis. Comme le soulignait le maître George Daniels dans son ouvrage de référence La Montre, principes et méthodes de fabrication, autrefois, les fentes des vis étaient toujours biseautées afin d’éviter les marques faites par le tournevis. De nos jours, cette pratique est quasiment abandonnée, probablement pour des motifs d’économies. Lors de la fabrication de nouvelles vis, l’horloger peut inclure ce raffinement nécessaire d’un simple coup de lime. Les vis conserveront ainsi leur aspect neuf, même si elles sont serrées et desserrées à de nombreuses reprises.

Richard Mille RM 50-02 Tourbillon Split-Seconds Chronograph
Richard Mille RM 50-02 Tourbillon Split-Seconds Chronograph
Original jusque dans la vis

À ce sujet, certaines marques horlogères ont mis au point ces dernières années des vis à leur propre usage, imposant pour pouvoir les dévisser ou les serrer de disposer de tournevis spéciaux équipés de mèches ad hoc. Certaines sont simplement hexacaves ou Torque, comme celles que l’on trouve sur les culasses des voitures ou les carters des motos de sport ; d’autres sont juste dotées de deux ou trois petits trous à la place de la fente. Évidemment, si ces constructions évitent à la mèche du tournevis de glisser et de rayer la surface à proximité, elles imposent aussi au rhabilleur d’avoir la mèche adéquate pour ouvrir le boîtier ou démonter le composant. On se retrouve un peu dans la configuration du garagiste qui doit démonter une jante de voiture de sport et ne dispose pas du bon outil pour dévisser l’écrou « antivol ».

F.P Journe Quantième Perpétuel
F.P Journe Quantième Perpétuel

François-Paul Journe a été parmi les premiers horlogers contemporains à utiliser une visserie spécifique pour les boîtiers de ses montres. Il a été rejoint par Richard Mille, qui, lui, s’est inspiré de vis du monde de la formule 1 pour réaliser les siennes. Depuis, d’autres maisons ont des produits au dessin unique comme Hublot, qui fait ses fentes en forme de « H », ou Oris, qui utilise pour certains de ses modèles sport des têtes de vis aux fentes en forme de « Y ». On notera en revanche que plusieurs Maisons à la base de montres aux designs contemporains et aux calibres originaux conservent des visseries visuellement inspirées de celles du passé alors que l’on pourrait s’attendre à des traitements plus originaux. Certaines autres, très futuristes dans l’approche esthétique de leur boîtier, ont toutefois gardé une visserie standard pour assujettir le fond à la carrure. Une visserie propre serait à même de rehausser la démarche tout en limitant aux seuls réparateurs agréés la possibilité de plonger au cœur même de la montre.

Hublot Big Bang Meca-10
Hublot Big Bang Meca-10

On peut donc espérer voir dans un proche avenir les marques se pencher sur ce petit composant pour lui donner une nouvelle dimension en proposant des formes et des finitions sortant de l’ordinaire. Affaire à suivre !

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