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Le Bonheur est-il dans le luxe ou dans le pré ?
Points de vue

Le Bonheur est-il dans le luxe ou dans le pré ?

lundi, 21 septembre 2009
Par Cyrille Vigneron
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Cyrille Vigneron

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6 min de lecture
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Ce n’est pas le grand-méchant-luxe qui met le monde en danger mais l’avidité. Une avidité qui menace les marques lorsqu’elles ne tiennent pas leurs promesses de qualité, d’originalité, ne respectent pas leurs clients, confondant service et sévices.

La crise économique a fait ressurgir la vieille question de la moralité de la richesse, de l’enrichissement (suspect) et de ses signes extérieurs. A New York ou à Londres, se montrer avec un emballage siglé par une grande marque est considéré comme une provocation indécente. On banalise, on maquille, on cache ce qui était naguère un signe de fierté. Le luxe, signe de réussite hier, est aujourd’hui le stigmate d’une maladie honteuse. En France, les ministres qui affichaient il y a peu leur inclination pour la mode et les objets de prix, reviennent à une sobriété modeste, à une expression neutre de leur fonction qui est redevenue une charge.

Peut-on être heureux sans luxe ?

L’heure est grave, les visages et les costumes aussi. Le luxe serait-il une frivolité passée de mode ? Va-t-on bientôt sonner l’hallali sur Alaïa ? Pas de quartier pour Cartier ? Vade Retro Satanarpels ?? ? Les shopaholics anonymes vont-ils tenter de se défaire de leur envie de Lanvin et de leur manie d’Armani ? Verra-t-on bientôt des hordes de pénitents auto flagellés exorciser le démon de leur fièvre acheteuse en arrachant leurs logos adorés lors de logotomies collectives ? Allons donc, chassez le naturel, et il revient au galop. Les feux de la crise seront à peine éteints que se réveilleront ces désirs qui nous travaillent, nous stimulent, nous émerveillent et nous réconfortent.

Le luxe est, par définition, ce qui sort de la nécessité, donc superflu.

Car la question n’est pas de savoir si le luxe est moral ou non (à vrai dire il s’en moque) mais « peut-on être heureux sans luxe » ? Au premier abord, la réponse semble évidente : oui ! Le luxe ne fait pas le bonheur, c’est bien connu. Le luxe est, par définition, ce qui sort de la nécessité, donc superflu. On peut donc fort bien s’en passer pour vivre heureux. On peut même aller plus loin et paraphraser Platon en considérant que le luxe est attisé par le désir (ou le rêve) de ce qui est rare et nous manque. Une fois que le désir est assouvi, le manque disparaît et le désir aussi.

Tristesse assurée

Ce qui nous faisait kiffer hier ne nous émeut plus une fois qu’on le possède et qu’on le voit tous les matins au réveil, mal rasé et l’œil éteint, comme une chaussette sale, qui d’ailleurs traine par terre au pied du lit ! La bombe que l’on exhibe fièrement à son poignet a elle aussi ses humeurs, son tourbillon s’affole : chéri pas ce soir, j’ai la migraine, j’ai rendez-vous demain chez mon gyrotourbillonnologue. Encore ? Ah, qu’il est loin le temps où tu étais toujours prête, désir lubrifié à fleur de rouage, où un simple effleurement suffisait à t’exciter et me faire tourner la tête ! Vanitas vanitatis, tout n’est que vanité.

N’y a-t-il donc pas d’amour ni de luxe heureux ? Le luxe ne serait-il qu’une mystification ? Les célébrités heureuses jusqu’au bout des seins siliconés, bronzant sur leur yacht de complaisance avec un large sourire botoxé, ne seraient-elles qu’un mirage inaccessible que l’on désire toujours mais que l’on n’atteint jamais ? Et pourtant, les images durent et perdurent. Cendrillon tombe sincèrement amoureuse, certes, mais du prince pas du palefrenier. Peau d’Ane également. Et dans son cas, le prince tombe amoureux d’elle lorsqu’elle a mis sa robe couleur de soleil, pas sa peau d’âne. Car voilà bien tout le problème. Si le luxe ne suffit pas à rendre heureux et ne remplacera jamais l’amour, sans luxe, la vie quotidienne est bien triste.

Ces petits luxes qui changent la vie

Le fossé est en fait profond qui sépare la vie de la vie heureuse. Une fois ses besoins vitaux satisfaits, l’homme a besoin d’amour, de liberté, d’estime de soi mais aussi du nécessaire-superflu qui embellit la réalité. Pas nécessairement de grand luxe. Les petits luxes qui ne payent pas de mine font très bien l’affaire. Un coucher de soleil partagé à deux, une coupe de champagne le soir, un bouquet de fleurs, le temps que l’on se donne pour jouir du moment présent. Sans luxe, la vie est abrasive pour le bonheur. L’amour et l’eau fraîche, cela va bien mais pour un temps. L’amour avec un dîner aux chandelles au bord du Grand Canal à Venise, c’est mieux ! Le bonheur peut se trouver dans le pré mais c’est plus facile si le pré est en Toscane !

Ce n’est pas le grand-méchant-luxe ou le capital qui pourrissent la vie et mettent le monde en danger mais l’avidité. Cendrillon peut trouver le bonheur et en jouir car elle est pure et animée par l’amour, contrairement à ses sœurs et sa belle mère, rongées par la jalousie et l’envie. Cette avidité menace les marques de luxe elles-mêmes lorsqu’elles ne tiennent pas leurs promesses de qualité, d’originalité, ne respectent pas leurs clients, confondant service et sévices. Pour celles-là, cette crise sera probablement la dernière. Pour les autres, l’occasion de réaffirmer leur force créatrice, leur volonté de continuer de créer le nécessaire superflu qui rend la vie plus belle et lui donne un supplément de sel, de sens et d’âme, en un mot, de bonheur.

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