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Le casse-tête du designer face aux boîtes de montre
Modes & Tendances

Le casse-tête du designer face aux boîtes de montre

mardi, 23 juillet 2019
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Marie Le Berre
Rédactrice indépendante

“Comment le temps fait-il pour tourner rond dans des horloges carrées ?”

Quino

« Porter à la connaissance du plus grand nombre des informations qui relèvent d’un secteur par trop méconnu. Vulgariser, au sens propre du terme. »

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8 min de lecture

Depuis quelques décennies, des marques de luxe, des joailliers, des entrepreneurs passionnés et des créateurs indépendants ont investi le monde de l’horlogerie avec bonheur, en se distinguant par la création de boîtiers de montre proprement originaux.

A priori, une montre se reconnaît d’abord au design de son boîtier. C’est l’élément le plus volumineux, celui qui enveloppe tous les autres et qui, au poignet, se distingue de face comme de profil. C’est généralement aussi l’élément identitaire d’une collection, celui qui détermine la configuration de l’ensemble des modèles. Visibilité et constance font du boîtier le composant le plus puissant en matière de design. Cependant, force est de constater qu’il n’est pas facile de reconnaître une montre de Haute Horlogerie à son enveloppe. Pour la plupart, les créations peuvent être regroupées en quelques familles rattachées à des créations historiques du XXe siècle. La singularité se joue dans les détails, et il faut un œil avisé pour les identifier au premier regard.

Fleurier Miss Audrey (modèle 2015) – Boîtier lancé en 2010 © Bovet 1822
Fleurier Miss Audrey (modèle 2015) – Boîtier lancé en 2010 © Bovet 1822

Avant d’aborder la question de la créativité des designers, il nous faut rappeler les contraintes auxquelles ils sont confrontés. Somme toute, un boîtier de montre est un petit objet qui doit tenir sur la surface offerte par le poignet soit, en diamètre, longueur ou largeur, sur quelques centimètres. La taille réduite n’engendre cependant qu’une moindre difficulté pour faire la différence. Qu’un boîtier de montre soit facile à porter, sans provoquer de gêne, est une véritable gageure. Quand on parle d’une montre qui épouse parfaitement la forme du poignet, on pense spontanément au rôle joué par le bracelet. Il est certes déterminant, mais il ne saurait s’intégrer sans ses points d’attache. Les cornes ou attaches du boîtier ont une importance que l’on ne soupçonne pas forcément. Elles préfigurent la tenue du bracelet et sont la clé du confort et de l’équilibre recherchés. Pour un designer, il n’est pas évident de s’éloigner des solutions qui ont fait leurs preuves.

Atavisme et contraintes techniques

Un boîtier de montre, c’est aussi le contenant d’un mouvement à protéger du mieux possible, contre l’humidité et la poussière notamment. L’étanchéité est un problème qui préoccupe les horlogers depuis l’apparition des montres-bracelets : contrairement aux montres de poche, elles sont très exposées aux agressions extérieures. Au fil du temps, l’étanchéité a fait l’objet de nombreuses recherches et engendré des innovations techniques qui se sont largement imposées. Avec cette contrainte technique, ce n’est plus seulement la forme du boîtier qui doit se plier aux exigences de la bienfacture mais également sa construction. En la matière, l’exercice se complique quand on dessine des montres dites « de forme », autres que rondes, ou quand on ajoute des fonctions qui exigent l’intégration de poussoirs, boutons ou verrous, en plus de la déjà problématique couronne.

Une montre précieuse est un produit à part avec lequel on ne peut pas “jouer”.

On l’aura compris, la création d’un boîtier de montre ne fait pas vraiment la part belle à l’imagination. Pour autant, on peut se demander pourquoi elle est aussi circonscrite, tout au moins en Haute Horlogerie. Sans doute parce que la pérennité est un facteur prédominant, profondément ancré dans la culture du milieu. Une belle montre se doit d’être intemporelle, conçue pour traverser les générations… à l’extérieur comme à l’intérieur. On ne concède à la mode que des variations secondaires – de taille, de couleur ou de décor –, rien d’essentiel. La contrainte, justifiée pour qui prend en considération la nature de l’objet, rend la tâche du designer particulièrement difficile. Une montre précieuse est un produit à part avec lequel on ne peut pas « jouer » comme on le voudrait.

DB28 (modèle 2011) – Boîtier lancé en 2006 © De Bethune
DB28 (modèle 2011) – Boîtier lancé en 2006 © De Bethune

Si, dans le monde de la Haute Horlogerie, les designers peinent à sortir de l’ombre, c’est moins du fait d’une culture du secret entretenue par le milieu – elle a existé, mais elle tend à se résorber – que du fait des contraintes qui s’imposent à eux et les obligent à travailler en équipe et dans la continuité, plus que partout ailleurs. D’une manière générale, les marques sont associées à des collections créées de longue date. Le lancement d’un modèle tout à fait nouveau n’est pas si fréquent. Pour les designers de boîtiers, il s’agit bien plus souvent de faire évoluer un concept que d’en créer un nouveau.

L’originalité vient d’ailleurs

Dans le contexte actuel, il apparaît que la palme de l’originalité revient aux créateurs venus d’ailleurs. On pense d’emblée à des marques de luxe, nombreuses à s’être diversifiées dans les montres au cours des dernières décennies. Elles ont naturellement fait appel à des codes esthétiques propres, intimement liés à leur univers ou à leur histoire. Encore fallait-il qu’elles s’éloignent du domaine des simples accessoires de mode et qu’elles gagnent leurs lettres de noblesse dans celui de la Haute Horlogerie – une idée a priori saugrenue pour beaucoup d’observateurs. Certaines ont franchi le cap en créant de remarquables surprises avec des boîtiers préexistants, déjà emblématiques. Ainsi d’Hermès avec son Arceau, caractérisée par des attaches asymétriques équestres, en forme d’étrier, et sa Cape Cod inspirée par le fameux motif chaîne d’ancre. Ainsi également de Chanel avec sa Première, qui reflète les contours du bouchon de flacon Chanel N°5 et de la place Vendôme. D’autres sont entrées en matière en présentant d’emblée des montres résolument horlogères. Ainsi de Louis Vuitton, qui évoque le voyage à travers le boîtier Tambour, dessiné d’après les tambours de Kodo et siglé des lettres de la marque en face des indications des heures, de Graff, qui rappelle son statut de diamantaire à travers des lunettes facettées récurrentes dans l’ensemble de ses collections, ou de De Grisogono, qui s’est lancée avec un tonneau atypique, revisité dans un esprit italien, pour l’Instrumento N° Uno. Parmi les joailliers, on peut encore citer Bulgari et Van Cleef & Arpels, mais en l’occurrence les collections extrêmement typées – Serpenti et Diva’s Dream chez Bulgari, Cadenas et Alhambra chez Van Cleef & Arpels – relèvent bien plus de la joaillerie que de l’horlogerie, qui fait l’objet de lignes à part : Octo née du rachat de la manufacture Gérald Genta chez Bulgari, Complications Poétiques logées dans des boîtiers relativement neutres chez Van Cleef & Arpels.

On retiendra les performances des couples horloger-designer qui sont clairement sortis du lot.

Côté purement horloger, on remarquera la puissance des regards extérieurs, notamment ceux des entrepreneurs qui ont tiré leur inspiration de leurs passions ou histoires personnelles. Le féru d’automobile Richard Mille a imaginé des carrosseries ultracomplexes et ultrarésistantes, le plus souvent de forme tonneau, défiant toute concurrence. Le collectionneur Pascal Raffy, propriétaire de Bovet depuis 2001, a poussé le concept de montre convertible à son paroxysme, via le boîtier breveté Amadeo, qui peut se présenter en montre-bracelet réversible, montre de poche, montre-pendentif ou montre de table. Quant au descendant de Napoléon Jérôme de Witt, il a inscrit des « colonnes impériales » dans le design des créations phares de la marque DeWitt. On retiendra également les performances des couples horloger-designer qui sont sortis du lot au sein des créateurs indépendants du XXIe siècle en logeant leurs mouvements novateurs dans des boîtiers tout aussi originaux : beaux exemples donnés par les fondateurs d’Urwerk, Felix Baumgartner et Martin Frei, et leurs montres à coques futuristes, comme par ceux de De Bethune, Denis Flageollet et David Zanetta, et leurs montres à berceaux mobiles synonymes de confort inégalé. Au palmarès du design hors pair, on ne saurait oublier MB&F et ses Horological Machines même si aucune n’est destinée à devenir une « collection ». Toutes les créations de la Maison sont destinées à se clore par une Edition Finale pour faire place à d’autres idées, tout aussi ébouriffantes.

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