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L’aventure de la montre pilote (III)
Histoire & Pièces d'exception

L’aventure de la montre pilote (III)

mardi, 16 septembre 2014
Par Grégory Gardinetti, Christophe Roulet, Emmanuel Schneider
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Grégory Gardinetti
Expert et historien en horlogerie

“Il y a la même différence entre les savants et les ignorants qu’entre les vivants et les morts.”

Aristote

Entres expositions thématiques menées à Mexico, Moscou ou Tokyo, conférences autour du globe et articles thématiques, le temps prend toute sa mesure.

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Christophe Roulet
Rédacteur en chef, HH Journal

“Vouloir est la clé du savoir.”

« Une trentaine d’années passées dans les travées du journalisme, voilà un puissant stimulant pour en découvrir toujours davantage. »

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Emmanuel Schneider

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6 min de lecture

Dès l’aube de nos civilisations, la mesure du temps s’est conjuguée avec les progrès de l’humanité. Il en a été de même pour l’aviation, qui a fait appel aux Maisons horlogères pour des produits fonctionnels, précis et robustes. Une classe à part entière au design à part.

La fin du second conflit mondial est synonyme d’« âge d’or » pour l’aviation civile et commerciale. Une période faste qui profite également à certaines manufactures horlogères. Breitling fait assurément partie de celles-là. Fondée en 1884, la marque a dès ses débuts été intimement liée à l’univers aéronautique, comme le symbolisent très bien les deux ailes qui entourent la lettre « B » de son logo. Fournisseur privilégié de la Royal Air Force (RAF) britannique dans les années 1930, la marque s’était depuis longtemps fait un nom dans la mesure du temps en produisant notamment l’un des tout premiers chronographes-bracelets dotés d’un poussoir indépendant en 1915, invention suivie par la séparation des fonctions marche/arrêt et mise à zéro et par la mise au point du second poussoir de chronographe.

Des montres entrées dans l’histoire

Breitling n’allait toutefois pas en rester là. Nouvelle date clé pour la Maison : 1942, année de lancement de la Chronomat (conjonction de « chronographe » et « mathématique »), la première montre chronographe équipée d’une règle à calcul circulaire. À une époque où les compteurs électroniques étaient encore à inventer, un tel modèle donnant l’opportunité de déterminer et suivre ses plans de vol en termes de distance, de vitesse ou encore de consommation de carburant représentait une véritable percée. Percée confirmée 10 ans plus tard avec l’apparition de la Navitimer, répondant aux mêmes principes de calculation des données de navigation aérienne, à ce jour le plus vieux chronographe produit sans aucune interruption. Rien d’étonnant à ce que ce modèle ait été choisi dès les années 1950 comme chronographe officiel par l’Aircraft Owners and Pilots Association, la plus importante association de propriétaires d’avions et de pilotes au monde. Quant à la marque, elle obtient dans la foulée le titre de « fournisseur attitré de l’aviation mondiale ».

Montre-bracelet Rolex Oyster Perpetual GMT-Master datant des années 50 (© Antiquorum)

Rolex compte également parmi ces manufactures qui ont signé quelques-unes des plus belles pages de l’histoire de l’aviation. Pour la marque à la couronne, cela s’est traduit par sa Rolex GMT-Master apparue en 1954 et volontiers surnommée la « Pussy Galore » quelques années plus tard, en référence au personnage portant ce modèle dans Goldfinger, troisième opus de la saga James Bond. Plus prosaïquement, la GMT-Master a été conçue spécifiquement pour l’aviation à la suite d’une demande de la compagnie aérienne Pan Am, la plus importante au monde dans les années 1950, qui voulait disposer pour ses pilotes d’une montre pouvant afficher simultanément deux fuseaux horaires. Dérivée de son modèle Turn-O-Graph, soit la première montre Rolex dotée d’une lunette tournante produite en 1953, la GMT-Master a toutefois été modifiée au niveau du mouvement pour lui permettre d’accueillir une roue additionnelle pour les 24 heures du second fuseau horaire et un disque de quantième. La lunette tournante se retrouve elle aussi graduée sur 24 heures. Pour perpétuer la légende, Rolex présentait cette année une nouvelle version de sa GMT-Master II avec une lunette Cerachrom bicolore unique.

Les militaires en embuscade

Mais si l’aviation civile vole de succès en succès, l’aviation militaire lui emboîte le pas grâce à des « zincs » de plus en plus performants. En 1953, le North American F-100 Super Sabre faisant partie de la première génération de chasseurs supersoniques américains pouvait déjà voler à 14’000 mètres d’altitude à une vitesse de 1’390 km/h. Quelques années plus tard, le Mirage III était le premier avion de combat européen capable de dépasser la vitesse de Mach 2 (2’450 km/h). Les horlogers restent donc aux avant-postes en tant que fournisseurs des différentes armées, chargés de répondre à un cahier des charges désormais systématique. Les Auricoste, Breguet, Dodane et autre Vixa, sollicités par le ministère des Armées françaises, devaient ainsi fournir des chronographes flyback, d’une précision de +/− 8 secondes par jour et dotés d’une réserve de marche de 35 heures au minimum. Le cadran devait être noir, les chiffres luminescents et le boîtier de 39 mm pour une hauteur de 14 mm. C’est d’ailleurs pour commémorer la livraison en 1960 de 500 Type XX désormais mythiques à l’aéronavale française que Breguet présentait 50 ans plus tard son chronographe flyback Type XXII GMT doté d’un mouvement avec échappement en silicium battant à une fréquence de 10 Hz (72’000 alternances/heure) permettant le décompte du temps au 1/20 de seconde.

Grande Montre d’Aviateur Calendrier Perpétuel Top Gun d'IWC de 2012 (© IWC)

Breguet n’est d’ailleurs pas la seule Maison à célébrer ses heures de gloires aéronautiques. On notera toutefois que Jaeger-LeCoultre n’en fait rien, quand bien même on lui doit une fort remarquée Mark 11 livrée à la RAF en 1948. De son côté, Omega préfère associer son nom à la conquête spatiale, malgré ses commandes de 6B/159, des montres toujours développées pour la RAF durant la guerre qui ont inspiré la Maison pour sa fameuse Seamaster, commandes suivies en 1956 par son lot de Mark 11. IWC, qui faisait également partie de ces manufactures sollicitées par la RAF, a toutefois adopté une tout autre approche. Comme l’explique la Maison dont la première montre d’aviateur date de 1936 : « À partir de 1940, en réponse à ce qu’attendait l’armée d’une montre de navigation ou d’observation, IWC produit la Grande Montre d’Aviateur 52 T. S. C., la plus volumineuse jamais sortie de ses ateliers. Le design du cadran, sobre et très lisible, s’inspirait des instruments de bord des avions de l’époque, comme cela avait déjà été le cas pour la Mark 11 produite dès 1948. Cette Montre d’Aviateur, la plus célèbre de la manufacture de Schaffhausen, était à l’origine destinée à la Royal Air Force, qui l’utilisa pendant plus de 30 ans. » Autant dire que chez IWC la famille des montres d’aviateur, encore mise en avant en 2012 avec son lot de nouveautés dont une Grande Montre d’Aviateur Calendrier Perpétuel Top Gun, trouve toute sa légitimité.

Mais qu’en est-il aujourd’hui ? L’avènement de l’électronique a en effet considérablement modifié la donne, si bien que les montres d’aviateur mécaniques ont passé du statut d’instrument principal de vol à celui d’« outil de back-up ». Comme les montres de plongée qui servent aujourd’hui essentiellement à faire la vaisselle, les garde-temps d’aviateur ne sont plus guère indispensables au voyageur en partance pour les îles sur un vol charter. Reste le style toutefois, l’art et la manière de produire une montre qui rappelle l’esprit pionnier de nos ancêtres. Déjà tout un programme.

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